Situation de l’âme / Jacques Réda

La chair, oui, mais l’âme n’a pas désir d’éternité,

Elle qui rétrécit comme un rond de buée

À la vitre et n’est que syncope

Dans la longue phrase du souffle expiré par les dieux.

Elle se sait mortelle et presque imaginaire

Et s’en réjouit en secret du cœur qui la tourmente.

Ainsi l’enfant que l’on empêche de jouer

Se dérobe les yeux baissés contre sa transparence.

Mais les dieux où sont-ils, les pauvres ? — À la cave ;

Et n’en remontent que la nuit, chercher dans la poubelle

De quoi manger un peu.
Les dieux

Ont tourné au coin de la rue.
Les dieux

Commandent humblement un grog à la buvette de la gare

Et vomissent au petit jour contre un arbre.
Les dieux

Voudraient mourir. (Mais l’âme seule peut,

À distance des dieux et du corps anxieux

Dans son éternité d’azote et d’hydrogène,

À distance danser la mort légère.)

2 réflexions sur “Situation de l’âme / Jacques Réda

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