Dire l’amour en 4ème (fin):L’expression du bonheur amoureux…

Pour terminer cette séquence sur une note positive, ce matin c’était l’expression du bonheur amoureux avec « Que serais-je sans toi? » d’Aragon, 1956, (et le poème chanté par Jean Ferrat bien entendu) et « Avant de t’aimer je n’avais rien  » de Pablo Neruda, 1959.

Louis ARAGON
Recueil : « Le Roman inachevé »

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu’il fait jour à midi, qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N’est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

 

 

Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien :
j’hésitais à travers les choses et les rues :
rien ne parlait pour moi et rien n’avait de nom :
le monde appartenait à l’attente de l’air.II
Je connus alors les salons couleur de cendre,
je connus des tunnels habités par la lune,
et les hangars cruels où l’on prenait congé,
et sur le sable l’insistance des questions.

III
Tout n’était plus que vide, et que mort et silence,
chute dans l’abandon et tout était déchu,
inaliénablement tout était aliéné1,

IV
Tout appartenait aux autres et à personne,
jusqu’à ce que ta beauté et ta pauvreté
ne donnent cet automne empli de leurs cadeaux.

 Puis pour terminer en beauté, cette étude de Les Amoureux de Saint-Paul -de- Vence de Marc Chagall,( 1958-1960)
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Lettre de fin d’année à mes élèves

JACK LANG

Alors même que se tiennent les derniers conseils de classe ( que vous ne craignez plus et vous avez bien raison- ils ne sont plus là depuis longtemps pour décider de votre avenir, et tant mieux ,-tout au plus répondent-ils à un simulacre hautement psychologique entre gens hautement bien attentionnés) et que certains d’entre vous désertent déjà mes chaises aux pieds qui se dévissent pour votre plus grande joie, je vous adresse ma lettre de fin d’année….

Je dois vous avouer que cette année ( est-ce mon demi-siècle enfin atteint? Merci pour les mouchoirs que vous m’offrîtes (Non, K, ça ne se mange pas..) et dans lesquels j’ai pleuré de joie mon accession à cet âge canonique) j’ai été fortement marquée par la double injonction contradictoire dans laquelle vous êtes constamment maintenus ,à savoir:

-Appartenir à un groupe quel qu’il soit

-Exiger un traitement individuel au sein de ce même groupe

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous? Eh bien si…

Car si l’envie d’appartenir à un groupe est fort normal, peu nouveau et rassurant à votre âge, vous devenez si tendus vers ce seul désir qu’il mobilise chez beaucoup d’entre vous l’intégralité de votre énergie, n’en laissant aucune part pour l’apprentissage. Je vous avoue que c’est assez effrayant ce vide qui s’installe en vous dès que les regards se posent ailleurs…

Dîtes-vous bien que même s’il peut-être source de belles rencontres, le groupe classe est artificiel et que vous aurez l’occasion de découvrir qu’il en est de même pour tous les groupes ou presque, vous qui êtes friands des grandes ferveurs populaires dont vous ignorez tout.

Et pourtant à l’intérieur de ce groupe si revendiqué, chacun d’entre vous réclame son traitement individuel, parfois justifié, ne pensez pas que je mets là en question les besoins scolaires spécifiques de certains, mais chacun revendique et s’invente des droits en oubliant ses devoirs…

Alors, à K qui me proclame son idole et déclare que l’amour fugace se mange chaud avec des lardons, à L qui me demande des nouvelles de mes pieds de tomates tous les matins, à mes glousseuses de quatrième, à mes sixièmes qui apprennent Molière plus vite que leur ombre, à Kimi, et à tous les autres, je vous souhaite un bel été.

Apprenez à ne pas croire tout ce qu’on vous dit (hormis la parole de vos professeurs bien entendu!) et je réitère: non, tout ne se vaut pas!

Puisse cette douce sensation d’exister pleinement comme un être unique qui ne répond à aucune injonction de mode de cette société qui ne vous veut pas que du bien vous saisir bientôt…

« Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque.

À te regarder, ils s’habitueront »

René Char.

Votre professeur de français, (non, pas Âgecanonix, K..)

Madame Auzou.

Dire l’amour (4ème) Suite…

Etudier un poème et un tableau exprimant la douleur de l’absence. Ecouter deux versions chantées du poème et exprimer sa préférence.

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Marceline-Desbordes -Valmore
1786 – 1859

Les séparés (N’écris pas…)

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas !N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas !N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas !

N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas !

Les deux versions chantées:
La préférence des élèves va à Julien Clerc plus audible disent-ils (enfin, ils n’ont pas employé le mot « audible »..)
Étude de Séparation d’Edvard Munch, 1896
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Les élèves ont mené une bonne analyse du tableau de Munch et je regrette souvent de n’avoir pas le temps de croiser les arts plus que je ne le fais encore. J’aimerais pouvoir le faire de manière systématique.

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans…Et mes élèves…

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Le dernier chapitre des classes de quatrième est DIRE L’AMOUR…Tout un programme …Que j’aime beaucoup en général si ce n’est que la fatigue aidant ce matin je me suis sentie assez désespérée…Allez, je vous offre une petite série de remarques bien énervantes…Tout d’abord, ce poème est étudié en parallèle de celui de Baudelaire , À une passante, sous la dénomination : l’amour fugace…ah , le « fugace »: « c’est un pain chaud avec du fromage et des lardons! »…Mais bien sûr…Vient ensuite un tableau sous lequel il faut répertorier les cinq sens et les images du poème correspondantes…C’est quoi les cinq sens?…Bon, on finit par retrouver les cinq et on les inscrit au tableau…

Vient ensuite le problème du vocabulaire…Ci-dessous en gras tous les mots inconnus de mes élèves…

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

En fait, ce qui m’a déprimée, c’est la seule méconnaissance des tilleuls…Quand-même…Quant à tapageurs ils en ont trouvé le sens seuls à partir de l’expression « Tapage nocturne », connue de tous cette fois….

T’as vu Arthur? Un village normand t’est plus dépaysant que l’Abyssinie…Et moi mes seules armes sont patience et bienveillance, patience et bienveillance…

Bon, une petite chanson pour la route…

Le récit à « chute »: Une excellente copie…

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Après la lecture et l’étude de La Parure de Maupassant, les élèves de 4ème étaient invités à écrire un récit à chute…Si l’exercice a été bien réussi dans l’ensemble, la copie de Jade s’est détachée très largement. La voici…

 

Un peu étourdi et vaseux, Léon reprit ses esprits en découvrant devant lui une étendue d’eau immense et très calme.

Au premier abord, cela semblait être une mer tranquille et bleutée , sans vague. Elle effleurait sur le bord des cristaux aussi étranges par leur forme sculpturale que par la pâle blancheur qu’ils reflétaient.

À peine remontait-il ce qui semblait être une grève qu’il perçut un chant mystérieux ponctué d’un « ploc ploc ploc » répétitif et inquiétant. Cette mélodie se faisait maintenant régulière et Léon sentait sur lui des regards pesants jusqu’à l’instant où s’abattit sur lui un filet violent qui le plaqua au sol.

Autour de lui s’était rassemblée une foule d’autochtones curieux de cette attraction. Un vieil homme qui siégeait au centre du groupe s’avança vers lui et lui demanda:

-Qui es-tu étranger?

– Je suis…Léon. Où sommes-nous? Quelle heure est-il? Je partais à mon travail lorsque je fus happé par une immense et puissante vague!

À ces paroles, une clameur s’éleva dans l’assemblée. Elle fut aussitôt stoppée par le vieux qui s’adressa à Léon:

-Nous connaissons bien cette vague dont tu nous parles. C’est elle qui a crée notre monde il y a bien longtemps. Elle revient régulièrement et tu pourras l’admirer avec nous aussi longtemps que tu le voudras.

Léon n’avait pas d’autre choix que d’accepter la généreuse proposition du chef et c’est ainsi qu’il adopta le mode de vie de ses hôtes qui partageaient leur temps entre pêche, danses et chants tribales qui célébraient la profusion du lieu.

Un beau matin, il fut réveillé par un grondement lointain qui galopait sur la mer. il reconnut alors la vague tumultueuse qui l’avait amené là. Rejoint par le clan sur la plage, il assista à un spectacle époustouflant. Un tourbillon gigantesque accompagné d’un assourdissant rugissement faisait disparaître l’océan. Se tournant vers la foule, il fut stupéfait de les voir aussi calmes alors que le monde allait disparaître.

En effet, le calme revint rapidement et le niveau de l’eau bleutée retrouva la plage. Alors, chacun retourna à ses occupations dans la bonne humeur.La vie reprit son cours et le temps passa ponctué par les chants, la danse et la pêche rythmée par le ballet  tourbillonnant et récurrent des flots, la lumière toujours égale sur la grève bombée et blanchâtre…surmontée d’un abattant en résine, voisin d’un porte-revue aidant les occupants du lieu à satisfaire leurs besoins naturels en toute quiétude.

Léon n’était qu’une bactérie de plus s’accrochant comme il pouvait au tartre d’une cuvette de toilettes.

« Nos éclats de miroir » de Florence Hinckel (Roman jeunesse)

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Auteur : F. Hinckel
Illustrateur : S. Maxwell
Une tranche de vie d’une ado de 15 ans,qui s’ouvre au monde grâce à l’écriture
Résumé : Je m’appelle Cléo, et j’aurai bientôt 15 ans, 1 mois et 20 jours. Cette date est importante pour moi, car c’est à cet âge-là que tu es morte, Anne Frank. Tu es mon écrivaine préférée ! Alors j’ai décidé de m’adresser à toi dans ce nouveau carnet. Je vais te raconter ce qui m’interroge, me fait rire ou me bouleverse. Toutes ces choses que je n’oserais jamais dire à voix haute : le voile devant les yeux de ma mère ; ma meilleure et parfois cruelle amie Bérénice ; ma grande sœur, si forte et déterminée ; Dimitri, mon amour d’enfance perdu de vue ; la complexité du monde. Mais aussi mon reflet, si mouvant qu’il m’échappe… ou parfois se brise.
Je vais te parler de nos éclats de miroirs.
Les tiens, les miens, les leurs.
Dès 12 ans.

Les Fake News des élèves de quatrième…(Suite)

J’avais publié il y a trois jours les premières « Fake News » de mes élèves de quatrième. C’est ici. Voici les dernières (que j’ai eu du mal à obtenir entre les épidémies de grippe et les suspensions de transports scolaires pour cause de neige et de verglas..)

6

4

2

5

1

Et ma préférée même si c’est loin d’être la meilleure graphiquement:

 

3

Les formats A3 ont été reéalisés et iront rejoindre les couloirs. Evaluation commune (selon des critères précis de fond et de forme) et à main levée dès lundi si la neige le veut bien…