Son avidité n’a d’égal que moi/ Paul Eluard

Donneuse monde en mouvement
Cernée de plaisir comme un feu
Dans l’ombre tu te diriges mieux qu’une ombre
Tête accordée

Mon cœur bat dans tout ton corps
Dans tes retraites préférées
Sur l’herbe blanche de la nuit
Sous les arbres noyés

Nous passons notre vie
A renverser les heures
Nous inventons le temps

Et d’un seul coup comme toujours

Des verdures et des oiseaux

Où sommes-nous

Soufflent sur tes regards

Se posent sur tes paupières

Garde-toi de bouger

Les guirlandes de tes membres

Sont pour des fêtes moins subtiles

Pas un geste apparent
On nous croit immobiles
Tant nous sommes secrets

Donne ton juste poids à l’aube

A l’horizon le nerf de la balance

Le cratère d’une couronne d’air pur

Sur ta chevelure folle

Mille bouffées d’écume entre les lèvres du soleil

Ou l’aile battante de ton sang

Donne ta force ta chaleur
L’été massif brutal amer
De tes paumes et de ta bouche
Donne ta fatigue limpide

Donne ta douceur ta confiance

Dans l’étendue de tes yeux

Il y a tantôt un château charmant

Ouvert comme un papillon à tous les vents

Tantôt une masure terrible

Une dernière caresse

Destinée à nous séparer

Tantôt le vin tantôt une rivière

Close comme un essaim d’abeilles

Viens là docile viens oublier
Pour que tout recommence.

Paul Eluard

3 réflexions sur “Son avidité n’a d’égal que moi/ Paul Eluard

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