Prolégomènes (I)

Prolégomènes : nom masculin pluriel ; du grec pro, devant, avant et de legein, dire. Il s’agit d’une longue introduction placée en tête d’un ouvrage ou bien de l’ensemble des notions préliminaires à une science. Il s’utilise toujours au pluriel.

Prolégoménes I

Mon enfant entre les lignes il te faudra lire

Que le chant de l’oiseau précède de l’oiseau-même l’image

Et c’est parce qu’on ne pouvait pas s’entendre dans le vacarme des élans refrénés par une morale d’emprunt

Qu’on musela un matin les lèvres idéales pour le vin âpre d’un poète si sage

Qu’il couvait sous son chapeau le soleil assumé avec tous ses rayons et une idée du beau qui faisait tressaillir

Tant elle restait à prendre par le corps et par l’âme

 

Barbara Auzou.

 

5 réflexions sur “Prolégomènes (I)

  1. J’ai choisi ta main pour seule ligne à lire. Les écoles m’en ont moins appris que la vie. Aurai-je eu tort de croire qu’elle était si limpide ta main que toute erreur ne pouvait toucher ma lecture et son interprétation entre les lignes ?
    Que nenni, mon amour chante l’oiseau aux vagues tirées par des chevaux, que nenni, quand tirant l’haveneau le poisson-volant filtre le noir du tableau pour ne garder que le bleu.
    Mais lire ce que tu écris est impossible sans posséder une certaine science. Tu n’écris pas de niaiseries pour journal du coeur, pas plus que pour faire joli grâce à tes connaissances littéraires. Ah non, il te faut autre chose en motif qu’on nomme le sentiment. J’en parle en connaissances de cause. Tellement à mettre dans les lignes pour essayer de combler une forme de souffrance plus qu’extrême. Alors ce ne sont plus des mots que tu mets, c’est ta blessure, ta chair ouverte, du jus de tripes. On est à la défonce du vide, crois-tu que je pourrais l’ignorer, c’est d’un absurde à faire chialer. Seulement voilà, pleurer c’est pas chialer, non c’est sortir l’amour qu’on a de cette putain de vie pour tenter d’en garder du meilleur que ce qu’elle balance sans précaution.
    Quand je peins je suis sur la montée à la flèche. Parti du tracé au bas de la cathédrale. Ne me mentent pas. Chaque petite maison blanche est un oiseau d’arbre, un cri de terre, une pierre de lune, la goutte à faire flotter le navire. Parce que peindre c’est déjà choisir d’accepter la misère matérielle, faire comme si c’était pas. Et tu vois ça fait trop longtemps que je suis galérien volontaire pour m’être gouré.
    Alors imagine que je peux avoir la même innocence à ton endroit, Ma.

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    • C’est nous seuls qui empêchons de s’accomplir l’ouvrage des dieux qui ne sont que la forme sublimée de nous-meme… Créatures impatientes de l’instant et maladroites…Il y a pourtant quelque part quelque chose d’immense commué en peine qui se balance au genou et qui veut quitter son anse très étroit. L’orgueil est sein (!) quand il donne , il n’est pas vanité inconstructive…La lecture plane donne ces abus que tu pourras lire sous « la voix du jardinier »…Je n’ai rien à vendre, beaucoup à donner et je veux choisir.
      La poésie se fait parfois sentencieuse et pourtant elle n’est qu’humilité et source d’insatisfaction constante. Je pense à Dupin. Je sais que tu me rejoins à la pointe de cette racine-là…
      Ce commentaire est celui que j’attendais
      Il ne pouvait venir que de toi comme on drague le fond d’un ravin ancestral.
      Merci Mon Alain…

      Aimé par 1 personne

      • Comme je le trouve bienvenu ce mot « drague », car je suis des dragueurs de la sorte totalement méconnue du public. Celui retenu ne dévasant pas le cul à la marie-salope (bâtiment en usage pour fonds aquatiques)
        Tu as dit Dupin, je te réponds Giacometti :

        Alberto Giacometti

        Deux amis de Giacometti, Jacques Dupin et David Sylvester, donnent à voir, dans l’intimité de la main du sculpteur, l’émergence lente de la figure humaine.

        Jacques Dupin rencontra Giacometti au début des années 50, alors qu’il travaillait pour Les Cahiers d’art dirigés par Christian Zervos. Le sculpteur est déjà célèbre, ses silhouettes s’amincissent davantage, sont dans un déséquilibre constant. Les deux hommes se verront chaque semaine dans l’atelier de la rue Hippolyte-Maindront. Pendant huit ans, aux éditions Maeght (que dirige Dupin depuis 58), ils travaillent à des livres illustrés de poètes. À l’automne 65, Giacometti accepte d’être filmé en plein travail dans son atelier : ce livre, Éclats d’un portrait, en est la mémoire photographique.
        Fait d’un regroupement d’images retrouvées du photographe Ernst Scheidegger (qui fut l’initiateur de cette aventure), l’ouvrage, sorte de plan-séquence, permet de suivre la construction d’un portrait tel que Giacometti le voyait surgir devant lui. Aucune conception n’y présidait. Jacques Dupin, en étant ce modèle, devenait un inconnu, celui par exemple qu’Alberto regardait passer dans la rue, et qu’il tenait au bout de son bras entre deux de ses doigts. La tête de Dupin, nous la voyons émerger depuis le premier trait sur la toile blanc cassé jusqu’à un fond, très gestuel, couleur terre d’ombre, qui cerne et confond presque sa tête. La toile, restée inachevée, peut être prise comme exemple de la méthode de Giacometti, lui qui disait ne jamais vérifier que ses propres ratages. Le poète, en une cinquantaine de pages, revient sur cette expérience. Il y rappelle, dans le  » bavardage d’Alberto, incessant et ressassant, (…) calqué sur la course de sa main sur le papier, sur la toile ou dans le bloc de terre « , la venue d’une  » tête qui dans la même perception semble s’éloigner et surgir. Un dépouillement qui accuse la tension des traits et l’intensité de la face « . Ou encore :  » Comment oublier que je suis la tête d’un autre dans le regard d’Alberto ? La tête mise à nu et confrontée avec le vide pour une ressemblance inaccessible « . Ces remarques rejoignent ce qu’en 1925, Giacometti disait déjà dans l’un de ses carnets :  » continuer la petite figure de ce matin que je veux faire, et la finir complètement. De même, pour l’homme assis je dois trouver l’issue sans perdre l’ensemble, le faisant au contraire ressortir toujours plus « . L’infini tâtonnement des mains du sculpteur, son travail par soustraction de la terre glaise, et non par accumulation, est déjà contenue dans les travaux surréalistes. L’obsession de la figure et de ce qui se soustrait toujours en elle, la question qu’il pose face aux corps, comme face aux  » têtes « , se concentrent toujours dans l’idée de leur donner leur présence en les amincissant, en renversant les logiques de face et de profil.
        Ce paradoxe, David Sylvester (1924-2001), lui aussi un intime, l’analyse magistralement dans une monographie (achevée dès 59), aujourd’hui rééditée. L’élan que Giacometti donnait à ses mains lorsqu’il voyait qu’il saisissait la tête de son modèle, Sylvester le suit et l’impulse à son texte. La formation de ces têtes et silhouettes, Sylvester en élabore alors la généalogie, depuis la sculpture plate des années 30 jusqu’aux bustes du frère (Diego) ou aux portraits stoïques de la compagne Annette. La méthode et le processus sont une avancée paradoxale où le visage devient une pelote de fils mêlés quand le buste, lui, est une surface quasi vide faite de quelques traits. Ce  » besoin de répétition était insatiable et total. (…), écrit Sylvester. Peut-être cette méthode était-elle commandée par une compulsion comparable à celle de l’écrivain qui froisse sa feuille et reprend tout « . Avançant lui aussi, sans dogmatisme, dans une perspective aussi pudique que rigoureuse et fine, Sylvester entre là dans le champ ouvert de son propre regard et, sans nul doute, dans ceux des silhouettes d’Alberto. Donnant donnant.

        Source: Le matricule des anges

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      • Sans dogmatisme…Donnant Donnant
        Tu sais comme moi la folle prétention des Gandhi sur pattes qui jurent le contraire…Et affirment le don total sans désir de retour…L’endroit où nous nous retrouvons là pour parler de cela d’ailleurs est le coeur du donnant donnant mais évidé de son fruit premier…
        Merci de me donner…

        Aimé par 1 personne

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