Le front à la pierre froide.

arton58012

Au terme

d’un sommeil désemparé

d’un sommeil obtus

j’ai accroché mon regard fixe et trop grand

sur le clou rouillé du seuil en partant.

 

J’ai respiré l’air frais

et j’en suis revenue

les tempes fièvreuses d’un soleil

ramassé dans les ravines

le front à la pierre froide et sans odeur

qui laisse l’idée de liberté abasourdie

à la trouée du ciel

comme une fatale imprudence

saturée de craintes sévères

et de palpable insignifiance.

 

À la hache du temps qui passe

j’ai opposé le panache épars des heures

et j’ai ouvert le chemin sur une pensée

si claire qu’elle en demeurait nue.

 

 

Barbara Auzou.

5 réflexions sur “Le front à la pierre froide.

  1. La beauté avancée là ne saurait trouver adversaire capable de la faire reculer. Chaque écueil est identifié, chaque masque détaché de l’ombre, chaque coup sans tendre l’autre joue…
    La force de la nudité y est intégrale, comme j’aime cette énergie ma Barbara

    Aimé par 1 personne

      • Décongelons-le le taciturne…

        LA PLUS SIMPLE EXPRESSION

        Espèce de rôdeur qui entres et sors de moi,

        te mélanges à mon sang, et puis te désagrèges,

        me tiens chaud, m’abandonnes et me laisses à mon

        froid, cesse un petit moment ton fatigant manège. Et vous, dans la coulisse du corps étonné, qui prend congé sans cesse et sans cesse renaît, et sans cesse renoue les
        nœuds qu’il a dénoués, serviteurs du dedans qui n’avez pas de nom, qui lâchez, reprenez et mélangez les fils, brouillez les souvenirs et les tirez au fond, vers la
        cargaison morte au creux de l’eau tranquille : je veux me délivrer de vos tenaces ruses, du grand sournois sommeil, et des cérémonies qu’il agence aux replis d’un repos qui
        m’abuse. Pour toi, ma pesanteur, qui m’étouffe et me serre, ralentie comme un cri qu’on n’a pas pu crier,

        ma loque, ma souillée, ma plate, ma misère,

        ma cogneuse aux carreaux, ma glisse au ras de terre,

        je vais te bâillonner, te perdre, te déjouer

        et te précipiter par ruse ou bien par rage

        à l’envers supposé de mon vrai paysage.

        Je veux, les yeux ouverts à force de patience, conjurer ce complot que nouent mes habitants.

        2

        Une autre vie est là comme l’eau sous la glace, à l’abri du grand gel qui pince et fait très mal, une enfant qui chantonne et se parle à voix basse, très de l’autre
        côté du mensonge en cristal, tout de l’autre côté du faux froid endormeur.

        Belle et c’est le matin c’est sa présence pâle.

        3

        Il faut qu’il y ait toi, seulement habillée

        de ton ombre à côté, tu lui donnes la main,

        toi qui marches pieds nus dans mes cinq continents,

        dans ma limite et ma durée, dans mes jardins,

        dans mon monde cerné par ses sept océans,

        très ressemblant au vrai dont il est la doublure,

        dont il reconstitue les couleurs et l’allure

        (avec tout simplement un peu d’incertitude

        dans la carte du ciel et dans les latitudes).

        Alors je te rencontre. Vendredi c’est toi,

        et mon monde reprend une raison d’étendre

        ses forêts compliquées, ses sous-marins méandres,

        ses bêtes en désordre au sortir de leur arche

        et qui parfois ont l’air d’un petit peu comprendre

        ce qu’on se dit nous deux, et qu’écoutent nos ombres,

        sur notre île choisie pour ses plages très sages,

        (et l’aiguillée de fil des oiseaux de couleurs

        qui cousent dans le ciel les ourlets du bonheur).

        4

        Le jour et la nuit nous sommes ensemble.

        Dans ce pays la nuit est comme un capuchon de laine bleue mouillée, quand on sort de l’école, que l’enfant d’autrefois, il rentre à la maison accroche dans l’entrée au
        porte-manteau noir.

        Nous nous parlons la nuit sans jamais nous déplaire.

        Belles voix d’aplomb l’une contre l’autre de toutes nos forces nous nous comprenons. Je change d’idées, tu changes de nuit, mais c’est encore toi et moi confondus. . Je fais quelques
        pas

        mais sans te quitter. Je te juge aimable. Je t’écoute en moi. Je te trouve douce,

        tu m’écoutes en toi,

        et l’enfant silence

        entre nos deux corps

        ne perd pas de vue

        notre saison grave

        nos raisons d’aimer.

        C’est alors que le lit, les draps, pièges glissants, tandis que nous dormons (et sans cesser pourtant de nous entretenu-) se font embarcadères :

        La nuit lorsque je dors mes mains vont voyager, vivre une vie dehors et changer de trajet, caresser d’autres corps flâneusement bouger.

        Je reste là sans mains et ne peux rien saisir. Mes doigts jusqu’à demain me privent de désir Je me sens vide et vain gris comme un souvenir.

        Et je suis bien content quand vient le petit jour

        qui me refait vivant,

        me rend mes dix doigts gourds

        qui remuent doucement

        (et savent plus d’un tour)

        C’est ainsi que le songe agence ses mirages où nous rcmélangeons nos passants paysages, (et nous fermons les yeux quand naissent de la mer en marche nos statues leur pas fronce la
        terre)

        Mais dans le dormir même agitant notre envers c’est toi que je retrouve et dont je m*émerveille.

        5

        Exacte, préservée, fidèle à ton éclat, lampe nue, mon regard témoigne sa lumière, partage de mes eaux, double vrai de mes pas, transparents à travers,
        opaque, ton mystère,

        tu justifie traverse et dénie à mes yeux la vérité du je que je cherche aux miroirs

        Ce que je t’ai donné m’apprend ce que je suis. Tu rends à ma parole son pouvoir précis.

        6

        Très taciturne malheur très muette méchanceté

        Rancune serrant les dents Absence très repliée Interminable silence Délices de la furie

        Couteaux crus de l’amertume Cri coupable la colère Amer trop plein de misère Cataractes retenues Petite mort chaque jour Trousseaux de clés qui se rouillent

        La parole qui dénoue qui a raison du temps des années de la mémoire raison de la raison

        de l’homme pour qui on ne pouvait rien

        et que voilà réduit

        à sa plus simple expression.

        7

        Les années en chemin font beaucoup d’embarras, un grand méli-mélo de chagrins et de chances; des gens entrent et sortent, on ne les revoit pas; d’autres on les découvre
        à travers leur absence :

        On ne s’y reconnaît plus dans cet écheveau, dans ce brouillamini, dans cet embouteillage, dans ce grand mélangé de froid noir et bon chaud, dans les cartes brouillées
        que le temps nous ménage.

        C’est à perdre la tête, arracher ses cheveux, se faire de la bile, être en mauvaise passe, se vouer à tous les saints, ou passer aux aveux. Mais la voix est une eau captive
        sous la glace.

        Seul un mot quelquefois peut passer au travers, un mot tout simplement qui te va comme un gant, un mot lettre-à-la-poste, un vrai mot cœur-ouvert, un mot qui vient du clair et qui
        retourne au vent.

        Une parole juste à n’en jamais finir suffit à t’éveiller à l’autre bout du monde, mon petit feu d’hiver, ma tulipe à sourires, ma dormeuse et pourtant la seule qui
        réponde.

        Dieu s’arrête un moment de surveiller ses folles au Central des soucis où leurs mains remélangent les fils et les fiches pour couper la parole, à peine commencé le mot
        que souffle un ange.

        Ma voix toute empêtrée dans les caves du corps, qui vient à moi toujours au travers de moi-même, toute nouée dans ma peau, ma caresse, et l’effort que fait pour
        s’échapper cet autre que j’enferme,

        ma voix qui me fuyait et m’habitait à peine, cet écho que j’étais qui me blessait pourtant, qui ne me laissait pas reprendre mon haleine devient une façon de lent tapis
        volant.

        Voix durable la voix qui sonne elle s’est tue, légère et qui n’a chaud que de sa vérité, qui te trouve et te quitte et n’est jamais perdue, et qui t’attend le soir et dort
        à ton côté.

        Voix pure la voix-jour qui ne contient rien d’elle et pas plus sa chanson que le ciel sa couleur, voix juste la voix seule et qui pourtant se mêle aux voix de ceux qui vivent à
        contre-malheur.

        Voix simple qui ne dit que ce qu’elle aime et nomme, aussi nue qu’une main toute habillée d’air pur, qui ne se souvient plus d’être la voix d’un homme et qui a tous les jours raison
        contre les murs,

        et qui a tous les jours raison contre la mort.

        Claude Roy

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