Palpitement

le palpitement dans les choses

Dans l’orange lointaine déjà une procession d’abeilles

comme un arrivage soudain de fleurs

Au loin la lumière s’aile se pétrit le rose du coeur

pour affronter le four

Sur la table un croissant rongé parfumé de lèvres

attend que l’étonnement le réveille

avant de tourner au lait du nord ou au sud de l’amour

L’ombre se souvient d’avoir été consolée un jour

par le salut d’oiseaux très respectables

J’irai étreindre la beauté la coucher doucement sous un arbre

Elle seule me dira ce que j’ignore encore du palpitement dans les choses

 

Barbara Auzou.

Un extrait de Le jardinier d’amour/ Rabindranath Tagore

Rabindranath Tagore (1861-1941), Indian writer and poet. Ca. 1920.

Rabindranath Tagore (1861-1941), écrivain et poète indien. Vers 1920.

Souvent je me demande jusqu’à quel point peuvent se reconnaître l’homme et la bête qui ne parle pas.
A travers quel paradis primitif, au matin de la lointaine création, courut le sentier où leurs coeurs se rencontrèrent.
Bien que leur parenté ait été longtemps oubliée, les traces de leur constante union ne se sont pas effacées.
Et soudain, dans une harmonie sans paroles, un souvenir confus s’éveille et la bête regarde le visage de l’homme avec une tendre confiance et l’homme abaisse ses yeux vers la bête avec une tendresse amusée.
Il semble que les deux amis se rencontrent masqués et se reconnaissent vaguement sous le déguisement.

( Le jardinier d’amour: LXXIX )

La poésie une autre fois

la poesie une autre fois

La poésie une autre fois

il y a trop de logiques diverses érigées

en pensées révolutionnaires qui poussent dans ma fougeraie

et déroutent mon animal sincère

je crains le froid d’une époque de feu

qui dit nous aimer beaucoup et nous lèche d’un peu

trop près   en équilibre sur les fleurs du doute et en l’absence de terriers

les enfants ont des demains avortés dans la voix

 

Barbara Auzou.

 

 

Fallait pas

fallait pas

Fallait pas séparer ce qui danse

abattre l’arbre qui cache la douleur de la forêt

maintenant le temps te lèche la main comme un grand chien

et les roses restent visitées des mêmes insectes qu’hier

je suis ce faux-fraisier qui travaille sa tendresse comme une santé

que l’on creuse rouge dans la bataille jusqu’au jus du coeur

et je veux continuer le jour dans mon oiseau  le pied

prompt à tirer  dans son œuf de lumière

 

Barbara Auzou.

L’EPOQUE 2020/32: LES RETRANCHÉES 3

Après les Époques 2018 et 2019, voici le trente-deuxième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : LES RETRANCHÉES 3 . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

les retranchées 3

L’EPOQUE 2020/32

 

« Les Retranchées 3 »
Niala
Acrylique s/toile 73×60

 

Notre silence nous le ramasserons en nous

avec toutes les choses simples lianescentes

capables de nous faire pleurer

tu sais la justice soudain toute nue

ou l’ipomée pourpre entière à son calice

la vérité du fou avec ses promontoires de vallée

où naissent des chevelures et nous sommes si peu

à les voir encore moins à vouloir les peigner

qu’il nous faudra déhaler l’ombre des murs séculiers

 

je peindrai des volubilis à la limonite de mes doigts

toi tu mettras ta ferveur qui n’est que l’autre nom des fleurs

dans le scaphandre chaud de l’âpre juillet

pour que l’enfant-flûte sans trompette dans la véranda

qui navigue épelle à vif le grand sud de sa vie

 

et que nous tombions lourds et ravis

dans le bleu repos de son partage

 

 

Barbara Auzou.