« Le monde est mon langage » d’Alain Mabanckou.

le-monde-est-mon-langage,M398277_0 Né au Congo, partageant son temps entre la Californie où il enseigne comme professeur de littérature à UCLA (University of California – Los Angeles), Paris où il a fini ses études, et le monde qu’il parcourt pour présenter ses livres, Alain Mabanckou est un auteur en langue française pour qui sa langue n’est pas enfermée dans le carré français. Loin de là, elle est parlée dans le monde entier par les gens les plus passionnants et les plus inattendus.
Le monde est mon langage est le tour du monde de la pensée et des émotions telles que la langue française les véhicule, par les gens les plus divers, célèbres ou inconnus, adolescents ou vieillards, Haïtiens ou Français. Alain Mabanckou les a rencontrés et nous les raconte, en une suite de portraits admiratifs et aimants. JMG Le Clézio ou un inconnu de la Nouvelle Orléans, Sony Labou Tansi qui, au Congo, écrivait dans des cahiers à spirales devant deux posters du Che Guevara, bien d’autres encore.
Ils ont ces mots en partage et ils les partagent. Leur langage est notre monde.

Le monde est mon langage
J’ai choisi depuis longtemps de ne pas m’enfermer, de ne pas considérer les choses de manière figée, mais de prêter plutôt l’oreille à la rumeur du monde.
Je ne suis pas devenu écrivain parce que j’ai quitté mon pays natal. En revanche, j’ai posé un autre regard sur celui-ci une fois que je m’en suis éloigné.
Dans mes premiers écrits – ébauchés pour la plupart dans ma ville d’enfance, Pointe-Noire, au Congo-Brazzaville – j’avais le sentiment qu’il manquait des pièces et que mes personnages, cloîtrés, me réclamaient plus d’espace. Le déplacement a contribué à renforcer en moi cette inquiétude qui fonde à mes yeux toute démarche de création : on écrit peut-être parce que « quelque chose ne tourne pas rond », parce qu’on voudrait remuer les montagnes ou introduire un éléphant dans le chas d’une aiguille. L’écriture devient alors à la fois

un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l’horizon…
Né donc au Congo-Brazzaville, j’ai passé une bonne partie de ma jeunesse en Europe avant de m’installer en Amérique. Trois continents dont je ne cesse de chercher le point d’intersection aussi bien dans ma vie quotidienne que dans mon imaginaire.
Le Congo est le lieu du cordon ombilical, la France la patrie d’adoption de mes rêves, et l’Amérique un coin depuis lequel je regarde les empreintes de mon errance. Ces trois espaces géographiques sont si soudés qu’il m’arrive d’oublier dans quel continent je me couche et dans lequel j’écris mes livres.
Le monde est ainsi mon langage. Ce monde, je l’ai découvert par le biais de la langue française grâce à ceux qui la magnifient, quels que soient leurs origines, leur patrie, leur accent ou leur accoutrement. Il m’est arrivé de connaître personnellement ces « ambassadeurs » en dehors de leurs œuvres ou, pour certains, de ne les aborder qu’à travers celles-ci avant qu’ils ne deviennent enfin des confidents, des compagnons, des guides, des amis, des collègues ou des créateurs pour qui mon estime n’aura plus de limites. Et même s’ils parlent ou créent dans une langue différente de la mienne, un jour ou l’autre ils sont tombés amoureux de celle que j’utilise comme écrivain, et cela a suffi pour que naisse entre nous un véritable lien de parenté…
Paru le 31/08/2016.

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