Extrait de « Monogramme » /Odysséas Elytis

odysseas elytis
III
Ainsi  je parle de toi et moi
Parce que je t’aime et dans l’amour, je sais
Comment prendre la tête comme une pleine lune
De toutes les directions, pour ton  petit pied dans les feuilles de vastes
Jasmins en plumet  et j’ai  le pouvoir
Endormi, de souffler et de t’attraper
À travers des passages  de clair de lune et des grottes marines  secrètes
Hypnotiques  arbres avec des araignées argentées
Les vagues ont entendu parler de toi
Comment tu caresses , comment tu embrasses
Comment tu  murmures le « quoi » et le « He »
Autour de ton  cou, en cette  baie
Nous sommes toujours la lumière et l’ombre
Tu es  toujours la petite étoile  et je suis toujours le navire sombre
Tu es toujours le port et je suis la lumière sur la droite.
La jetée humide et les paillettes sur les avirons
Élevé sur la maison de la vigne aden
Les roses liées, l’eau  fraîche
Tu es  toujours la statue de pierre et je suis toujours l’ombre grandissante
Toi  le fermoir qui pend , moi  le vent qui l’ouvre
Parce que je t’aime et je t’aime
Tu es  toujours la monnaie et je suis le culte qui lui donne sa  valeur :
Comme la nuit, comme le rugissement du vent
Comme la chute de l’air, comme l’immobilité
Comme la mer majestueuse
Arche du paradis remplie des étoiles célestes
Comme la moindre de tes respirations
Que n’ai-je plus rien d’autre
Dans les quatre murs, le plafond, le sol
t’appeler et que  mon propre écho me frappe
Sentir ton  parfum et les gens se mettent en colère
Car ceux qui n’ont pas testé  , ces étrangers
ne peuvent le supporter et il est tôt, m’entends -tu
Il est encore tôt dans ce monde mon amour
Pour parler de toi et moi.

Odysséas Elytis (Odysséas Alepoudhéllis, de son véritable nom) est né le 2 novembre 1911 à Héraklion (Crète), dans une famille aisée, originaire de l’île de Lesbos, qui possédait une fabrique de savons. Il est décédé le 18 mars 1996 à Athènes.

Buveur de soleil ! Tout Elytis est dans ce mot qui surgit déjà dans un poème des années de guerre. Une part essentielle de son œuvre emprunte toute sa luminosité aux paysages des Cyclades, à la prodigalité du soleil, à l’ivresse de l’écume, au vertige des façades immaculées. Sans que pour autant, bien entendu, sa poésie ne cesse d’être exigeante et hauturière ! Oui, cette poésie irradie toute la lumière de la Grèce insulaire au point que beaucoup ont pu la dire héliaque, à condition de prendre ce mot au sens d’imprégnation et non, bien sûr, d’insolation ! L’Égée, le soleil, la lumière, le vent, la mer n’ont cessé d’habiter toute sa vie ses émotions, ses joies et ses poèmes comme autant d’illuminations successives. Miracle de dépouillement, de paysages réduits à leurs lignes d’ombre et de lumière, à l’épure du ciel, de la terre et des eaux.

3 réflexions sur “Extrait de « Monogramme » /Odysséas Elytis

  1. « Buveur de soleil ! Tout Elytis est dans ce mot  »
    Oh oui ! Je ne connaissais pas… mais quel cadeau tu me fais Barbara…avec ce poème ! Pour moi, qui ai passé quelques jours en Cète, je retrouve tout soudain pour le coeur, « L’Égée, le soleil, la lumière, le vent, la mer comme autant d’illuminations successives » …

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Hersonissos (Crète) – poison et caramel

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