Mille ans de la vie d’un oiseau/ Ernst Moerman

Je ne sais pas très bien qui je suis.
Mes questions, dans le ciel, semblent indiscrètes,
Et tout le monde a l’air si pressé ici.

Pourquoi ferais-je comme eux ?
Ma place est réservée, dans la mort.
Cent mille oiseaux volent autour de moi,
Qui font semblant de ne pas me voir.
Cent mille oiseaux de cristal,
Invisibles au Mal.

C’est parmi les oiseaux
Que je me sens le plus à l’aise ;
Les oiseaux n’ont ni commencement ni fin.
Sans cesse, ils se posent sur ce que je dis,
Et ce qu’ils écrivent dans le ciel,
Doit se lire à l’envers.

Les hommes sortent des fers de leurs poches,
Et nous arrêtent pour leurs crimes impunis.
Au confluent de l’homme et de la nuit,
Trois fils de fer ennemis,
Dessinent au ciel un triangle,
Dont les trois angles,
Valent ensemble deux angles droits.

Triangles au ciel,
Traversés de brume,
Permettent aux oiseaux sans mémoire
De se partager la nuit.

Je ne sais pas très bien qui je suis,
Mais j’ai souvenir d’un soir d’orage,
Où je ne pus me noyer dans la mer.
Ma mère m’apprit à me teindre en bleu,
Pour échapper aux flèches du chasseur.
Je suis l’ours-bleu du ciel,
Dans un monde où le métal est sans couleur,
Et la musique immobile.

Je ne sais pas très bien qui je suis,
Et je connais peu de choses.
Je connais l’odeur de la Terre,
Comme la pluie du Ciel,
Entre deux fumées.

La mort est une voleuse d’oiseaux.
Et c’est par elle que je sais maintenant,
Que j’étais un oiseau.

3 réflexions sur “Mille ans de la vie d’un oiseau/ Ernst Moerman

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