L’EPOQUE 2020/30: LES RETRANCHÉES 1

Après les Époques 2018 et 2019, voici le trentième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : LES RETRANCHÉES 1 . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

les retranchées 1

L’EPOQUE 2020/30
« Les Retranchées 1 « 
Niala
Acrylique s/toile 40×40

 

 

Ma vigie ton visage

Voici nos songes établis

Hors du monde hors d’atteinte

Tes persiennes mes paupières

Ont balayé la structure même 

Du ciel et de la terre 

Plus droits en leur domaine

Nos villages nos maisons retranchées

Ta nuque ma main dans la plainte

Des graminées  le toi le je dans la peau du jour

Et les fougères fascinées qui nous précèdent

De peu dans l’acquiescement entier 

À l’amour

 

 

Barbara Auzou.

 

5 réflexions sur “L’EPOQUE 2020/30: LES RETRANCHÉES 1

  1. Trou de la roche pour semence à peint
    le coquelicot peut arborer
    il ne craint pas de succomber à l’ombre
    Ô que tu couvres d’autres chaumes que de tuiles
    fume sans craintes cheminée de fée
    et fais que le retranché ajoute sans remise aux villages
    ce poème tient en lui plus que des likes de circonstance
    il clame
    il a de l’Halimi c’est indiscutable !!
    N-L

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      • À SON LUTH
        Si autrefois sous l’ombre de Gastine
        Avons joué quelque chanson latine,
        De Cassandre enamouré,
        Sus, maintenant, luth doré,
        Sus ; l’honneur mien, dont la voix délectable,
        Sait réjouir les princes à la table,
        Change de forme, et me sois
        Maintenant un luth françois.

        Je t’assure que tes cordes
        Par moi ne seront polues
        De chansons salement ordes
        D’un tas d’amours dissolues ;
        Je ne chanterai les princes,
        Ni le soin de leurs provinces,
        Ni moins la nef que prépare
        Le marchant, las ! trop avare
        Pour aller après ramer
        Jusqu’aux plus lointaines terres,
        Pêchant ne sais quelles pierres
        Au bord de l’Indique mer.

        Tandis qu’en l’air je soufflerai ma vie,
        Sonner Phébus j’aurai toujours envie,
        Et ses compagnes aussi,
        Pour leur rendre un grand merci
        De m’avoir fait poète de nature,
        Idolâtrant la musique et peinture,
        Prestre saint de leurs chansons,
        Qui accordent à tes sons.

        L’enfant que la douce Muse
        Naissant d’œil bénin a vu,
        Et de sa science infuse
        Son jeune esprit a pourvu,
        Toujours en sa fantaisie
        Ardera de poésie
        Sans prétende un autre bien ;
        Encor qu’il combattit bien,
        Jamais les Muses peureuses
        Ne voudront le prémïer
        De laurier, fut-il premier
        Aux guerres victorieuses.

        La poésie est un feu consumant
        Par grand ardeur l’esprit de son amant,
        Esprit que jamais ne laisse
        En repos, tant elle presse.
        Voila pourquoi le ministre des Dieux
        Vit sans grands biens, d’autant qu’il aime mieux
        Abonder d’inventions
        Que de grandes possessions.

        Mais Dieu juste, qui dispense
        Tout en tous, les fait chanter
        Le futur en récompense
        Pour le monde épouvanter.
        Ce sont les seuls interprètes
        Des hauts Dieux que les poètes ;
        Car aux prières qu’ils font
        L’or aux Dieux criant ne sont,
        Ni la richesse, qui passe ;
        Mais un luth toujours parlant
        L’art des Muses excellent,
        Pour dessus leur rendre grâce.

        Que dirons-nous de la musique sainte ?
        Si quelque amante en a l’oreille atteinte,
        Lente en larmes goutte à goutte
        Fondra sa chère âme toute,
        Tant la douceur d’une harmonie éveille
        D’un cœur ardent l’amitié qui sommeille,
        Au vif lui représentant
        L’aimé parce qu’elle entend.

        La Nature, de tout mère,
        Prévoyant que notre vie
        Sans plaisir serait amère,
        De la musique eut envie,
        Et, ses accords inventant,
        Alla ses fils contentant
        Par le son, qui loin nous jette
        L’ennui de l’âme sujette,
        Pour l’ennui même donter ;
        Ce que l’émeraude fine
        Ni l’or tiré de sa mine
        N’ont la puissance d’ôter.

        Sus, Muses, sus, célébrez-moi le nom
        Du grand Appelle, immortel de renom,
        Et de Zeus qui peignait
        Si au vif qu’il contraignait
        L’esprit ravi du pensif regardant
        A s’oublier soi-même, cependant
        Que l’œil humait à longs traits
        La douceur de ses portraits.

        C’est un céleste présent
        Transmis çà-bas où nous sommes,
        Qui règne encore à présent,
        Pour lever en haut les hommes ;
        Car, ainsi que Dieu a fait
        De rien le monde parfait,
        II veut qu’en petite espace
        Le peintre ingénieux fasse
        (Alors qu’il est agité),
        Sans avoir nulle matière,
        Instrument de deïté.

        On dit que cil qui ranima les terres,
        Vuides de gens, par le jet de ses pierres
        (Origine de la rude
        Et grossière multitude),
        Avait aussi des diamants semé
        Dont tel ouvrier fut vivement formé,
        Son esprit faisant connaître
        L’origine de son être.

        Dieux ! de quelle oblation
        Acquitter vers vous me puis-je,
        Pour rémunération
        Du bien reçu qui m’oblige ?
        Certes, je suis glorieux
        D’être ainsi ami des dieux,
        Qui seuls m’ont fait recevoir
        Le meilleur de leur savoir
        Pour mes passions guérir,
        Et d’eux, mon luth, tu attends
        Vivre çà-bas en tout temps,
        Non de moi, qui dois mourir.

        Ô de Phébus la gloire et le trophée,
        De qui jadis le Thracien Orphée
        Faisait arrêter les vents
        Et courir les bois suivants !
        Je te salue, ô luth harmonieux,
        Raclant de moi tout le soin ennuyeux,
        Et de mes amours tranchantes
        Les peines, lorsque tu chantes !

        Extrait de: Recueil : Les odes retranchées par Ronsard (1550)

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