Poèmes d’Eugène Guillevic…

Eugène Guillevic est né à Carnac, le 5 août 1907, près de ces alignements de menhirs qui sont parfaits pour illustrer sa poésie qui se réfère sans cesse au minéral. Son père était marin, mais deviendra gendarme, et emmènera son fils loin de la Bretagne jusqu’à Ferrette, dans le Haut-Rhin.
Après un baccalauréat de mathématiques, Eugène Guillevic sera reçu au concours de l’Administration de l’Enregistrement. Il passera toute sa vie dans les administrations, et deviendra même membre des cabinets de deux ministres communistes. Il prendra sa retraite en 1967.
Mais ne croyez pas avoir affaire à un petit fonctionnaire frileux et soumis, son engagement auprès du parti communiste et toute sa poésie témoigne d’une révolte profonde contre l’ordre établi.
La guerre lui fera rencontrer Paul Eluard, auquel il dédiera son recueil Exécutoire. Il participera également au groupe Sagesse, avec son ami Jean Follain.
Sa poésie est précise, les vers sont cours et sonnent comme un bruit de galets entrechoqués. Auteur reconnu, Guillevic recevra le grand prix de poésie de l’Académie Française, et le grand prix national de poésie.
Eugène Guillevic s’est éteint à Paris, le 19 mars 1997.

Caillou

Viens encore une fois
Te consacrer caillou

Sur la table dans la lumière
Qui te convient,

Regardons-nous
Comme si c’était
Pour ne jamais finir.

Nous aurons mis dans l’air
De la lenteur qui restera.

Douceur

Je dis : douceur.

Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t’accueillent
Qui te donnent du temps.

Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.

Je dis : douceur,
Pensant aussi
À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
À des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,
À des poignées de main.

Je dis : douceur, pensant aux heures d’amitié,
À des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,

Cet air tout neuf,
Qui pour durer s’installera.

Suppose

Suppose
Que je vienne et te verse
Un peu d’eau dans la main
Et que je te demande
De la laisser couler
Goutte à goutte
Dans ma bouche.
Suppose
Que ce soit le rocher
Qui frappe à notre porte
Et que je te demande
De le laisser entrer
Si c’est pour nous conter
Le temps d’avant le temps.
Suppose
Que le vol d’un oiseau
Nous invite au voyage
Et que je te demande
De nous blottir en lui
Pour avec lui voler
A travers la pénombre.
Suppose
Que s’ouvrent sous nos yeux
Tous les toits de la ville
Et que je te demande
De choisir la maison
Où, le toit refermé,
Tu aimeras la nuit.
Suppose
Que la mer ait envie
De nous voir de plus près
Et que je te demande
D’aller lui répéter
Que nous ne pouvons pas
L’empêcher d’être seule.
Suppose
Que le soleil couchant
S’en aille satisfait
Et que je te demande
D’aller lui réclamer
Ce qu’il doit nous payer
Pour sa journée de gloire.

Cylindre

Si l’on quittait la sphère
Pour s’en aller ailleurs,
C’est à travers toi que l’on passerait.

J’imagine à peu près
Ce que ça pourrait être :

J’ai connu ta longueur
Dans tant de mauvais rêves.

12 réflexions sur “Poèmes d’Eugène Guillevic…

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