« Correspondance », Albert Camus et Maria Casarès.

L’écrivain et la comédienne se sont aimés après-guerre, entretenant une conversation aujourd’hui publiée à l’heureuse initiative de Catherine Camus, la fille de l’écrivain.

Dans Résidente privilégiée, ses ­Mémoires parus en 1980, Maria Casarès (1922-1996) écrivait à propos d’Albert Camus qu’il avait été pour elle, au long des quelques quinze années que dura leur relation amoureuse, tout ensemble « père, frère, ami, amant et fils parfois ». Et confiait comment cet « ardent sentiment, pur et dur comme la pierre » qu’avait été leur amour était demeuré en elle à jamais inaltéré, par-delà la mort brutale de Camus, le 4 janvier 1960, dans la Facel Vega de son ami et éditeur Michel Gallimard, fracassée contre un platane de l’Yonne. La splendide correspondance des deux amants, aujourd’hui publiée à l’heureuse initiative de Catherine Camus, la fille de l’écrivain, donne à voir et à ressentir l’exceptionnelle essence — ardeur, profondeur, solidité, bienveillance réciproque — de ce sentiment amoureux qui unissait l’un à l’autre l’intellectuel et la comédienne aux yeux verts. Ils s’étaient croisés une première fois le soir du 19 mars 1944, dans l’appartement de Michel Leiris, quai des Grands-Augustins, à Paris, alors que devant un parterre incroyable (Bataille, Lacan, Reverdy, les Barrault/Renaud…), Camus présidait à une lecture du Désir attrapé par la queue, la farce de Picasso. A 31 ans, Albert Camus est alors connu pour L’Etranger et Le Mythe de Sisyphe (1942), et il prépare la création, en juin, au Théâtre des Mathurins, de sa pièce Le Malentendu. Exilée d’Espagne depuis 1936, la jeune Maria Casarès, de neuf ans sa cadette, a été repérée par Carné(Les Enfants du paradis) et Bresson (Les Dames du bois de Boulogne) peu après sa sortie du Conservatoire, mais déjà chez elle la passion de la scène et de la poésie vivante qui s’y incarne l’emporte sur l’attrait du cinéma. Camus l’enrôle dans la distribution du Malentendu et entre eux se noue une liaison de quelques mois, à laquelle la fin de la guerre, et avec elle le retour en France de l’épouse de l’écrivain, jusqu’alors installée à Oran, mettra un terme.

Maria Casarès et Camus se croiseront de nouveau, au hasard d’une rue de Paris, en juin 1948, et c’est alors que véritablement s’enlacent et se nouent leurs destinées. « Je ne me suis jamais senti aussi plein de force et de vie. La joie grave qui m’emplit soulèverait le monde », écrit Camus à la jeune femme quelques jours après leurs retrouvailles. « Mon chéri, mon amour, […] si tu savais la confiance, la vérité, la droiture et le courage que tu mets en moi ! Mon Dieu, toute ma vie me sera bien courte pour bien t’aimer ! », lui confie-t-elle en retour. « Oui, nous nous appartenons et rien, personne, ni nous-mêmes n’y pouvons rien. C’est ainsi et pour moi j’y trouve une sorte de joie sacrée. Oui c’est bien le mot, si fort qu’il paraisse. Mon amour, tu m’aides à vivre, à triompher de ce que j’ai de mauvais ou de dispersé. Auprès de toi, je me rassemble enfin », analyse-t-il gravement.

Un extrait: 

« Depuis que tu es parti pour Avignon, il ne s’est pas passé un moment où je ne t’ai pas porté en moi. J’ai travaillé, ou je suis restée près de mon père à la maison, et je n’ai pas ri, je n’ai pas pleuré, je n’ai pas pensé, je n’ai pas regardé, sans qu’automatiquement, ton image vienne s’infiltrer entre le monde et moi pour rire, pleurer, penser, regarder avec moi. Tu es le point de départ de chacune de mes initiatives et l’aboutissement naturel de toutes mes impressions. Quand une trop grande fatigue vient me dépuiller de toute force d’imagination et embrouiller ton visage, je perds soudain le goût de la vie et ne suis plus bonne qu’à me coucher comme une masse inerte jusqu’au moment où l’énergie revient et avec elle ton beau regard, ton merveilleux sourire. »….

(Maria Casarès à Albert Camus, le 13 septembre 1949)

D’après un article de Télérama.

Editions Gallimard, 1300 p. Sorti le 03 novembre.

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