« Peinture et poésie ». Yves Peyré.

41FSTY9EE7L._SX258_BO1,204,203,200_Peinture et poésie, le dialogue par le livre (1874-2000) met en lumière et analyse un phénomène précis, la rencontre de deux expressions avides l’une de l’autre – la peinture et la poésie – au sein d’un même espace, le livre. Yves Peyré concentre son attention sur la genèse de cette forme, depuis son origine au temps des inventeurs de l’expression poétique et picturale moderne, Mallarmé et Manet, jusqu’à l’année 2000, dernière année du XXe siècle. Il donne ici une étude rigoureuse et un bilan, s’appuyant sur les 126 plus belles réussites du genre en autant d’années. Aux livres mêmes (conservés par la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet) qui sont en soi une suite de miracles, il ajoute des contrepoints plastiques, susceptibles d’éclairer encore plus le pouvoir d’attraction entre peinture et poésie. On assiste à la rencontre captivante des artistes les plus hardis et des poètes les plus téméraires du dernier maillon de notre histoire, de Mallarmé/Manet à Butor/Alechinsky, de Tzara/Arp à Du Bouchet/Tal Coat, de Cendrars/Léger à Debord/Jorn, de Breton/Giacometti à Leiris/Miro, de Char/Staël à Beckett/Johns. Rien des divers apports, ni de la complexité des différents temps d’une invention, n’est ici passé sous silence. Le but étant de laisser le lecteur clairement participer à la jubilation qui s’empare de tout amateur de ces livres, de lui offrir en partage la grâce et l’énergie qu’ils dégagent.

 

Editions Gallimard. 2001.

Les peintres peuvent en venir autrement à la langue et même sans écrire. Il leur suffit de lire, d’accueillir la parole du poète qui tombe en eux comme la différence bienfaisante, la confirmation de soi par le tout extérieur.

C’est de correspondance qu’il faut plutôt parler ou, avec Ponge, d’ « orgasmes rigoureusement homologues » (ou encore) d’ « amitiés stellaires » selon le raccourci de Nietzsche.

Un exemple parmi tant d’autres: Blaise Cendrars et Sonia Delaunay.

Extraordinaire fusion de quatre cent quarante-cinq vers libres de Blaise Cendrars (1887-1961) et des couleurs de Sonia Delaunay (1885-1979), la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, sorti de presse en novembre 1913 à Paris, est l’un des livres d’artistes fondateurs de la modernité du XXe siècle.

Sonia et Robert Delaunay (1885-1941) comptent déjà parmi les artistes pionniers de l’abstraction et se singularisent par leurs démarches placées sous le signe des « contrastes Simultané », quand ils rencontrent, en janvier 1913, chez Apollinaire un poète alors inconnu, Blaise Cendrars. Leur amitié complice est immédiate. Blaise Cendrars, qui a passé plusieurs années en Russie, partage avec Sonia Delaunay, d’origine russe, un imaginaire commun en même temps qu’un goût pour la recherche de nouvelles formes esthétiques. En réalisant conjointement la Prose du Transsibérien, ils ouvrent une scène de création d’une liberté inventive inédite, convoquant rythme, mouvement et couleurs.

Ce livre-tableau se déployant sur deux mètres de long et trente-six centimètres de large suit les rails rêvés de la ligne du tout récent Transsibérien, dans une épopée fantastique, exploratrice et métaphorique, qui traverse le continent russe pour se terminer à Paris. L’expérience poétique intense proposée par Blaise Cendrars se découvre simultanément à la peinture de Sonia Delaunay, renouvelant ainsi la dynamique et le sens du voyage. Une révolution plastique et graphique est à l’œuvre, qui place les deux artistes au cœur des avant-gardes européennes dont l’année 1913 est un emblème majeur, avant l’hécatombe de la guerre.

téléchargement

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7 réflexions sur “« Peinture et poésie ». Yves Peyré.

  1. Jubilation, voilà le mot qui dit bien ce qu’est cet échange, Il élève encore plus haut ce qui avait déjà décollé, il a ce pouvoir ascensionnel qui existe dans le ciel. La note diésée marque le passage, d’un aria on fait un concerto. Et l’unité devient palpable.
    Merveilleuse idée que tu as eu pour ce choix que l’association Cendrars/Delaunay transporte puissamment, l’un est l’autre se véhiculent en un seul moyen de locomotion!
    Je ne dis jamais bravo mais à j’applaudis ma Barbara, merci…
    N-L

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