Vingtième lettre pour toi

je t’écris

j’aurais aimé te dire d’un coup décisif l’étonnement que cette saison toujours à côté m’a laissé

aimé enfouir l’habituel dans un bas de laine pour en ériger l’étrange que l’on devine et que l’on nomme pour la première fois

mais comme un courrier sans événement mes lettres tracées à l’encre pleine se perdent sous le canif plein d’effroi de l’écorce coupant l’orange en deux sans originalité et sans quartier

et pourtant je sais que dans nos doigts et derrière nos portes se brisent les astres affligés que l’on exporte à court d’idées sur des amours prétendues au plaisir immédiat

et avec elles les palombes au coeur calomnié et les enfants terreux que nous fûmes qui attendaient tout des derniers oiseaux

que le poids du monde se joue derrière de grandes tables dressées en hâte par de coupables marionnettes qui se lavent les mains dans l’ombre inquiète qu’ils ont bue par jeu

cette fois je le sais ce n’est pas du noir qu’il faut avoir peur mais de la lumière en son excès

je reste les seins dressés au-dessus de la mort et de ses feux

au-dessus du miroir qui renvoie l’image du mur et celle d’un tableau médiocre

je viens à toi comme on navigue à l’oblique sur les ailes d’oiseaux réciproques

j’ai le velours têtu

rien en moi n’abdique

 

B.

13 réflexions sur “Vingtième lettre pour toi

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s