3 réflexions sur “Le tour du monde en 80 textes/ Revue Cabaret

  1. TOUR

    Castellamare

    Je dînais d’une orange à l’ombre d’un oranger

    Quand, tout à coup…

    Ce n’était pas l’éruption du
    Vésuve

    Ce n’était pas le nuage de sauterelles, une des dix plaies

    d’Egypte
    Ni
    Pompéi

    Ce n’était pas les cris ressuscites des mastodontes géants
    Ce n’était pas la
    Trompette annoncée
    Ni la grenouille de
    Pierre
    Brisset
    Quand, tout à coup,
    Feux
    Chocs

    Rebondissements

    Étincelle des horizons simultanés
    Mon sexe

    O
    Tour
    Eiffel!
    Je ne t’ai pas chaussée d’or
    Je ne t’ai pas fait danser sur les dalles de cristal
    Je ne t’ai pas vouée au
    Python comme une vierge de
    Carthage

    Je ne t ai pas revêtue du péplum de la
    Grèce

    Je ne t ai jamais fait divaguer dans l’enceinte des menhirs

    Je ne t ai pas nommée
    Tige de
    David ni
    Bois de la

    Croix
    Lignum
    Crucis

    O
    Tour
    Eiffel
    Feu d’artifice géant de l’Exposition
    Universelle!

    Sur le
    Gange

    A
    Bénarès

    Parmi les toupies onanistes des temples hindous

    Et les cris colorés des multitudes de l’Orient

    Tu te penches, gracieux
    Palmier
    I

    C’est toi qui à l’époque légendaire du peuple hébreu

    Confondis la langue des hommes

    O
    Babel!

    Et quelque mille ans plus tard, c’est toi qui retombais en langues de feu sur les
    Apôtres rassemblés dans ton église

    En pleine mer tu es un mât

    Et au
    Pôle-Nord

    Tu resplendis avec toute la magnificence de l’aurore boréale de ta télégraphie sans fil

    Les lianes s’enchevêtrent aux eucalyptus

    Et tu flottes, vieux tronc, sur le
    Mississipi

    Quand

    Ta gueule s’ouvre

    Et un caïman saisit la cuisse d’un nègre’

    En
    Europe tu es comme un gibet

    (Je voudrais être la tour, pendre à la
    Tour
    Eiffel!)

    Et quand le soleil se couche derrière toi

    La tête de
    Bonnot roule sous la guillotine

    Au cœur de l’Afrique c’est toi qui cours

    Girafe

    Autruche

    Boa

    Equateur

    Moussons

    En
    Australie tu as toujours été tabou

    Tu es la gaffe que le capitaine
    Cook employait pour diriget

    son bateau d’aventuriers
    O sonde céleste!

    Pour le
    Simultané
    Delaunay, à qui je dédie ce poème,
    Tu es le pinceau qu’il trempe dans la lumière

    Gong tam-tam
    Zanzibar bête de la jungle rayons-X

    express bistouri symphonie
    Tu es tout
    Tour

    Dieu antique
    Bête moderne
    Spectre solaire
    Sujet de mon poème
    Tour

    Tour du monde
    Tour en mouvement

    Août 1913.

    Blaise Cendrars

    Aimé par 1 personne

Répondre à barbarasoleil Annuler la réponse.

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s