Soixante deuxième lettre pour toi

après avoir marqué un temps d’arrêt août s’enfuit

je t’écris

dans mes cellules coulent l’eau douce de l’ardeur l’eau dure de l’évidence

entre les deux quelque poisson vorace file la houle d’un mauvais coton ou d’une tristesse de soie

des tambours endeuillés battent partout dans le coeur des roses et c’est avec une impression de dernière fois que je refais les choses

j’ai embrassé la mamie tu sais si petite soudain et c’est comme si ma bouche embrassait une source ou une résurgence de ciel

quelque part se chantait un refrain éternel

une mélodie de plein vent ou une aile partagée

et il n’y avait rien de froid

j’ai su que que l’autre monde est bien de ce monde et que la mort est un pas de la danse comme on te l’avait enseigné autrefois

mais il faudra que je te dise encore l’industrie de la mort qui vient tuer la mort même

je me laisse reprendre pourtant par les prés à bout de seins et par les forêts enjouée encore par l’absence des dieux parmi nous

ce que je sais en pure perte nourrit toutes mes folies et mon dégoût des anathèmes

peut-être qu’il ne faudrait savoir jamais les vœux que l’on étrangle sur la pierre foudroyée

peut-être qu’il faudrait laisser l’enfant au bleu de son heureuse ignorance

en attendant je cultive une fleur de joie primitive qui est aussi une fleur de silence

je l’ai nommée l’imperceptible

elle te ressemble un peu

 

 

 

B.

6 réflexions sur “Soixante deuxième lettre pour toi

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