Cinquante neuvième lettre pour toi

les vêtements de l’aube sont souvent trop grands quand on s’est mangé l’œil aux voiles de la nuit

et même si je ne dispose que d’un seul mot que je décline à l’infini

je t’écris

et je te touche d’une exception fleurie

je te mets des coquelicots dans la boîte à rêver

il n’y a que dans le silence de mes jardins que je panse ma faim formidable d’un espace fou et le soleil dans le frémir de juillet s’installe à genou pour tisser la tentation d’une robe neuve

j’entretiens depuis toujours une relation entière avec la rosée les pieds-nus dans les fleurs vulnéraires

les tendres gazons à avaler avec les étoiles tout entières

je contemple émue tout ce qui se passe d’absolu en dehors du langage et c’est nous encore que j’y trouve comme une tendre preuve

en appui sur ce point de jour c’est nous encore dans notre rôle d’enfants épris

et la grande fatigue penchée sur nos épaules est menue monnaie aujourd’hui

je jurerai que le bleu qui sculpte l’oiseau là-bas dans un coin de ciel a tes yeux

la cicatrice laissée dans l’air par ce papillon a ton front

le temps soudain est rendu à un monde moins chagrin

comment s’étonner dès lors que nous nous étendions sans jamais nous lâcher la main

 

B.

6 réflexions sur “Cinquante neuvième lettre pour toi

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