« Doggerland » d’Elisabeth Filhol.

téléchargement
Une fiction singulière qui traverse les continents et les âges, à mi-chemin entre thriller scientifique et saga géologique. Fascinant.

Quel drôle de livre, quel audacieux, étrange et extravagant roman ! Si généreusement éloigné des autofictions narcissiques qu’aiment tant à pratiquer les écrivains de par chez nous. ­Depuis son premier opus, La Centrale (1) (prix France Culture-Télérama 2010), on savait qu’Elisabeth Filhol, 53 ans, ­aimait à arpenter les territoires singuliers. N’y a-t-elle pas fait enjeu romanesque des conditions de travail des ­intérimaires de l’industrie nucléaire ? Comme elle le fera, quatre ans plus tard, dans Bois II (2) , d’une occupation d’usine condamnée à la délocalisation. Engagée dans notre temps, les ­urgences sociales, économiques, politiques, écologiques contemporaines, elle livre aujourd’hui une saisissante fiction… géologique !

Elle l’a baptisée Doggerland, du nom donné à l’étendue de terre qui se situait — voilà plus de huit mille ans — dans la moitié sud de la mer du Nord. On pouvait alors aller à pied de la Grande-Bretagne jusqu’au Danemark. Jusqu’à ce qu’un tsunami, dit « Storegga », provoqué au nord de la Norvège par un glissement de terrain, immerge brutalement, définitivement, forêts, marais, animaux et hommes. Toute une civilisation…

Elisabeth Filhol jongle avec les époques, fait traverser au lecteur mer et continent aux divers âges de notre préhistoire, comme elle raconte — via une réelle tempête de 2013 — les authentiques dangers que court désormais notre planète. Une romancière au présent que fascine l’hier. Même les plus rétifs à la géologie et à la physique se passionneront pour ce huis clos épuré à l’os qui oppose chercheurs géophysiciens et ingénieurs de plateformes pétrolières, tous hantés par les mondes disparus ou en danger de l’être, tous aux prises avec les intérêts financiers des géants du pétrole comme avec les tragiques menaces ­environnementales.

La romancière parvient à faire thriller scientifique de son histoire de flots et de vents, d’île engloutie et de climats à la dérive. Grâce à sa formidable précision documentaire mêlée aux déchaînements épiques des éléments et à une histoire d’amour infiniment énigmatique. Aux frontières mythiques des ­cités enfouies, son récit flirte avec un furieux romantisme. Moderne et patrimonial à la fois. Evoquant tout ensemble les laboratoires de recherche et certaines toiles de Caspar David Friedrich comme l’œuvre d’Emily Brontë. Sous la sécheresse apparente, la glace d’une écriture radicale, le feu, la passion et la mort…

Un article Télérama.Fr

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s