Dupin du jour: La Lumière n’est pas conçue.

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Rien que pour toi, racine, pour toi, cyclone fourvoyé dans cette strate du langage, le poète a favorisé I’épaississement limoneux du sommeil où tu te ramifies. Le
livre dont il est l’otage et le garant, le livre incompulsé, le livre intermittent, tourne sans hâte sur ses gonds dans la terre, et chaque page à ton attouchement prend feu, et
sa substance se confond avec, le surcroît de ta sève, avec le progrès de son sang.

Perfectibilité du vide, racine de l’amour. Cette équation, je l’ai vaincue avec un océan de terre ameublie par mon souffle.

 

La Lumière n’est pas conçue. Jacques Dupin.

4 réflexions sur “Dupin du jour: La Lumière n’est pas conçue.

      • TOUCHER LA LUMIÈRE

        Par une nuit de pleine lune
        essaye de fixer la galaxie
        Tu verras qu’elle est cours d’eau
        avec tes bras pour affluents
        ta poitrine pour estuaire

        Aujourd’hui le ciel a écrit son poème
        à l’encre blanche
        Il l’a appelé neige

        Ton rêve rajeunit tandis que tu vieillis
        Le rêve grandit en marchant
        vers l’enfance

        Le rêve est une jument
        qui au loin nous emporte
        sans jamais se déplacer

        Le nuage est las de voyager
        Il descend à la plus proche rivière
        pour laver sa chemise
        A peine a-t-il mis les pieds dans l’eau
        que la chemise se dissout
        et disparaît

        Une rose sort de son lit
        prend les mains du matin
        pour se frotter les yeux

        Le palmier parle avec son tronc
        la rose avec son odeur

        Le vent et l’espace vagabondent
        main dans la main

        Arc-en-ciel ?
        Unité du ciel et de la terre
        tressés en une seule corde

        Il marche sur les versants de l’automne
        appuyé au bras du printemps

        Le ciel pleure lui aussi
        mais il essuie ses larmes
        avec le foulard de l’horizon

        Quand vient la fatigue
        le vent déroule le tapis de l’espace
        afin de s’y allonger

        Dans la forêt de mes jours
        aucune place
        sauf pour le vent

        Pour toucher la lumière
        tu dois t’appuyer sur ton ombre

        Je sens parfois que le vent
        est un enfant qui crie
        porté sur mes épaules

        Comment décrire à l’arbre
        le goût de son fruit ?
        A l’arc
        le travail de la corde ?

        Telle une main
        la lumière se déplace
        sur le corps des ténèbres

        C’est l’épaule de l’espace
        qui s’effondre là-bas
        sous les nuages noirs

        L’espace dans l’œil de la guillotine
        est lui aussi tête à couper

        Tu ne peux être lanterne
        si tu ne portes la nuit
        sur tes épaules

        Je conclurai un pacte avec les nuages
        pour libérer la pluie
        Un autre avec le vent
        pour qu’il nous libère
        les nuages et moi

        La parole est demeure dans l’exil
        chemin dans la patrie

        Qu’il est étrange ce pacte
        entre les vagues et le rivage –
        le rivage écrit le sable
        les vagues effacent l’écriture

        Mémoire – ton autre demeure
        où tu ne peux pénétrer
        qu’avec un corps devenu
        souvenir.

        Adonis

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