Soixante-treizième lettre pour toi

il pleut sans discontinuer depuis lundi

et c’est comme une fontaine perpétuelle au creux du plus grand silence

je t’écris

novembre me cueille dans tout mon potentiel d’absence

je ne goûte guère tu t’en doutes à la transe qui s’est emparée du pays pour le ballon rond et à tout ce qui se joue sur les pelouses mentales hautement monnayables

le voisin qui n’est pas un mauvais garçon a ressorti hier le drapeau de la France pour le planter là entre ses deux rosiers aux fleurs finissantes et gorgées d’eau de saison

toujours parmi les autres il y a la beauté que je tais et à laquelle je pense

que je protège des vasques inconséquentes de la vie terrestre qui souffle le chaud et le froid

la poésie est comme un pied blessé dans la foulée des conquérants

et qui ne mine que les fous

un défi comme il en faut

un refus de vivre à genou

un arbre peut-être amoureux d’un oiseau ou de l’abandon des doutes

je souris à l’instant en pensant à toutes les choses que l’on n’a pas à se dire

je m’enfance avec toi pour longtemps

et je pose à tes pieds l’être-ici des choses touchées

que le tyran laineux de l’hiver pas plus que les cris patriotes que l’on réitère

ne mettront en déroute

 

B

4 réflexions sur “Soixante-treizième lettre pour toi

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s