Les mots peints: Double Je.

Voici Double Je, le tableau et son poème indissociable. Fruit de ma huitième collaboration avec le peintre Niala-Loisobleu.

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Double Je – 2018 – Niala – Acryliques/contrecollé, encadré s/verre 60×80

 

 

Tu m’écris d’un temps sans âge

à faire fuir l’effroi des journées,

à forger des couleurs inventées

à l’orange de nos visages .

 

 

Tu m’écris pour arracher à la fatigue de parler

le mot nu qui manque au langage

et qui reste à la palette inconsolé.

 

 

Tu m’écris contre les poussières éprises de peu

qui s’agrègent comme des sentences

au poumon en feu.

 

 

Et moi je peins

et crie à la porte fermée des hommes

et à la fleur de coton pendue à la fenêtre

qui avorte de son jour.

 

 

Je peins et crie à tromper la nuit économe

pour lui faire croire au matin,

pour mordre les douleurs sur les lits du passé

et faire renaître l’enfant lointain.

 

 

Je peins

et crie contre l’injure du banal

à en découdre sans fin

au miroir du double je.

 

 

S’il y a un vide

c’est qu’il est ardent

écris-tu.

Et c’est au pinceau d’un ciel qui s’était perdu

que nous accrochons des printemps

comme autant de ventres lavés de larmes.

 

 

Barbara Auzou.

15 réflexions sur “Les mots peints: Double Je.

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  3. Aux chasseurs de viande…passez votre chemin…
    N-L

    LES GISANTS

    Faste féodal des gisants incarnés dans la pierre

    — couche portée par la paumée pierreuse de la terre.

    Ni tombeau ni alcôve à dérober la chair — mais ce lit de parade et cette intimité hautaine,

    et ces deux liturgistes de l’éloge de la mort — par l’allégeance du corps à figuration glorieuse.

    Onciale de la mort à ce texte royal — et
    Dieu récrit sa loi sur deux tables de pierre façonnée.

    La croix de bois descendait l’ombre au front plé-

    béien — mais les gisants prennent seuls les stigmates de la lumière.

    Le sang viril de la pierre est puissance de durée — car la terre fait de ses douleurs des pierres,

    elle les chasse en montagnes apointies de regards — elle les projette en hauteur couvée par les vents.

    Voici la chair dans sa noblesse de pierre blanche

    — comme la neige dans son intention de lumière.

    et comme un pays tout entier simplifié par la neige — voici la chair dans le bliaut étroit de sa pureté ;

    la chair dans l’audace de la foi maçonnée — pour le jointoyage de l’âme et du corps;

    la chair dans le clair scandale de la recouvrance — comme l’enfance réformant la mort par sa jeune incrédulité.

    Affleurement et faste de la face au-dessus des limons — par cette pierre qui a surmonté la terre et franchi les bras de l’eau.

    Les gisants prendront l’âge fidèle de la pierre — et porteront l’amour plus âgé que la lumière ;

    ils sont la blancheur d’avril insérée dans la sève de l’hiver — ils sont l’arbre étage de songes par le silence des oiseaux.

    C’est par le poids des morts que la terre résiste à l’astre — c’est par cette pesée qu’elle ne fuit pas par le haut comme la mer ;

    par cet orgueil pâle du corps dans sa montrance — par ces gisants aux yeux affouillant le ciel,

    la pierre n’a plus de pacte avec les tombeaux — mais avec la seule main qui la basculera dans le soleil.

    Comme la sainteté qui ne sort plus de ses nimbes naïfs — l’amour ne sortira plus de cette simple durée ;

    les gisants n’ont plus besoin de mots qui passent la pierre — ni des regards qui passent l’eau longue de la mer.

    Ils ont cette parole intérieure restaurée par le silence — ils ont, lové aux lèvres, le mélange des baisers.

    Ils ont gardé leurs épousailles à hauteur d’épaules accolées — par seigneurie et par droit d’altière vigilance ;

    car ils sont devant
    Dieu la postérité de la première image — la beauté connivente et circoncise de la jalousie charnelle.

    Ils ne changeront ni de bouche ni de baiser — ils dorment leur sommeil dans la délégation de l’amour.

    Rina Lasnier

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