Décès de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, survivant de la Shoah.

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L’écrivain, mort à 85 ans, était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne. Il avait reçu le prestigieux Prix d’Israël en 1983 et le Prix Médicis étranger en 2004.

Il était l’une des voix les plus importantes de la littérature israélienne qui avait survécu à la Shoah en Ukraine. L’écrivain israélien Aharon Appelfeld est mort dans la nuit de mercredi à jeudi 4 janvier à l’âge de 85 ans, ont annoncé jeudi ses proches. Son œuvre, consacrée en grande partie à la vie des juifs en Europe  avant et pendant la Shoah, a été traduite en plusieurs langues.

Né en 1932 dans un village près de Czernowitz, ville roumaine aujourd’hui en Ukraine, dans une famille juive, sa mère est assassinée par les nazis et lui est déporté avec son père dans un camp. Il s’en évade seul en 1942 et survit ensuite dans les forêts, « adopté par un gang de criminels ukrainiens ».

Recueilli ensuite par les Soviétiques, il devient « garçon de cuisine » pendant neuf mois pour l’Armée rouge, qu’il quitte en 1945. Il immigre un an plus tard en Palestine mandataire. « Personne ne voulait des orphelins en Europe. Le seul endroit où l’on pouvait aller était la Palestine », racontait l’écrivain dans un entretien à l’Agence France-Presse en 2010. Aharon Appelfeld retrouve son père, lui aussi survivant de la barbarie nazie, en 1957 en Israël.

« Vous ne pouvez pas être un écrivain de la mort »

Son premier livre paraît en 1962 et sera suivi par plus de quarante ouvrages, romans et recueils de poèmes. Il raconte dans son autobiographie « histoire d’une vie » (1999) comment il a survécu à la Shoah. Récipiendaire de nombreux prix à travers le monde, l’écrivain avait notamment reçu le prestigieux Prix d’Israël en 1983 et le Prix Médicis étranger en 2004 pour son autobiographie.

Aharon Appelfeld refusait d’être classifié comme un écrivain de la Shoah même s’il avait donné une voix à ceux qui n’avaient pas survécu. « Vous ne pouvez pas être un écrivain de la mort. L’écriture suppose que vous soyez vivant », avait-il confié.

Professeur de lettres à l’université Ben Gourion de Beersheva, dans le sud d’Israël, de 1979 jusqu’à sa retraite, il avait publié son dernier roman il y a quelques mois. Ami de l’écrivain américain Philip Roth, ce dernier en avait fait un personnage de son roman « Opération Shylock ». La ministre de la culture israélienne Miri Regev a déploré la disparition du romancier « qui nous a laissé des histoires de vie entières qui resteront dans notre souvenir collectif et personnel ».

D’après un article de Le Monde.fr.

 

Choix d’extrait:

Dans le ghetto, les enfants et les fous étaient amis. Tous les repères s’étaient effondrés : plus d’école, plus de devoirs, plus de lever le matin ni d’extinction des feux la nuit. Nous jouions dans les cours, sur les trottoirs, dans des terrains vagues et de multiples endroits obscurs. Les fous se joignent parfois à nos jeux. Eux aussi avaient tiré profit du chaos. L’hospice et l’hôpital psychiatrique avaient été fermés, et les malades, livrés à eux-mêmes, erraient dans les rues en souriant. Dans leurs sourires, et en dehors du sourire lui-même, il y avait quelque chose d’une joie maligne, comme s’ils disaient : « Toutes ces années vous vous êtes moqués de nous car nous mélangions un sujet et l’autre, un temps et l’autre, nous n’étions pas précis, nous nommions les lieux et les objets par d’autres noms. À présent il est clair que nous avions raison. Vous ne nous avez pas crus, vous étiez sûrs de votre bon droit et vous nous méprisiez, vous nous avez envoyés dans des hospices et vous nous avez enfermés derrière des portes verrouillées. ». Il y avait quelque chose d’effrayant dans le sourire joyeux des fous.

 

Histoire d’une vie, Éditeur : L’Olivier.

Un excellent article sur l’écrivain: C’est sur Esprits Nomades.

6 réflexions sur “Décès de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, survivant de la Shoah.

  1. L’oeuvre d’Edmond est d’une qualité rare.
    Pour exemple : il y a un titre de poésie : »Le seuil , le sable » ensemble de son oeuvre poétique.
    Je pense qu’il faut une vie pour comprendre l’oeuvre dans toutes ses nuances. (Enfin, à mon niveau).
    Max-Louis

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  2. Pingback: « Des jours d’une stupéfiante clarté d’Aharon Appelfeld… | Lire dit-elle

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