Bien avant l’oubli.

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Au drap,

ce qui subsiste du poignet délicat,

comme braconné à l’épaule de pierre

qui connut d’âpres brassées

d’obscures lumières.

 

Et sur ton visage qui s’estompe,

bien avant mon oubli,

la ligne imaginaire au souffle du front

pâli,

jadis rompue à offrir un dos rond.

 

Aujourd’hui ,

revêtue de vieilles légendes

limées à la corde de l’ignorance

qui vient te reprendre

au nid du sourcil broussailleux,

tu t’endors au matin qui penche

heureuse de savoir que tu ne sais rien.

 

 

 

Barbara Auzou.

 

16 réflexions sur “Bien avant l’oubli.

  1. HORS DU VENTRE

    Avec sang et cris

    Tu rejoins ce monde

    Tu t’enfonces dans le jour

    Arraché au silence

    à l’eau sans épine

    aux plages assourdies

    à la forge sans feu

    au cercle humide et pourpre

    Navigateur à vif encordé dans ses fibres

    Banni du pays en suspens

    Exclu de l’intime clarté

    Loin des lagunes sans désir
    Des rumeurs sans fièvres

    Par effraction

    et dans les meurtrissures

    Tu brises l’enclos
    Tu fends la gangue

    Tu immigres et t’enclaves dans la brève vallée où foisonne l’événement

    Déjà saisi par le lieu
    Déjà rejoint par le temps

    Soumis déjà

    au rapt des vivants

    Entre une crevasse et l’autre

    Abordant ce rivage

    où te guettent les songes

    où te presse l’histoire

    où t’embrasent les saveurs

    Où te fixent les ans

    Transfuge

    des fonds d’aube sanguine

    des entrailles doucement peuplées

    de son havre d’océan hostile aux solitudes

    A ce monde aux plaines rêches aux soleils rabotés aux ombres comme des haches aux chaînes renaissantes

    Aux griffes plus longues que la paume

    Modelé par les mots
    Amarré à cette terre
    Alerté par ses voix

    Ame et poings livré

    A ce monde de serres ce monde de cadastres de printemps de verrous

    A ce monde qui bascule entre ciel et décombres

    Ce monde comme une pulpe
    Ou clos comme un galet

    En quête de ce qui te nomme et sans cesse te fuit

    Appelant ce qui est là mais toujours est autre

    Absence de lèvres vie pourtant en la vie

    A ce monde qui louvoie sous la lumière complice

    Lançant paroles contre l’oubli
    Ouvrant ta marche dans l’arène

    Tu coules ton rêve parmi les rêves
    Ta forme au sein des multitudes

    A ce monde qui chancelle sous la grêle de ses peurs

    Monde de morte-paille mais de pleine semence

    Monde où tu t’obscures
    Où tu déclines

    Où tu adviens

    Corps parmi les corps
    Homme parmi les nombres

    Hanté par la source
    Porté par l’horizon

    Tissé dans cette chair et ses archives

    Forcé dans cette chair dévoreuse de présent

    Trappe des supplices mais arsenal du souffle

    Relief d’ombres

    mais hublot sur la joie

    Ce corps

    qui s’érige dans tes pénombres

    Puis trame vieillesse et mort en ses gisements

    Face à l’énigme

    et ses prunelles de marbre

    En ce corps brassé d’ancêtres qui fonde d’autres corps qui enfante les chimères qui combat ou se fêle à ton insu

    Libre et noué

    A frontières de peau

    Te murant dans l’argile

    et les friables contours

    de ce corps

    gravé dans les chemins de tête

    Ce corps qui dit depuis l’aube par songes et par brouillards par fièvres et par fables par larmes et par amour

    Témoin de quelle présence?
    En route vers quelle preuve?

    T’arc-boutant

    A la moindre lueur

    Plus fertile de chaque graine
    Plus dense de chaque chagrin
    Tu afflues vers les terrasses
    Tu surplombes les frontières

    D’actes en actes
    Préfaçant ta longue nuit

    Quand tu sombres à perdre haleine
    Quand l’écho te déserte
    A force de pas assemblés
    De paroles en épis

    Soudain vêtu d’étoiles
    Tu arpentes tout l’espace

    Longeant les sillons d’ombre à l’écoute des soleils

    Avec l’arbre à renaître et toute écume franchie

    Desserrant les caillots Écartant les meules

    De seuils en seuils

    Quelque fois assuré

    D’un plus loin déchiffrable

    D’un partout transparent

    D’une clef sous les remparts

    Le front chargé d’avenir
    Les mains ivres de récolte
    La gorge percée de chants

    Nommant tempêtes et rosée

    A voix haute
    A voix tendre

    Bivouaquant dans chaque âge

    Tandis que te désigne
    Inexorable l’hiver

    Captif de tes os

    et des murs sans pollen

    Criblé par cet œil qui abjure son enfance

    A l’appel de chaque piste
    A l’affût de chaque arche

    Où les victimes saignent aux carrefours
    Où l’horreur noircit les voûtes

    Où les plaines du cœur se fragmentent
    Où la craie râpe l’azur

    Pourtant assoiffé de deltas
    Avide de turbulences

    Attisant les images
    Etageant les algèbres

    Épelant l’étendue
    Agrafant tout l’éclair

    Eclaboussant d’ailes

    les fantômes et les gouffres

    Déclouant les torches
    Secouant les flambeaux pour ébranler la nuit

    Tu édifies une tige

    Tu fais jaillir le souffle hors du nid souterrain

    Enfant de l’orgueil et des sources

    A la grâce d’une lampe
    T’obstinant vers cette plage où les jeux se descellent les hommes se reconnaissent les sables ne seront qu’un

    Ainsi

    Saturée de silence
    Abreuvée d’inertie

    La
    Vie s’insurgea

    Elle prit voix elle prit gestes
    Prit viscères et prit sang
    Prit visages et mains
    Prit cœurs et puis regards

    Rassemblant les ferments
    Ameutant les secrets

    Devint toi devint moi
    Tous les peuples de la terre
    Tout l’avant tout l’après
    Tout hier et tout demain

    Ainsi la
    Vie parla dans un vertige de sèves

    Tu rejoins ce monde

    Tu t’enfonces dans le

    jour…

    Andrée Chedid

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