Soixante cinquième lettre pour toi

c’est la fin de l’été

un air plus blanc sabre les vitres laissant les oiseaux surpris

je t’écris

les heures égales se penchent sur leur propre dépouillement

suintent d’une peine blonde que seule l’eau console d’un impossible essor

un soleil pâle titube encore en habits de fête entre les âmes et les pins parasols en se demandant si son sort est définitif

puis s’éloigne en aval dans un ciel que déchire un grand coup de canif

préface à la journée un petit moineau égaré lance un chant de proximité qui allume des images et en efface d’autres comme autant d’échappées

et des échappées il m’en faut

je suspends un instant mon stylo

recompte les copies qu’il me reste à corriger

la petite musique satisfaite du travail effectué s’est noyée dans le sang avec les années

j’aurais aimé être ce soleil approximatif qui sert la promesse des autres malgré la poésie entière trébuchant sur l’indicible et que nul ne comprend

j’ai compris progressivement que ce métier m’emmène là où je ne veux pas aller

une fracturation du temps que je voulais entier

pas la lune non mais de l’espoir encore dans la défroque trouée de ce monde qui balance des lumières bien trop agressives pour être vraies

et des paupières qui acquiescent de liberté

je suis sortie laissant là mes pensées

le monde et ses déveines

j’ai mis ta main dans la mienne

j’ai vu le jardin sourire à ton arrivée et regagner l’espace enfui de sa verte frénésie

 

B

12 réflexions sur “Soixante cinquième lettre pour toi

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