Comme si personne

comme si personne

et sans proclamation

je chasse seule dans des stridulations

enfantines

je jette de blancs cailloux

sur les critères en vigueur

qui s’obstinent en vain

sans pénétrer le silence entre nos peaux

ni l’arbre intercesseur en plein ciel

ma main abandonnée dans la plainte du monde

je te donne mon amour va nu-pieds

ma capeline pleine de temps

et tous les oiseaux passés par mes larmes

qui s’écossent en sel et en printemps

 

Barbara Auzou

Fugacité CCLVI

Photo Julie / Rouen

dans les pièces de la vie

notre présence assidue connaîtra souvent ce frémissement du doute qui retourne la peau

et nous congédie ce retour d’images brèves comme un chant contenu

et c’est un oiseau qui le lâche un matin entre deux battants

qui m’a touchée me touchant?

qui t’a embrassé t’embrassant?

c’est ainsi qu’on se perd de vue devant une vitre

ou un escalier

on ne sait plus ce qu’il y avait avant on évite de penser à l’après

et l’on s’empresse dans son sang musicien d’aller converser avec la première fleur

en mettant dans son geste un amour infini

 

Barbara Auzou.

Prendre doucement congé

Canton de Vaud / Suisse

je te donnerai un silence supplémentaire

sans entendre luisant noir et blessure vive

le ciseau des phrases pour rien

je sais trop dans quelle durée

inutile au désir ils font leur chemin

tous ces mots qui raclent le gravier

comme à la gencive on veut en finir

je sais aussi qu’en moi tu m’attends

toute de terre

sur l’épi muet de ton éveil

je demeure bouche liée à ta périphrase

rétive à tout ce qui n’est pas nous

à tout ce qui pâlit puis raye

à toute périphérie amère

les blés guettent l’homme courroucé

bien plus que le contraire

et moi je prends congé doucement dans ta salive

 

Barbara Auzou

Démons et merveilles / Jacques Prévert

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s’est retirée
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s’est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer.

-Sables mouvants-

L’amour le nimbe ardent

faites de moi ce que vous

je n’espérais plus que

vos nuits geignent à genoux

votre sang a noirci à force de

rançon du vent sur les toits

je vous vois sévères

nombreux sont ceux

l’amour le nimbe ardent

et moi l’œil purifié pour

depuis cet instant

des foulées vers

l’élan au bois

d’un battement d’avance

sous le pipeau de l’azur

toi

et l’état de lumière

si seyant au corps des femmes

 

Barbara Auzou