Fleur ciselée

rose tremiere

Ce qui tourne le dos

me blesse et le dégoût

est rusé J’ai trouvé

dans la toile blanche

et fine un recoin plaisant

l’eau sage d’un sein éternel de rosée

la fleur ciselée qui épouse la nature du sol

une pensée comme une rose trémière qui console

dont je sais me montrer digne Je passerai

à travers les âges l’œil étincelant et accrocherai au soleil

une vigne

 

Barbara Auzou.

8 réflexions sur “Fleur ciselée

  1. Le rythme de fait autre, la cadence ouvre grand son dire
    La fleur a changé son allure
    Elle est sortie de la planche anatomique pour lâcher ses sens en trois D
    La couleur est entrée dans la palette métaphysique
    Le plein et délié grimpe en verticale
    J’entends ce nouveau ton comme il est possible de lire la vibration, Ma…

    Aimé par 5 personnes

  2. L’INVENTEUR DE L’AMOUR

    D’une tempe à l’autre

    le sang de mon suicide virtuel

    s’écoule

    noir, vitriolant et silencieux

    Comme si je m’étais réellement suicidé

    les balles traversent jour et nuit mon cerveau

    arrachant les racines du nerf optique, acoustique, tactile – ces limites –

    et répandant par tout le crâne une odeur de poudre brûlée

    de sang coagulé et de chaos

    à mon propre déséquilibre

    C’est avec une élégance particulière

    que je porte sur mes épaules

    cette tête de suicidé

    qui promène d’un endroit à l’autre

    un sourire infâme

    empoisonnant

    dans un rayon de plusieurs kilomètres

    la respiration des êtres et des choses

    Vu de l’extérieur

    on dirait quelqu’un qui tombe

    sous une rafale de mitraillette

    Ma démarche incertaine rappelle celle du condamné à mort du rat des champs de l’oiseau blessé

    Comme le funambule suspendu à son ombrelle

    je m’accroche

    Je connais par cœur ces chemins inconnus je peux les parcourir les yeux fermés

    Mes mouvements

    n’ont pas la grâce axiomatique

    du poisson dans l’eau

    du vautour et du tigre

    ils paraissent désordonnés comme tout ce qu’on voit pour la première fois

    Je suis obligé d’inventer une façon de me déplacer de respirer d’exister

    dans un monde qui n’est ni eau ni air, ni terre, ni feu

    comment savoir d’avance
    Si l’on doit nager voler, marcher ou brûler

    En inventant le cinquième élément le sixième

    je suis obligé de réviser mes tics mes habitudes, mes certitudes

    car vouloir passer d’une vie aquatique

    à une vie terrestre

    sans changer la destination

    de son appareil respiratoire

    c’est la mort

    La quatrième dimension (5e, 6e, 7e, 8e, 9e) le cinquième élément (6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 11e) le troisième sexe (4e, 5e, 6e, 7e)

    Je salue mon double, mon triple

    Je me regarde dans le miroir

    et je vois un visage couvert d’yeux

    de bouches, d’oreilles, de chiffres

    Sous la lune mon corps projette une ombre une pénombre un fossé un lac paisible une betterave

    Je suis vraiment méconnaissable

    J’embrasse une femme sur la bouche

    sans qu’elle sache

    si elle a été empoisonnée

    enfermée mille ans dans une tour

    ou si elle s’est endormie

    la tête sur la table

    Tout doit être réinventé il n’y a plus rien au monde

    Même pas les choses

    dont on ne peut pas se passer

    dont il semble

    que dépend notre existence

    Même pas l’aimée cette suprême certitude

    ni sa chevelure

    ni son sang que nous répandons

    avec tant de volupté

    ni l’émotion que déclenche

    son sourire énigmatique

    chaque après-midi à 4 heures

    (4 heures

    ce chiffre préétabli suffirait à mettre en doute nos étreintes ultérieures)

    tout

    absolument toute initiative humaine

    a ce caractère

    réducteur et prémédité

    du chiffre 4

    même certaines rencontres fortuites les grandes amours, les grandes les subites crises de conscience

    Je vois le sang crasseux de l’homme plein de montres, de registres d’amours toutes faites de complexes fatals de limites

    Avec un dégoût que je finis par ignorer je me meus parmi ces figures toutes faites

    connues à l’infini

    hommes et femmes chiens, écoles et montagnes

    peurs et joies médiocres révolues

    Depuis quelques milliers d’années on propage

    comme une épidémie obscurantiste l’homme axiomatique : Œdipe

    l’homme du complexe de castration et du traumatisme natal

    sur lequel s’appuient les amours

    les professions

    les cravates et les sacs à main

    le progrès, les arts

    les églises

    Je déteste cet enfant naturel d’Œdipe je hais et refuse sa biologie fixe

    Et si l’homme est ainsi parce qu’il naît

    alors il ne me reste plus qu’à refuser

    la naissance

    je refuse tout axiome

    même s’il a pour lui l’apparence

    d’une certitude

    A supporter comme une malédiction cette psychologie rudimentaire déterminée par la naissance nous ne découvrirons jamais la possibilité de paraître au monde hors
    du traumatisme natal

    L’humanité oedipienne mérite son sort

    C’est parce que je ne me suis pas encore détaché du ventre maternel et de ses sublimes horizons que je parais ivre, somnolent et toujours ailleurs

    C’est pour cela que mes gestes semblent interrompus, mes paroles sans suite mes mouvements trop lents ou trop rapides contradictoires, monstrueux, adorables

    C’est pour cela que dans la rue rien, pas même le spectacle infamant d’un curé ou d’une statue ne m’irrite davantage que de croiser un enfant

    Si je passe mon chemin

    c’est que le tuer serait un geste

    déjà fait et trop vague

    Je préfère être parmi les gens comme un danger en suspens plutôt qu’un assassin

    comme un provocateur de longue agonie

    De cette position non-œdipienne

    devant l’existence

    je regarde d’un œil maléfique et noir

    j’écoute d’une oreille non acoustique

    je touche d’une main insensible

    artificielle, inventée

    la cuisse de cette femme

    dont je ne retiens ni le parfum

    ni le velours – ces attractions constantes

    de son corps magnifique – mais l’étincelle

    électrique, les étoiles filantes de son corps

    allumées et éteintes une seule fois

    au cours de l’éternité

    le fluide et le magnétisme de cette cuisse

    ses radiations cosmiques, la lumière

    et l’obscurité intérieures, la vague de sang

    qui la traverse, sa position unique

    dans l’espace et le temps

    qui se révèle à moi sous la loupe

    monstrueuse de mon cerveau

    de mon cœur et de mon souffle

    inhumaine

    Je n’arrive pas à comprendre

    le charme de la vie

    en dehors de ces révélations uniques

    de chaque instant

    Si la femme que nous aimons ne s’invente pas sous nos yeux

    si nos yeux n’abandonnent pas

    les vieux clichés

    de l’image sur la rétine

    s’ils ne se laissent pas exorbiter se surprendre et attirer vers une région jamais vue

    la vie me semble une fixation arbitraire à un moment de notre enfance ou de l’enfance de l’humanité

    une façon de mimer

    la vie de quelqu’un d’autre

    En effet, la vie devient une scène

    où l’on interprète
    Roméo,
    Caïn,
    César et quelques autres figures macabres

    Habités par ces cadavres

    nous parcourons comme des cercueils

    le chemin qui relie

    la naissance à la mort

    et il n’est pas étonnant

    de voir surgir

    du cerveau abject de l’homme

    l’image de la vie après la mort

    cette répétition, ce déjà vu

    cette odieuse exaltation du familier

    et de la contre-révolution

    Je hume la chevelure de l’aimée et tout se réinvente

    Humer la chevelure de l’aimée

    avec l’idée subconsciente et dégradante

    de l’embrasser ensuite sur la bouche

    de passer des préliminaires à la possession

    de la possession à l’état de détente et de celui-ci à une nouvelle excitation résume toute la technique limitative de ce cliché congénital qu’est l’existence
    de l’homme

    Si en exécutant cet acte simple : humer la chevelure de l’aimée on ne risque pas sa vie on n’engage pas le destin du dernier atome de son sang et de l’astre le plus lointain

    si dans ce fragment de seconde

    où l’on exécute n’importe quoi

    sur le corps de l’aimée

    ne se résolvent pas dans leur totalité

    nos interrogations, nos inquiétudes

    et nos aspirations les plus contradictoires

    alors l’amour est en effet ainsi que le disent les porcs une opération digestive de propagation de l’espèce

    Pour moi, les yeux de l’aimée sont tout aussi graves et voilés que n’importe quel astre et c’est en années-lumière qu’on devrait mesurer les radiations de son regard

    On dirait que la relation de causalité

    entre les marées

    et les phases de la lune

    est moins étrange

    que cet échange de regards (d’éclairs)

    où se donnent rendez-vous

    comme dans un bain cosmique

    mon destin

    et celui de l’univers tout entier

    Si j’avance ma main vers le sein de l’aimée je ne suis pas étonné de le voir soudain couvert de fleurs

    ou que tout à coup il fasse nuit

    et qu’on m’apporte une lettre cachetée sous mille enveloppes

    Dans ces régions inexplorées que nous offrent continuellement l’aimée

    l’aimée, le miroir, le rideau la chaise

    j’efface avec volupté

    l’œil qui a déjà vu

    les lèvres qui ont déjà embrassé

    et le cerveau qui a déjà pensé

    telles des allumettes

    qui ne servent qu’une seule fois

    Tout doit être réinventé

    Devant le corps de l’aimée

    couvert de cicatrices

    seule une pensée œdipienne

    est tentée de l’enfermer

    dans une formule sado-masochiste

    seule une pensée déjà pensée se contente d’une étiquette d’une statistique

    J’aime certains couteaux

    sur lesquels l’emblème du fabricant

    ressuscite dans l’humour

    les vieilles inscriptions médiévales

    J’aime promener un couteau sur le corps de l’aimée certains après-midi trop chauds où j’ai l’air plus doux inoffensif et tendre

    Son corps tressaille soudain comme il le fait toujours lorsqu’il me reçoit entre ses lèvres comme dans une larme

    Comme si j’avais laissé traîner

    ma main dans l’eau

    pendant une promenade en barque

    sa peau s’ouvre de chaque côté du couteau

    laissant glisser dans sa chair cette promenade onirique de sang que j’embrasse sur la bouche

    Je vois d’ici

    le cerveau satisfait de l’homme qui me dénonce à la psychologie comme vampire

    Je vois d’ici dans d’autres après-midi

    quand mon amour est une flamme

    égarée dans sa propre obscurité

    poursuivi par sa propre inquiétude

    se lançant à lui-même des pièges souples

    et déroutants, des questions

    et des réponses simultanées

    de longs corridors

    des escaliers tournant à l’infini

    des chambres murées dans lesquelles

    je me suis tant de fois suicidé

    une végétation sauvage, un fleuve

    je vois d’ici les circonvolutions

    simplificatrices, orgueilleuses

    et cyniques

    qui découvrent en moi un narcisse encore un narcisse, encore un fétichiste un scatophage ou nécrophile ou somnambule ou sadique, encore un sadique

    Avec une volupté secrète et inégalable qui rappelle l’existence travestie du conspirateur et du magicien

    je prends la liberté de torturer l’aimée de meurtrir ses chairs et de la tuer sans être sadique

    Je suis sadique exactement dans la mesure où l’on peut dire : il l’a tuée parce qu’il avait un couteau sur lui

    J’ai sur moi une psychologie sadique

    qui peut me surprendre

    en train de violenter une femme

    mais à cet acte

    auquel participe tout mon être

    ne participent pas

    toutes les virtualités de mon être

    Aucun acte ne peut dire son dernier mot mais dans n’importe lequel même dans l’acte le plus élémentaire je risque ma vie

    J’aime cette paisible soirée d’été où je regarde par la fenêtre le firmament

    Alors que mes yeux se laissent attirer

    par une seule étoile

    (j’ignore pourquoi je la fixe

    avec tant de fidélité)

    mes mains fébriles, minces, déroutantes

    de vraies mains d’assassin

    pèlent une pomme

    comme si elles écorchaient une femme

    Le sexe en érection

    une sueur froide sur tout le corps

    respirant de plus en plus vite

    je mords le fruit

    tout en regardant par la fenêtre

    l’astre lointain

    avec une candeur de démon

    Je ne sais pas pourquoi

    je pense maintenant aux deux sadiques

    de la végétation

    Guillaume
    Tell et
    Newton

    mais si la loi de la gravitation

    peut être déduite de la pomme légendaire

    de
    Newton et l’accélération des mobiles

    de la flèche de
    Tell

    alors mon amour peut être lui aussi

    qualifié de sadique

    comme toute simplification

    mythique et légendaire

    J’aime cette aimée inventée cette projection paradisiaque de mon cerveau infernal dont je nourris mon démon

    Je projette à l’infini sur sa chair angélique les convulsions, les poisons la colère

    niais surtout ma grande

    ma terrible passion pour le sacrilège

    Cette passion illimitée pour le sacrilège

    maintient à la température de la négation

    à la température

    de la négation de la négation

    toute ma haine sans bornes

    Ipour absolument tout ce qui existe parce que tout ce qui existe contient dans ses virtualités souterraines un tombeau que nous devons profaner et parce que nous-mêmes à cet
    instant

    avons la tendance cadavérique de nous accepter de nous axiomatiser

    J’aime cette femme qui de ses veines

    si précieuses

    me prépare tous les matins

    un bain chaud de sang

    Après cette toilette élémentaire

    de mon démon

    je ne reconnais plus rien

    même pas mon propre sang

    Ghérasim Luca

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