Trente-neuvième lettre pour toi

lovée loin dans mon mercredi je t’écris

il est décidément des jardins qui ne sont pas qui ne sont plus les miens

et je m’aperçois que je m’accorde de plus en plus mal à la pierre bavarde des pensées

vient un moment où l’on n’a plus de questions

vient un moment où bouger seulement déchire la douceur déçue et puis les songes

chaque mot désormais m’éloigne encore davantage et me tue comme un visage que l’on me ferait dans la proximité voulue du mensonge

j’ai le corps et le coeur en ordre et le souci de remplir une forme qui ne serait pas une simple défroque

et je reste vulnérable à toute équation qui voudrait me définir

je feins parfois de me rapprocher pour mieux m’enfuir

et je me tais

si tu savais comme je me tais quand j’entends les incendies ivres et indécents qui nourrissent l’émotion publique devenue pâle imitation d’elle-même

ces fraises rouges à l’envi qui depuis longtemps imitent le goût de la fraise et qui glissent de l’étal du chaland au panier lisse du cliché

toujours je m’enfuis pour mieux te retrouver

je maintiens le rêve dans sa fleur

demain encore je t’écrirai

mais pour ce soir je veux seulement bercer la source indocile le chantier de ce corps de tremblement qui me danse

et tendre mon bouquet de disparitions vers la nuit qui m’appelle en silence

 

B.

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