Soixante-quatorzième lettre pour toi

tout est blanc ce matin

déjà les coqs opinent dans les jardins hissant le froid jusqu’à sa crête

une corneille dort dans un lit centenaire restitué sans préavis au ciel de décembre

je t’écris

comme une passeuse de l’ordinaire qui rit et qui tremble

les mains légères d’un geste répété

il faut bien que je te peigne encore des couleurs pour te rejoindre dans les yeux et poser sur ton cœur blanc ma tête rousse de gibier des bois

dans un réel de seconde main je préfère parfois jouer un peu à chat-perché avec l’enfance pour que la joie butine ses lendemains et que l’arbre redevienne forêt

aussi je chante les fées

je les tiens embrassées au creux de la saison puisqu’il est dit qu’elles détiennent les clés vertes de l’existence et la raison de nos émois

pour toi je m’applique à caresser ce qui dort pour en extraire un corps d’écriture que je viens planter bien haut à la croisée de tes rêves

nous habiterons ainsi des vocables absolus

des lieux de confidences

des mains au sang hospitalier

des blues échevelés dans des froissements de corbeille

je te parlerai un peu de la mélancolie du soleil couché nu contre la bête tiède de l’hiver au long sommeil de lichen

et comme elle se consume pourtant dans des songes d’oiseaux

 

B

4 réflexions sur “Soixante-quatorzième lettre pour toi

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