5 réflexions sur “Fugue de mort: Paul Celan

  1. Fugue de mort

    Lait noir de l’aube nous le buvons le soir
    le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit
    nous buvons et buvons
    nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré
    Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
    il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or
    écrit ces mots s’avance sur le seuil et les étoiles tressaillent il siffle ses grands chiens
    il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe
    il nous commande allons jouez pour qu’on danse

    Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
    te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir
    nous buvons et buvons
    Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
    il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or
    Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré

    II crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez
    il attrape le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont bleus
    enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu’on danse

    Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
    te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir
    nous buvons et buvons
    un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or
    tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents

    II crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d’Allemagne
    il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel
    vous aurez une tombe alors dans les nuages où l’on n’est pas serré

    Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
    te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne
    nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
    la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu
    il t’atteint d’une balle de plomb il ne te manque pas
    un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or
    il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel
    il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne

    tes cheveux d’or Margarete
    tes cheveux cendre Sulamith.

    Paul Celan – Pavot et mémoire © Poésie/Gallimard 1998, p. 53

    Ecrit en 1948 , le plus connu et le plus emblématique poème de Paul Celan sur l’holocauste. Celui qui a répondu à la terrible question de savoir s’il était possible d’écrire sur les camps de la mort.
    Puissant et difficile à comprendre sans fausse émotion, en parfaite symbiose avec la Poésie, d’autant qu’il porte en roumain la vibrance de la langue juive…
    J’entends nos propos sur la guerre c’est vivant ma Barbara…
    N-L

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