David Mourão-Ferreira/ Les dernières volontés

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Laisse la fleur tranquille,
la mort dans le tiroir,
et le temps sur la marche.

Tu la connais, la marche :
le septième degré
au-dessus du palier :
celle qui grince quand tu passes ;
qui était la cachette
du paquet de tabac
fumé sans qu’on te voie…

Laisse la fleur tranquille.

Et sans murmure. Laisse
le temps sur la marche
la mort dans le tiroir.

Tu connais le tiroir :
le premier sur la gauche,
qui est toujours fermé.
Qui a jeté la clé
dehors par la fenêtre ?
dans le combat de la haine,
on détruit, obstinés,
sans trêve, les portraits !

Laisse la fleur tranquille.

La fleur ? Tu ne la connais pas.
Je sais. Ni moi. Personne.

Laisse la fleur tranquille.

Ne dis rien. Ecoute.
Tu n’entends pas la marche ?
Qui monte l’escalier ?
Comme il vient lentement !
Si lentement il monte…
Ne dis rien. Ecoute :
c’est à coup sûr quelqu’un,
qui apporte la clé.

Laisse la fleur tranquille.

David  Mourão-Ferreira (1927-1996)
Traduction Cécile Lombard

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