8 réflexions sur “Le temps de vivre LXXX

  1. CONFECTIONS

    La simplicité même écrire
    Pour aujourd’hui la main est là.

    Il est extrêmement touchant

    De ne pas savoir s’exprimer

    D’être trop évidemment responsable

    Des erreurs d’un inconnu

    Qui parle une langue étrangère

    D’être au jour et dans les yeux fermés

    D’un autre qui ne croit qu’à son existence.

    Les merveilles des ténèbres à gagner
    D’être invisibles mais libératrices
    Tout entières dans chaque tête
    Folles de solitude

    Au déclin de la force et de la forme humaine

    Et tout est dans la tête

    Aussi bien la force mortelle que la forme humaine

    Et tout ce qui sépare un homme de lui-même

    La solitude de tous les êtres.

    Il faut voir de près
    Les curieux
    Quand on s’ennuie.

    La violence des vents du large
    Des navires de vieux visages
    Une demeure permanente
    Et des armes pour se défendre
    Une plage peu fréquentée
    Un coup de feu un seul
    Stupéfaction du père
    Mort depuis longtemps.

    Sans en être très fier en évitant mes yeux
    Cet abandon sans découvrir un grief oublié

    En évitant mes yeux il abaisse
    Les verres sur ses yeux
    L’animal abandonne sa proie
    Sa tête remue comme une jambe
    Elle avance elle recule
    Elle fixe les limites du rire
    Dégrafe les parterres de la dérision
    Toutes les choses semblables.

    Par-dessus les chapeaux

    Un régiment d’orfraies passe au galop

    C’est un régiment de chaussures

    Toutes les collections des fétichistes déçus

    Allant au diable.

    Des cataclysmes d’or bien acquis
    Et d’argent mal acquis.

    Tous ces gens mangent

    Ils sont gourmands ils sont contents

    Et s’ils rient ils mangent plus.

    Je dénonce un avocat je lui servirai d’accusé
    Je règne à tout jamais dans un tunnel.

    Alors

    L’eau naturelle

    Elle se meurt près des villas

    Le patron pourrait parler à son fils qui se tait
    Il ne parle pas tous les jours

    Le tout valable pour vingt minutes
    Et pour quatre personnes
    Vous enlève l’envie de rire

    Le fils passe pour un ivrogne.

    Les oiseaux parfument les bois

    Les rochers leurs grands lacs nocturnes.

    Gagner au jeu du profil
    Qu’un oiseau reste dans ses ailes.

    A l’abri des tempêtes une vague fume dans le soir.

    Une barre de fer rougie à blanc attise l’aubépine.

    Par leur intelligence et leur adresse
    Une existence normale

    Par leur étrange goût du risque
    Un chemin mystérieux

    A ce jeu dangereux
    L’amertume meurt à leurs pieds.

    Pourquoi les fait-on courir
    On ne les lait pas courir
    L’arrivée en avance
    Le départ en retard

    Quel chemin en arrière
    Quand la lenteur s’en mêle

    Les preuves du contraire
    Et l’inutilité.

    Une limaille d’or un trésor une flaque
    De platine au fond d’une vallée abominable
    Dont les habitants n’ont plus de mains
    Entraîne les joueurs à sortir d’eux-mêmes.

    Immobile

    J’habite cette épine et ma griffe se pose

    Sur les seins délicieux de la misère et du crime.

    Le salon à la langue noire lèche son maître
    Il rembaume il lui tient lieu d’éternité.

    Le passage de la
    Bérésina par une femme rousse à grandes mamelles.

    Il la prend dans ses bras
    Lueurs brillantes un instant entrevues
    Aux omoplates aux épaules aux seins
    Puis cachées par un nuage.

    Elle porte la main à son cœur
    Elle pâlit elle frissonne
    Qui donc a crié?

    Mais l’autre s’il est encore vivant

    On le retrouvera

    Dans une ville inconnue.

    Le sang coulant sur les dalles

    Me fait des sandales

    Sur une chaise au milieu de la rue

    J’observe les petites filles créoles

    Qui sortent de l’école en fumant la pipe.

    Par retraites il faut que le béguinage aille au feu.

    Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis.

    Par exception la calcédoine se laisse prendre
    A la féerie de la gueule des chiens.

    Toute la vie a coulé dans mes rides

    Comme une agate pour modelez

    Le plus beau des masques funèbres.

    Demain le loup fuira vers les sombres étoffes de ta

    peur
    Et d’emblée le corbeau renaîtra plus rouge que jamais
    Pour orner le bâton du maître de la tribu.

    Les arbres blancs les arbres noirs

    Sont plus jeunes que la nature

    Il faut pour retrouver ce hasard de naissance

    Vieillir.

    Soleil fatal du nombre des vivants
    On ne conserve pas ton coeur.

    Peut-il se reposer celui qui dort

    II ne voit pas la nuit ne voit pas l’invisible

    II a de grandes couvertures

    Et des coussins de sang sur des coussins de boue

    Sa tête est sous les toits et ses mains sont fermées

    Sur les outils de la fatigue

    Il dort pour éprouver sa force

    La honte d’être aveugle dans un si grand silence.

    Aux rivages que la mer rejette

    Il ne voit pas les poses silencieuses

    Du vent qui fait entrer l’homme dans ses statues

    Quand il s’apaise.

    Bonne volonté du sommeil
    D’un bout à l’autre de la mort.

    Paul Eluard

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