Chant arabe / Joyce Mansour

L’œil bascule dans la nuit au moment du trépas
O la blanche fulgurance folie des ailes qu’on ne connaît pas
Ouatées de silence elles frôlent le bras sur l’oreiller
Et ouvrent l’œil rond à la nuit de l’impalpable
Le froid tisseur de tubéreuse trépigne sur ma pupille
Je vois glisser la tenture mobile de l’horizon qui rutile
[et qui s’agite

Telle une peau frémissante sur un corps qui se dérobe
La houle feutrée de mon abdomen se fige de peur démente
J’éternue mais je ne bouge pas
Et l’œil qui cloître mes rêves qui nage et qui clignote
L’œil envahit mes nuits
La nuit la nuit l’orage
L’œil éblouissant aux floraisons étranges
L’œil malade d’images.

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