Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu de Boualem Sansal.

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«Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement désespérée. L’affaire était louche dès le début pourtant, l’ennemi n’est pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l’aurait compris. Quand avons-nous cessé d’être intelligents ou simplement attentifs?» Ute Von Ebert, dernière héritière d’un puissant empire industriel, habite à Erlingen, fief cossu de la haute bourgeoisie allemande. Sa fille Hannah, vingt-six ans, vit à Londres. Dans des lettres au ton très libre et souvent sarcastique, Ute lui raconte la vie dans Erlingen assiégée par un ennemi dont on ignore à peu près tout et qu’elle appelle «les Serviteurs», car ils ont décidé de faire de la soumission à leur dieu la loi unique de l’humanité. La population attend fiévreusement un train qui doit l’évacuer. Mais le train du salut n’arrive pas. Et si cette histoire était le fruit d’un esprit fantasque et inquiet, qui observe les ravages de la propagation d’une foi sectaire dans les démocraties fatiguées? Comme dans 2084, Boualem Sansal décrit la mainmise de l’extrémisme religieux sur les zones fragiles de nos sociétés, favorisée par la lâcheté ou l’aveuglement des dirigeants.

LA RÉPÉTITION COMME LOI DE L’HISTOIRE

« Ce qui fut sera, Ce qui s’est fait se refera, Et il n’y a rien de nouveau sous le soleil (L’Ecclésiaste) » : derrière les particularismes, Boualem Sansal dévoile les lois de l’Histoire, son inertie, siècles après siècles. Tout se répète et rien ne change, la mélodie est la même.
L’écrivain définit son roman comme une «chronique des temps qui courent  » : « Nous vivons les mêmes événements qui ont conduit aux grandes migrations du passé, à la montée des fascismes, aux Guerres mondiales, aux folies religieuses, aux grandes défaites morales. Le roman en fait la recension. », confiait-il dans un entretien à son éditeur. 256 pages qui résumeraient l’ordre entier du monde ? Entre réalisme et pessimisme, Boualem Sansal nous offre une certaine vision de l’Histoire.
Paru en Août 2018 Dans la collection Blanche, Gallimard.

7 réflexions sur “Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu de Boualem Sansal.

  1. Cette alerte n’a jamais du cesser d’être lancée, c’est mon avis. Plus j’avance dans l’exercice du vivant, plus chaque jour en apporte une preuve.Chaque période de l’histoire ramène son fond de fonctionnement recopié sur le précédent
    , L’évolution développe des technologies très nettement en progrès, c’est le seul fait important du changement et de l’esprit créatif de l’homme. Seulement comme ceci n’est orienté que vers le profit on revient aux fondamentaux destructeurs. La société actuelle et son chois de « mondialisation » atteint de telles proportions qu’elle ne peut plus laisser de place pour imaginer un train de l’espoir. C’est irréversiblement impossible. L’enrichissement sans limite d’une minorité développe l’inégalité avec une complicité de la bêtise humaine. On ferme des usines là où on décrète que ça rend pas pour en ouvrir là où on ne paie pas des salariés et où on fait travailler des enfants pour contenter les actionnaires. Les nuls du foot français sont champions du monde, ils touchent des salaires mensuels au revenu annuel qu’un individu mettra des décennies à totaliser. Et tout ça pour le plus grand plaisir du cocu de l’histoire.
    N-L

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