« Vues de vaches ». Claude Ber/ Cyrille Derouineau. Poésie et photos.

téléchargement (2)Dans ce titre à double sens, il est question de regard. Du regard porté sur les vaches, et du point de vue des vaches elles-mêmes. Oui, elles nous regardent autant qu’on les regarde, les vaches de Claude Ber et de Cyrille Derouineau, poussées par une irrésistible curiosité. Elles existent dans le charnel, dans l’empan de leurs corps et les mots et les images sous nos yeux les exaltent. Où la photographie de Cyrille Derouineau cultive la présence et le relief dans une belle sobriété, les textes de Claude Ber bouillonnent d’ingéniosité et d’érudition mêlées, de détails insolites où se côtoient l’humour et le sensible. La rencontre est heureuse et l’acuité partagée.

Partir à la rencontre de celles qui traversaient le village à pas lents, balançant leurs têtes pensives comme plongées dans une méditation inaccessible à nous tous (…) nous invite à changer de regard.

Extraits:

Vue de vache
unique

Le cornu pointe en haut chez cette rousse à poils longs. Avec son pelage de mouton écossais, elle crée une indécision de nature. Pleinement vache, mais tout de même, quelque peu brebis et comme tricotée plus que tendue de cuir. Que fait-elle là au milieu d’un cheptel au poil court parcouru de reflets indigo? C’est un apax. L’isolée de la logique agricole qui tend d’ordinaire à l’uniformité. Une égarée, cette laineuse. Et voilà qu’elle me fixe, petites oreilles vers l’avant, front étroit sur l’œil rétréci par le bouffant du poil. Face à face immobile, où me lorgne cet œil étonnamment intelligent. Regard futé de fine lame. “Qu’est-ce qu’elle croit celle-là!” dit la pupille luisante. Je ne crois rien. Je rends les armes. Non ce n’est pas une égarée. C’est une habile. Lovée au creux d’une fermière préférence. Qui l’élit, elle, et sa rouge toison frisée. C’est l’impériale. La chef de troupe. La vache sans usage. Sans autre visée que d’être vache. Et d’exister. Je la salue tandis que d’un mouvement vif, elle me tourne au museau un arrière-train moussu de bouse et dédaigneux.

L’Amourier Editions 2009.

13 réflexions sur “« Vues de vaches ». Claude Ber/ Cyrille Derouineau. Poésie et photos.

  1. j’ai eu une période Photos de vaches… quand je les mangeais encore. Maintenant je peux les regarder dans les yeux en leur disant je ne te mangerai pas. si si je l’ai vraiment dit 🙂 et qu’est ce que ça m’a fait du bien, elles sont si belles et si pacifiques !

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