« Dans les bagnes du tsar ». Récit.H. Leivick.

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Présentation du récit

H. Leivick décide à 71 ans de revenir sur les années de cachot qu’il a connues à 18 ans, de 1906 à 1912.

Dans une première partie, H. Leivick se souvient des six années passées dans un cachot obscur, de ses camarades de détention, révolutionnaires, juifs et non juifs. Il se souvient également des prisonniers de droit commun, dont certains avaient assassiné des Juifs. Des flash-back sur son enfance, son éducation traditionnelle puis son engagement politique parsèment le récit, alimentés par des dialogues intérieurs émouvants avec son père.

Dans la deuxième partie, H. Leivick raconte le voyage à pied, puis en bateau-prison vers la Sibérie, traversé par une galerie de portraits et de réflexions sur l’existence et la résistance à l’oppression.

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Extrait du récit

« Le gardien ouvrit le battant de sa grosse clef et me poussa à l’intérieur. Je me cogne aux ténèbres comme à un mur. Mais ce n’est pas encore la vraie porte. Cette porte mène à une seconde, plus bas. Nouvelle poussée du gardien qui me projette derrière une autre porte blindée qui ne laisse pas passer la moindre trace d’une quelconque lueur.
Il me précipite dans ce nouvel espace. Claque la première et la deuxième portes et les verrouille. Il y règne un silence de mort. C’est la première fois de ma vie que je me trouve dans des ténèbres pareilles, dans une semblable noirceur, dans une éternelle, une inqualifiable nuit.
Je ne savais pas qu’il existait au monde une telle densité de ténèbres. J’ai le sentiment qu’elles percent ma vue, qu’elles s’infiltrent dans mon corps. Elles sont acérées, gluantes, du plomb fondu. Elles me lacèrent le torse et la tête. Elles me glacent, me pétrifient. Je me cogne le visage à cette noirceur et me retourne aussitôt, reste couché sur le dos à demi évanoui. Non pas à cause de la chute ou du froid mais à cause de la puanteur qui m’étouffe et qui remplit cette sorte de tombe.
Je ne sais combien de temps, je suis resté dans cet état à moitié inconscient jusqu’au moment où mes poumons commencent petit à petit à s’habituer à cette puanteur froide de moisi, et mes yeux à cette noirceur inimaginable.  »

 

Aux Editions l’Antilope.

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