« Travailler fatigue » de Cesare Pavese

Cesare_Pavese_ritratto

Travailler fatigue

Traverser une rue pour s’enfuir de chez soi
seul un enfant le fait, mais cet homme qui erre,
tout le jour, par les rues, ce n’est plus un enfant
et il ne s’enfuit pas de chez lui.

En été, il y a certains après-midi
où les places elles-mêmes sont vides, offertes
au soleil qui est près du déclin, et cet homme qui vient
le long d’une avenue aux arbres inutiles, s’arrête.
Est-ce la peine d’être seul pour être toujours plus seul ?
On a beau y errer, les places et les rues
sont désertes. Il faudrait arrêter une femme,
lui parler, la convaincre de vivre tous les deux.
Autrement, on se parle tout seul. C’est pour ça que parfois
il y a des ivrognes nocturnes qui viennent vous aborder
et vous racontent les projets de toute une existence.

Ce n’est sans doute pas en attendant sur la place déserte
qu’on rencontre quelqu’un, mais si on erre dans les rues,
on s’arrête parfois. S’ils étaient deux,
simplement pour marcher dans les rues, le foyer serait là
où serait cette femme et ça vaudrait la peine.
La place dans la nuit redevient déserte
et cet homme qui passe ne voit pas les maisons
entre les lumières inutiles, il ne lève plus les yeux :
il sent seulement le pavé qu’ont posé d’autres hommes
aux mains dures et calleuses comme les siennes.
Ce n’est pas juste de rester sur la place déserte.
Il y a certainement dans la rue une femme
qui, si on l’en priait, donnerait volontiers un foyer.

Cesare Pavese, poète italien, 1908-1950.

Traduction de Gilles de Van Poésie Gallimard 1969.

12 réflexions sur “« Travailler fatigue » de Cesare Pavese

  1. Sublime, mais comme toujours, Barbara, prénom que chantait si bien, Les Frères Jacques…
    « Souviens-toi, Barbara… »

    Cesare Pavese… Autre nom entendu dans mon enfance et sans comprendre, tout comme Bartolomeo Vanzetti, que bien des années plus tard j’ai retranscris, non par hasard ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2019/02/03/testament-moral-et-politique-de-bartolomeo-vanzetti-1927-dans-une-version-pdf-realisee-et-completee-par-jbl/

    Je pense toujours qu’aucune lecture ne peut, à elle seule, changer le monde, c’est ce que nous en faisons, qui nous transforme, après nous avoir transpercé, comme l’a si bien enseigné Paulo Freire avec la Pédagogie des opprimés, mais aussi « l’Éducation comme pratique de la Liberté » dernier PDF publié, et encore dans « Extension et/ou Communication » que j’ai eu la chance de lire, par larges extraits, et qui sera publié, la semaine prochaine…

    Encore merci, Barbara…
    Jo

    Aimé par 1 personne

  2. Barbara, je vous remercie d’avoir publié ce poème, cette traduction merveilleuse et le nom du traducteur. Ce poème résume toute la vie de ce grand poète, que je respecte pour son humanité dolente, pour son incapacité à se mèlanger aux autres, pour son désir désespéré d’être aimé en tant qu’être humain.
    « Il y avait certainement dans la rue une femme
    qui,même l’en priant, il n’aurait pas donné volontiers un foyer. »

    Aimé par 2 personnes

  3. Non si sa mai … ecco il testo originale:

    LAVORARE STANCA

    Traversare una strada per scappare di casa
    lo fa solo un ragazzo, ma quest’uomo che gira
    tutto il giorno le strade, non è più un ragazzo
    e non scappa di casa.

    Ci sono d’estate
    pomeriggi che fino le piazze son vuote, distese
    sotto il sole che sta per calare, e quest’uomo, che giunge
    per un viale d’inutili piante, si ferma.
    Val la pena esser solo, per essere sempre più solo?
    Solamente girarle, le piazze e le strade
    sono vuote. Bisogna fermare una donna
    e parlarle e deciderla a vivere insieme.
    Altrimenti, uno parla da solo. È per questo che a volte
    c’è lo sbronzo notturno che attacca discorsi
    e racconta i progetti di tutta la vita.

    Non è certo attendendo nella piazza deserta
    che s’incontra qualcuno, ma chi gira le strade
    si sofferma ogni tanto. Se fossero in due,
    anche andando per strada, la casa sarebbe
    dove c’è quella donna e varrebbe la pena.

    Nella notte la piazza ritorna deserta
    e quest’uomo, che passa, non vede le case
    tra le inutili luci, non leva più gli occhi:
    sente solo il selciato, che han fatto altri uomini
    dalle mani indurite, come sono le sue.
    Non è giusto restare sulla piazza deserta.
    Ci sarà certamente quella donna per strada
    che, pregata, vorrebbe dar mano alla casa.

    Aimé par 1 personne

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