La poésie / Jacques Réda

Est-il un seul endroit de l’espace ou du temps
Où l’un des mille oiseaux qui sont les habitants
De ce poème (ou lui, consentant, leur otage),
Entendrait quelque chose enfin de son langage
Un peu comme je les entends,

Si peu distincts du pépiement de la pensée
Indolente, prodigue et souvent dispersée
Au fond de je ne sais quel feuillage de mots,
Que mes rimes, pour y saisir une pincée
De sens, miment ces animaux ?

J’ai supposé parfois une suprême oreille
À qui cette volière apparaîtrait pareille,
Dans l’inintelligible émeute de ses cris,
À celle dont je crois être, lorsque j’écris,
Un représentant qui s’effraye

Et s’enchante à la fois de tant d’inanité.
Il se peut en effet que l’on soit écouté,
Et qu’en un certain point le latin du poète,
Mêlé de rossignol, hulotte ou gypaète,
Les égale en limpidité.

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s