Vivre debout.

Gilet jaune

Il est grand temps

de détisser les regrets

des seconds rôles et des figurants

Retrouver l’archet sans arrêt jeté

dans les bouches d’incendie et de sang

 

De la musique toujours et partout

même au rebondi du genou

pour être un homme debout

 

Ce poing très gros et tremblant

comme une vague de safran

pour faire bouillir la marmite

vide de la chair des lendemains

mâche au bois du vivre le romarin

sur le béton amer d’un rond-point

où perce la pure parole du vivant

parmi des fleurs corrompues

en faillite sur l’humain

 

Barbara Auzou.

DANS LA MARCHE

Merci Alain. Je l’attendais.

Niala-Loisobleu

René Char

DANS LA MARCHE

Ces incessantes et phosphorescentes traînées de la mort sur soi que nous lisons dans les yeux de ceux qui nous aiment, sans désirer les leur dissimuler.

Faut-il distinguer entre une mort hideuse et une mort préparée de la main des génies? Entre une mort à visage de bête et une mort à visage de mort?

*

n Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. Mais nous sommes irrésistiblement jetés en avant.
Toute notre personne prête aide et vertige à cette poussée.

*

La poésie est à la fois parole et provocation silencieuse, désespérée de notre être-exigeant pour la venue d’une réalité qui sera sans concurrente.
Imputrescible celle-là. Impérissable, non; car elle court les dangers de tous. Mais la seule qui visiblement triomphe de la mort matérielle. Telle est la Beauté, la
Beauté hauturière, apparue…

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Laissez-moi m’absenter un peu…

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Le jaune monte aux feuilles sans bruit pour s’installer doucement dans sa nuit

Et l’on fait semblant d’être surpris jetant l’opprobre sur les matins de brume qui laissent la peau empourprée

et dans la voix la buée d’une bouche endormie dans son cri

Au pouls calmé d’un cœur endurant  Aux tempes transies à l’enclume

laissez-moi dans une fumée bleue que je me suis choisie

m’absenter encore un peu

comme aux mains tutélaires de l’hiver on rassemble son feu

 

Barbara Auzou

Stefan Zweig: Adieu l’Europe.Arte mercredi 21novembre.20h55.

De 1936 à 1942, cinq instantanés du long exil qui a précédé le suicide au Brésil de l’écrivain Stefan Zweig. Une sobriété documentaire que l’acteur autrichien Josef Hader rend bouleversante.

1936, Rio de Janeiro. Voici deux ans déjà que le mondialement célèbre Stefan Zweig, mis à l’index par l’Allemagne hitlérienne, a fui l’Autriche pour s’installer provisoirement en Grande-Bretagne, habité par la certitude prémonitoire que les nazis vont s’emparer de son pays et propager la guerre en Europe. Invité au Brésil avec sa jeune épouse Lotte, qui fut sa secrétaire, pour présider un dîner de gala, il rejoint ensuite à Buenos Aires le congrès du Pen Club, où on l’attend comme un oracle. Mais alors qu’à la tribune on scande son nom parmi ceux des écrivains persécutés par le IIIe Reich, l’auteur d’Amok et de Lettre d’une inconnue refuse face aux journalistes de condamner publiquement le régime. « Tout geste de résistance qui ne comporte aucun risque et reste sans effet relève de la pure vanité« , objecte-t-il à Brainin, le jeune compatriote ulcéré qui le somme de dénoncer Hitler.

Longue nuit
« Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux« , écrira Zweig le 22 février 1942, avant de se suicider au véronal avec Lotte dans leur maison de Petrópolis, non loin de Rio. Entre les prémices de la guerre et la sauvagerie qui jour après jour, à l’autre bout du monde, détruit tout ce qui lui est cher, entre un hiver new-yorkais et les luxuriances tropicales du Brésil, Maria Schrader (dont le film s’intitule en allemand « Avant l’aurore ») met en scène avec une précision et une sobriété documentaires cinq tableaux d’une errance de plus en plus douloureuse. Sans prétendre percer le mystère d’un homme qui décrivit si finement l’âme humaine, et dont les mots portent ce film, l’acteur autrichien Josef Hader suggère de façon bouleversante la souffrance, la peur et l’épuisement qui affleurent sous l’élégance.

Réalisation :

Maria Schrader

Scénario :

Jan Schomburg
Maria Schrader

Production :

Idéal Audience
Maha Productions
Dor Film Produktionsgesellschaft
BR
WDR
ARTE France Cinéma
ORF
X Filme Creative Pool

Producteur/-trice :

Stefan Arndt
Danny Krausz
Denis Poncet
Uwe Schott
Pierre-Olivier Bardet
Kurt Stocker

Image :

Wolfgang Thaler

Montage :

Hansjörg Weissbrich

Musique :

Tobias Wagner

Avec :

Josef Hader
Barbara Sukowa
Aenne Schwarz
Matthias Brandt
Charly Hübner
André Szymanski
Lenn Kudrjawizki
Vincent Nemeth

Pays :

Allemagne
Autriche

Année : 2016.

Miro, Dans la couleur de ses rêves. (documentaire france 5 Dimanche 18 à 14h10)

La Ferme (1921-1922) huile sur toile, Washington National Gallery of Art.

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Synopsis

Focus sur les vingt premières années, décisives, pendant lesquelles Joan Miró invente son style et passe du réalisme à un système poétique de signes symboliques.

Miró ne rêvait jamais dans son sommeil, mais éveillé. Il se voyait comme un mélange d’ermite et de guerrier, se sentait comme un végétal enraciné dans sa terre de Mont-roig, à deux heures de Barcelone, son refuge, où, souvent il achevait ses toiles entamées à Paris. Prônant l’humilité par laquelle on devient grand, le Catalan, après plusieurs expositions infructueuses, fut aussi capable de déclarer : « Je ne remonterai sur le ring que pour le titre. » Et il triompha en 1928, à la galerie Bernheim, à Paris, avec quarante et une toiles, toutes vendues.

Ce documentaire, au montage très fluide, où se nouent harmonieusement le commentaire et les propos de Miró, effleure seulement la chronologie d’une vie pour mieux entrer dans le processus créateur de l’artiste, paradoxal et énigmatique : « Ma peinture peut être perçue comme humoristique et gaie, alors que je suis tragique. » La réalisation décrypte les figures et les signes de deux œuvres majeures : La Ferme (1921-1922), qui marque ses adieux à toute forme de réalisme, saluée par un très beau poème de Prévert ; et Le Carnaval (1924-1925), né d’hallucinations, qui inaugure son envolée onirique. L’importance accordée aux croquis préparatoires comble le grand manque de la rétrospective qui se tient actuellement au Grand Palais. Miró multiplie les études, les notes d’intention, les graffitis en tous genres et les heures de méditation. Car rien n’est spontané chez « le plus surréaliste des peintres » — ainsi le qualifiait André Breton.

 

Misère de Philippe Jaccottet.

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Misère

comme une montagne sur nous écroulée.

Pour avoir fait pareille déchirure,
ce ne peut être un rêve simplement qui se dissipe.

L’homme, s’il n’était qu’un nœud d’air,
faudrait-il, pour le dénouer, fer si tranchant ?

Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur,
plutôt que son inconsistance,
n’est-ce pas la réalité de notre vie
qu’on nous apprend ?

Instruits au fouet

Philippe Jaccotet – Leçons, poème 12 – Poésie/Gallimard 1977

Parus, pas lus. L ‘illusoire surchauffe des maisons d’édition.

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En cette saison de Goncourt, Médicis ou Fémina, le marché du livre est en surchauffe mais…ce n’est pas une raison pour s’en réjouir: trop de publications, des librairies embouteillées qui retournent les invendus de plus en plus vite et au final une baisse d’un tiers du nombre moyen d’exemplaires vendus par livre et par auteur, voilà les conclusions du rapport d’Olivier Donnat, sociologue, au ministère de la culture . De plus en plus de titres se vendent à moins de cent exemplaires, une tendance engendrée notamment par la multiplication des petits éditeurs, la « microédition » encourageant la production à compte d’auteur et en version numérique. Au sommet de la pyramide, seuls une poignée d’écrivains avoisinent les cent mille exemplaires vendus. Au milieu, des titres qui passent inaperçus et des auteurs dont les revenus baissent. Ce rapport annonce pourtant une bonne nouvelle: le livre imprimé résiste à la numérisation.

A partir d’un article de Gilles Heuré, Telerama.

Un soleil de rechange (déjà publié)

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Dans l’espace perfidement giflé,

un cheval tombe la mâchoire serrée sur l’hier.

Et les insectes sévères de la dispersion,

grands faussaires de la mémoire et du temps,

s’adonnent au grand lavage de printemps

au gâchis d’un noir chemin obstrué de terre.

 

Et l’on mesure la douceur de n’être plus personne,

à demeurer à la robe de sa propre surface,

à l’ourlet et dans les lèvres chaudes de l’air qui moutonne

pour se faire l’artisan d’un ciel indulgent

au sabot d’un caillou rond au rire fugace.

 

Alors l’on réinvente la désobéissance première

d’une pensée qui se pense pour s’offrir singulière

comme un soleil de rechange aux genoux.

 

Barbara Auzou.

Dans le jour pour quelques heures.

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Mon pas désaccordé et arbitraire descend dans le jour pour quelques heures

Parvenue à son terme inquiet la scansion régulière et insensée de la peur séjourne dans mon souffle comme une vieille fille amère

Sans même que je le veuille je tire à moi encore les cordeaux de la route     Une fois passé le seuil je reste surprise par l’impensable élan qui désormais m’a devancée

Seule dans la gorge oppressée du temps je sème mes doutes aux quatre vents et tente de le rattraper

 

Barbara Auzou

 

« Dire » de Georges-Emmanuel Clancier.

 

L’étoile était dans la neige et le feu,

L’œil et le silence, le chevreuil et la feuille.

Ouvrir la main, c’était offrir le monde

Grenade à grains brisés de sève rouge.

Et tant de jours demeuraient à sauver.

Qui portait à ses lèvres le chant désert ?

Qui, sans voix, sans mots, soulevait

Les pampres interdits ?

Si juste et forte la rumeur de vivre

Que nul n’entendait les désaveux.

Les horizons s’ouvraient, la chair était soleil.

Souvenez-vous, on nous vola notre royaume !

(Le sable sous nos doigts savait perdre son nom,

Le sable et l’écume et les dents et la nuit.)

Ces deux au cœur de la nuit claire.

Guetteurs d’ils ne savent quel mot

Que terre et temps ont peut-être oublié

Et qui ferait s’ouvrir le monde

Comme un fruit éclaté dans l’été.

Les longs donneurs noirs à l’horizon

Les monts en bivouac depuis l’éternité,

Le Niagara muet du ciel et des étoiles,

La source au loin de cette aurore inverse

Et là le prélude que font à la fraîche

Les chaudes odeurs des silex et des herbes.

Ce ne sera pas encore pour cette nuit

Le nom, le secret, la clef,

Mais qu’elles furent proches de s’entrouvrir

Les sombres lèvres de l’espace.

 

Extrait d’Au secret de la source et de la foudre. 

georges-emmanuel-clancierGeorges-Emmanuel Clancier est né à Limoges le 3 mai 1914 dans une famille de paysans, d’artisans et d’ouvriers porcelainiers. Son père, devenu agent commercial après 1918, a servi comme officier d’infanterie pendant la grande guerre. Le jeune homme qui, écolier, a appris à lire à sa grand-mère maternelle qui lui inspirera sa série romanesque Le Pain noir, poursuit des études au lycée Gay-Lussac à Limoges, interrompues par la tuberculose en classe de philosophie. Il découvre pendant sa convalescence la poésie moderne et l’œuvre de Proust grâce à deux jeunes professeurs, et commence à écrire ses propres poèmes et textes en prose. Il collabore dans les années 1930 aux Cahiers du Sud grâce à Jean Cassou, aux Nouvelles lettres et à Esprit. Il fait alors la connaissance de  JMA Paroutaud, de Robert Margerit et de Jean Blanzat. En 1939, il épouse Anne Gravelat dont il aura deux enfants, Juliette et Sylvestre.
D’abord installé à Paris où Anne prépare l’internat des hôpitaux psychiatriques, Georges-Emmanuel Clancier retourne en Limousin en 1940 et reprend des études à Poitiers puis à Toulouse, et obtient une licence de lettres. Il rencontre à cette époque Joë Bousquet, Raymond Queneau et Michel Leiris, Claude Roy et Pierre Seghers, Loys Masson, Pierre Emmanuel et Max-Pol Foucher. Entré au comité de rédaction de la revue Fontaine dirigée par ce dernier, il devient à partir de 1943 le correspondant clandestin en France occupée de la revue qui poursuit, à Alger, la publication des textes des écrivains de la Résistance. À la Libération, il est chargé des programmes de Radio-Limoges. Journaliste au Populaire du Centre, il fonde avec Robert Margerit et René Rougerie la revue Centres. En 1955, il est nommé à Paris secrétaire général des comités de programmes de la RTF, puis de l’ORTF.
« L’écriture du roman obéit à un long cheminement, une lente traversée du temps, alors que le poème m’apparaît comme un éclat, l’étincelle d’un instant fugitif » : son premier roman, Quadrille sur la tour, a paru aux Éditions Charlot à Alger en 1942, suivi d’un premier recueil de poème, Temps des héros, en 1943 à l’enseigne des Cahiers de l’École de Rochefort. Son œuvre littéraire, pour l’ensemble de laquelle il a reçu le Grand Prix de littérature de l’Académie française en 1971, se partage essentiellement entre romans (parmi lesquels figurent la tétralogie du Pain noir — adaptée à la télévision en 1974 par Françoise Verny et Serge Moati — et L’Éternité plus un jour couronné par le prix des Libraires en 1970) et poésie : son Passager du temps, écrit entre 1982 et 1991, lui vaudra en 1992 le Goncourt de la Poésie. Il a par ailleurs édité les poèmes de Boris Vian dans sa collection « Poésie et critique » chez René Rougerie.
Georges-Emmanuel Clancier a été conseiller culturel pour le pavillon de la France à l’Exposition universelle de Montréal en 1967, membre de l’Académie Mallarmé présidée par Eugène Guillevic en 1978, vice-président de la commission française pour l’UNESCO en 1980. Il a contribué à la défense des écrivains menacés, détenus, déportés et exilés à travers le monde en tant que président du Pen-Club français (1976-1979) puis vice-président de PEN International.
Georges-Emmanuel Clancier s’est éteint à l’âge de 104 ans, le 4 juillet 2018, après avoir publié ses mémoires, Le temps d’apprendre à vivre…, en 2016.