La « Douleur » de Marguerite Duras.Le film en salle ce mercredi.

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J’ai entendu quelques extraits du film ce matin sur France inter et ma grande surprise, je n’ai pas été horrifiée comme j’avais pu l’imaginer.

SYNOPSIS ET DÉTAILS

Juin 1944, la France est toujours sous l’Occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, figure majeure de la Résistance, est arrêté et déporté. Sa jeune épouse Marguerite, écrivain et résistante, est tiraillée par l’angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles et sa liaison secrète avec son camarade Dyonis. Elle rencontre un agent français de la Gestapo, Rabier, et, prête à tout pour retrouver son mari, se met à l’épreuve d’une relation ambiguë avec cet homme trouble, seul à pouvoir l’aider. La fin de la guerre et le retour des camps annoncent à Marguerite le début d’une insoutenable attente, une agonie lente et silencieuse au milieu du chaos de la Libération de Paris
À voir sans doute donc…Mais je ne peux m’empêcher de revenir au roman de Marguerite Duras et de vous inviter à le lire ou à le relire….et d’y découvrir le « valeureux Morland », alias François Mittérand

La Douleur

Marguerite Duras

La dernière guerre, Marguerite Duras l’a vécue tout à la fois comme femme dont le mari avait été déporté, comme résistante, mais aussi, comme écrivain. Lucide, étonnée, désespérée parfois, elle a, pendant ces années, tenu un journal, écrit des textes que lui inspirait tout ce qu’elle voyait, ce qu’elle vivait, les gens qu’elle rencontrait ou affrontait.

Ce sont ces récits et des extraits de son journal, que Marguerite Duras a réunis sous le titre La Douleur : I « La Douleur », II « Monsieur X. dit ici Pierre Rabier », III « Albert des Capitales, Ter le milicien », « L’Ortie brisée », « Aurélia Paris »

.«J’ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château.
Je n’ai aucun souvenir de l’avoir écrit.
Je sais que je l’ai fait, que c’est moi qui l’ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l’endroit, la gare d’Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce Journal. Quand l’aurais-je écrit, en quelle année, à quelles heures du jour, dans quelles maisons ? Je ne sais plus rien. […]
Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer et qui m’épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver.
La douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot «écrit» ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n’ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte.»
Marguerite Duras.

Extraits:

« Ils sont très nombreux, les morts sont vraiment très nombreux. Sept millions de juifs ont été exterminés, transportés en fourgons à bestiaux, et puis gazés dans les chambres a gaz faites à cet effet et puis brûlés dans les fours crématoires faits à cet effet. On ne parle pas encore des juifs à Paris. Leurs nouveaux-nés ont été confiés au corps des FEMMES PRÉPOSÉES À L’ÉTRANGLEMENT DES ENFANTS JUIFS expertes en l’art de tuer à partir d’une pression sur les carotides. Dans un sourire, c’est sans douleur, elles disent. »

« Le trois avril De Gaulle a dit cette phrase criminelle : « Les jours des pleurs sont passés. Les jours de gloire sont revenus. » Nous ne pardonnerons jamais.

 

« Un prêtre prisonnier a ramené au centre un orphelin allemand. Il le tenait par la main, il en était fier, il le montrait, il expliquait comment il l’avait trouvé, que ce n’était pas de sa faute à ce pauvre enfant. Les femmes le regardaient mal. Il s’arrogeait le droit de déjà pardonner, de déjà absoudre. Il ne revenait d’aucune douleur d’aucune attente. Il se permettait d’exercer ce droit de pardonner, d’absoudre là, tout de suite, séance tenante, sans aucunement connaître la haine dans laquelle on était, terrible et bonne, consolante, comme une foi en Dieu. Alors de quoi parlait-il ? Jamais un prêtre n’a paru aussi incongru. Les femmes détournaient leurs regards, elles crachaient sur le sourire épanoui de clémence et de clarté. Ignoraient l’enfant. Tout se divisait. Restait d’un côté le front des femmes, compact, irréductible. Et de l’autre côté cet homme seul qui avait raison dans un langage que les femmes ne comprenaient plus. »

 

 

 

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