Aux innocents les mains pleines/ Claude Roy

claude-roy

Il ne vous faut qu’un peu de nuit

pour entendre fleurir le sang

un grand feu profond comme un puits

plein de vifs éclairs trébuchants

il ne vous faut qu’un peu de soin

un bel été de feu et d’or

qui danse et saute aux quatre coins

qui brille et craque et chauffe fort

un grand feu d’hiver et de neige

le vent à décorner les bœufs

un vent de traques et de pièges

et de nuages au galop.

Les rivières sous la terre coulent sans clarté sans saisons ce sont les veines les artères cherchant un cœur et sa prison ce sont les veines de la terre ce sont les lignes
de ses mains dans les longs couloirs solitaires qui vont d’aujourd’hui à demain

cherchant la chanson de leurs eaux qui s’est perdue un beau matin dans un détour du long réseau dans une courbe du chemin.

Approchez vos mains de la flamme jusqu’à voir le feu au travers avec ses courants et ses lames et ses sirènes aux yeux verts jusqu’à voir les grands fonds du feu avec leurs
poissons de sommeil et les longs navires sans yeux leurs équipages de soleil et leur forêt d’algues de paille qui flambe et brille au fond du feu prisonniers des mains et des mailles
qui font et défont les filets du feu.

3 réflexions sur “Aux innocents les mains pleines/ Claude Roy

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s