3 réflexions sur “Le temps de vivre LVI

  1. ÉCAILLES

    Mort où tant de vie s’égare

    de nos faibles yeux abandonnée.

    Torrent tu nous étonnes

    étincelant et boueux

    de bouche en bouche

    le doux et l’amer

    cailloux et bois

    achevés repris.

    Ces photos floues

    que le temps a bougées.

    La lumière se cherche sur nos mains

    et soudain tout est plume

    neige neige —

    Le même vent traîné dans le feu

    la même nuit avec la même texture de branches

    d’un bonheur inavoué.

    La même croissance dans les gestes

    et reffeuillement des mains sur la peau

    trouées soudaines dans les formes

    quand l’espace nous entend —

    Nous avons vécu tout juste

    le temps de ce poids

    de tout ce qui sans plainte se déchire

    ta vue hier soir

    et ces tout petits ports des yeux

    les paupières repeintes.

    Depuis des ans nous n’avons plus commerce

    qu’avec les pierres.

    Nos pas s’allument aux craies aveugles

    gisement étroit entre deux points d’eau.

    Ma vie brûlée de tant de lumières

    parfois d’une immense tendresse j’oublie

    que tout est sourd

    et me lève comme une mélodie.

    Je t’écoute

    son qui creuse les matins les corps très minces dansent sur les couteaux découpés dans la trame d’une résurrection —

    Nos vies mûries au plus chaud de nos membres

    toutes nos demeures en marche désormais

    l’épaisseur obtuse de nos murs

    de grève en grève et de mer en mer

    poreuse et frêle dans la main

    et partout ces écailles

    où le jour frissonne et se décompose.

    Je dis maintenant que tout est lisse et consterné je dis par les monts chauves de la mémoire dans les plis d’un grand rideau d’écumes quand s’ouvrent les fenêtres de mer que
    s’ajuste le ciel face à l’ombre et lisibles les rames du passant —

    Jusqu’où m’étendrai-je à te veiller ?

    Tu m’apprends à marcher quand la route se tait

    N’oublie pas ce blanc du bois des fenêtres le soir.

    La nuit circule le long de ses vastes réseaux ces pupilles se dilatent à vitesse constante et ne craquent jamais — tu n’arriveras jamais au fond de cette nuit

    détail tremblant obstiné fiévreux

    je lis ta rigueur dans l’ombre des fonds

    tout est si lisse si net si reposé

    aucun désordre ni colère

    dans la neige pure des lois

    les bêtes à griffes et à dents

    luttent en silence

    entre peau et lumière —

    toute cette grandeur d’air s’engouffre dans les gestes tout ce qui n’est pas encore vient si près dans la paille de tant d’univers éteints —

    je connais tes pas qui s’usent dans mes veines

    je connais ton pas comme les mots que je fais

    comme ce qui troue mon silence

    et se défait

    Tu verses des nuits dans mes membres

    et me laisses

    quand le jour se heurte à mes lampes

    te refaire de rien.

    Lorand Gaspar

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