Soixante-sixième lettre pour toi

l’aube m’a surprise en sa moiteur de pluie et m’a laissée dans une clairière de lenteur rousse dont je peine à sortir

je t’écris

et j’ai tout du cheval bien décidé à rester au pré pour hennir doucement je t’assure

il me semble que ce monde dur dort toujours d’un mauvais sommeil et que je mets toute mon énergie à esquiver sa morosité

un cheval qui rue impatient de soleil oui

voilà ce que je suis et pas la première à penser qu’elle s’est trompée de siècle non plus

et qui ne sait pas toujours quoi faire de la pierre à feu de son âme et de ses pieds que convoite le grand étrier du monde

que disait-elle la vie quand elle mêlait ses mains à ses mots?

laissait-elle un écho plus prompt à lier les saisons dans une grande paix blonde?

autre chose dans les yeux que des étoiles de réclusion?

la beauté désormais je l’appelle la grande défendue

la poésie elle-même se jauge au tranchant des tôles comme l’enfant d’une blessure attendue

les enfants d’ailleurs ne connaissent plus aucun nom d’oiseaux

on les dit rebelles

ils sont bien trop sages

alors je m’arrange avec le pal des aiguilles têtues qui tournent sous ma peau

je suis un animal d’orage

et j’attends tes bras pour forcer l’enclos d’un effondrement joyeux

 

B

11 réflexions sur “Soixante-sixième lettre pour toi

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