« Le Baiser » de Brancusi.

Vous le trouvez triste, vous « Le Baiser » de Brancusi? C’est souvent ce qu’il ressort des analyses de la fameuse série des « Baisers »…J’ y vois tout le contraire de la tristesse, moi!

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Extrait du catalogue Collection art moderne – La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007

Le Baiser , taillé entre 1923 et 1925, est une version tardive d’une série emblématique, dont Brancusi développera le motif jusqu’à en faire une signature, voire un logo apposé sur toutes sortes de supports. En 1907, tout en s’opposant à Rodin, dont il refuse désormais l’expression tourmentée, le sculpteur en retient cependant l’art du fragment, qu’il va porter à la hauteur d’un manifeste avec le premier Baiser (1907-1908, Craiova, Muzeul de Arta), son « chemin de Damas », a rapporté Henri-Pierre Roché. Sa création coïncide avec l’abandon du modelage habituel pour la « taille directe » du matériau, technique primitive ou archaïque qui privilégie le « bloc » originel d’où surgit la forme. Brancusi devient son propre praticien et rompt ainsi avec la coutume de règle depuis la Renaissance jusqu’au maître de Meudon, qui confiait ses marbres à des professionnels. Le motif duBaiser – un homme et une femme tronqués à mi-corps et liés en un seul bloc – inaugure le procédé de réduction de l’œuvre à l’essentiel, que Brancusi oppose à l’art du « beefsteak ». Les différentes versions du Baiseralternent la forme cubique et la forme du couple-colonne, apparu en 1909 et installé en 1910 au cimetière du Montparnasse, où les figures s’accolent sur toute la hauteur de leurs jambes jumelles. L’atelier conserve trois variantes de la première forme, dont Le Baiser de 1923-1925 (cat. rais. no 205) constitue une étape intermédiaire. Taillé dans un calcaire de couleur brune, il reprend les personnages tronqués sous la poitrine, dont l’union figurée par la forte parallèle des bras évoque la masse de la pierre. Du côté le plus stylisé (souvent photographié par Brancusi), les bras sont nettement géométrisés, la surface finement gravée ne suggère aucun volume ; l’autre côté révèle un traitement plus arrondi, tandis que l’horizontale mi-géométrique des bras lie le volume au plan du cube. Si Le Baiser évoque les prémices du cubisme, auquel Brancusi ne reste pas étranger, il impose une nouvelle réalité plastique, dont le « bloc » simplifié devient le symbole à la fois primitif et moderne.

Références bibliographiques :

Constantin Brancusi : A retrospective exhibition by Sidney Geist , cat. exp., New York , The S.R. Guggenheim Museum , 1969

Sidney Geist, Brancusi : The Sculpture and Drawings , New York , Harry N. Abrams , 1975
Michel Gauthier , « Brancusi : Ouvertures », Les Cahiers du Musée national d’art moderne , no 54, hiver 1995, p. 5-34

Constantin Brancusi, 1876-1957 , cat. exp., Paris , Musée national d’art moderne , 14 avril-21 août 1995 ; Philadelphie , Philadelphia Museum of Art , 8 octobre-31 décembre 1995 ; Paris , Éd. du Centre Pompidou / Gallimard , 1995

L’Atelier Brancusi. La Collection , Marielle Tabart (dir.), Paris , Éd. du Centre Pompidou , 1997

Le Baiser [de Brancusi] , cat. exp., Sidney Geist (dir.), Paris , Centre Georges Pompidou, Atelier Brancusi , 9 juin-6 septembre 1999 ; Paris , Éd. du Centre Pompidou , 1999
Friedrich Teja Bach , Constantin Brancusi : Metamorphosen plastischer Form , Cologne , DuMont Buchverlag [1987] 2004 . [cat. rais.]

Brancusi, The White Work , cat. exp., Musée national d’art moderne (collab.), Venise , Peggy Guggenheim Collection , 19 février-22 mai 2005 ; Milan , Skira , 2005 .

« Un baiser, mais à tout prendre qu’est-ce ?

Un serment fait d’un peu plus près, une promesse

Plus précise, un aveu qui peut se confirmer,

Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;

C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,

Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,

Une communion ayant un goût de fleur,

Une façon d’un peu se respirer le cœur,

Et d’un peu se goûter au bord des lèvres, l’âme ! »

 

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, Acte III, scène 10.

12 réflexions sur “« Le Baiser » de Brancusi.

  1. Ici le Baiser donne d’entrée l’idée maîtresse de la force prodigieuse issue de la jonction de deux êtres en un seul.
    Il n’y a plus qu’une entité d’amour.
    Le mouvement fait bloc
    unissant en un acte physique le poids de l’acte dont la symbolique grave
    retient la légèreté cachée dans l’intime. C’est l’ascèse attendue qui est atteinte. Il ne s’agit pas d’un acte seulement érotique mais d’une fusion spirituelle.
    C’est beau ma Barbara.

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