Lettre de fin d’année à mes élèves

JACK LANG

Alors même que se tiennent les derniers conseils de classe ( que vous ne craignez plus et vous avez bien raison- ils ne sont plus là depuis longtemps pour décider de votre avenir, et tant mieux ,-tout au plus répondent-ils à un simulacre hautement psychologique entre gens hautement bien attentionnés) et que certains d’entre vous désertent déjà mes chaises aux pieds qui se dévissent pour votre plus grande joie, je vous adresse ma lettre de fin d’année….

Je dois vous avouer que cette année ( est-ce mon demi-siècle enfin atteint? Merci pour les mouchoirs que vous m’offrîtes (Non, K, ça ne se mange pas..) et dans lesquels j’ai pleuré de joie mon accession à cet âge canonique) j’ai été fortement marquée par la double injonction contradictoire dans laquelle vous êtes constamment maintenus ,à savoir:

-Appartenir à un groupe quel qu’il soit

-Exiger un traitement individuel au sein de ce même groupe

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous? Eh bien si…

Car si l’envie d’appartenir à un groupe est fort normal, peu nouveau et rassurant à votre âge, vous devenez si tendus vers ce seul désir qu’il mobilise chez beaucoup d’entre vous l’intégralité de votre énergie, n’en laissant aucune part pour l’apprentissage. Je vous avoue que c’est assez effrayant ce vide qui s’installe en vous dès que les regards se posent ailleurs…

Dîtes-vous bien que même s’il peut-être source de belles rencontres, le groupe classe est artificiel et que vous aurez l’occasion de découvrir qu’il en est de même pour tous les groupes ou presque, vous qui êtes friands des grandes ferveurs populaires dont vous ignorez tout.

Et pourtant à l’intérieur de ce groupe si revendiqué, chacun d’entre vous réclame son traitement individuel, parfois justifié, ne pensez pas que je mets là en question les besoins scolaires spécifiques de certains, mais chacun revendique et s’invente des droits en oubliant ses devoirs…

Alors, à K qui me proclame son idole et déclare que l’amour fugace se mange chaud avec des lardons, à L qui me demande des nouvelles de mes pieds de tomates tous les matins, à mes glousseuses de quatrième, à mes sixièmes qui apprennent Molière plus vite que leur ombre, à Kimi, et à tous les autres, je vous souhaite un bel été.

Apprenez à ne pas croire tout ce qu’on vous dit (hormis la parole de vos professeurs bien entendu!) et je réitère: non, tout ne se vaut pas!

Puisse cette douce sensation d’exister pleinement comme un être unique qui ne répond à aucune injonction de mode de cette société qui ne vous veut pas que du bien vous saisir bientôt…

« Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque.

À te regarder, ils s’habitueront »

René Char.

Votre professeur de français, (non, pas Âgecanonix, K..)

Madame Auzou.

L’Atelier poésie du collège de Clères remporte le prix spécial Jury pour la huitième année consécutive….

 

L’Amopa a décerné cette année encore le prix spécial jury de la jeune poésie au livret « N’arrête pas ton Char » ….Bravo à mes élèves!

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Je félicite mes élèves…Remise du prix le Mercredi 22 mai à 15h. CRDP¨de Mont-Saint-Aignan »…

« Nos éclats de miroir » de Florence Hinckel (Roman jeunesse)

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Auteur : F. Hinckel
Illustrateur : S. Maxwell
Une tranche de vie d’une ado de 15 ans,qui s’ouvre au monde grâce à l’écriture
Résumé : Je m’appelle Cléo, et j’aurai bientôt 15 ans, 1 mois et 20 jours. Cette date est importante pour moi, car c’est à cet âge-là que tu es morte, Anne Frank. Tu es mon écrivaine préférée ! Alors j’ai décidé de m’adresser à toi dans ce nouveau carnet. Je vais te raconter ce qui m’interroge, me fait rire ou me bouleverse. Toutes ces choses que je n’oserais jamais dire à voix haute : le voile devant les yeux de ma mère ; ma meilleure et parfois cruelle amie Bérénice ; ma grande sœur, si forte et déterminée ; Dimitri, mon amour d’enfance perdu de vue ; la complexité du monde. Mais aussi mon reflet, si mouvant qu’il m’échappe… ou parfois se brise.
Je vais te parler de nos éclats de miroirs.
Les tiens, les miens, les leurs.
Dès 12 ans.

La confection du livret poésie des élèves est terminée…mais.

J’ai terminé aujourd’hui la mise en page du livret poésie pour les élèves de l’atelier…Il comporte finalement 52 pages, bien plus que je ne pensais…

Voici les premières pages…Je ne parviens plus à me satisfaire esthétiquement de la reliure avec boudins-spirales format A4…Mon souhait serait un format A5 agraffé…Aussi je me tourne vers vous. Quelqu’un connaît-il un service d’imprimerie en ligne en mesure de réaliser 18 livrets de 52 pages pour un moindre coût sachant qu’au delà de 100 euros le collège ne prendra plus en charge? Merci de m’apporter vos lumières!

capture première de couverture

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Atelier poésie (Suite): Viens encore te consacrer caillou…

Pour la dernière séance avant Noël, les élèves ont continué à écrire à partir d’ un autre poème de Guillevic…

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Caillou

Viens encore une fois
Te consacrer caillou

Sur la table dans la lumière
Qui te convient,

Regardons-nous
Comme si c’était
Pour ne jamais finir.

Nous aurons mis dans l’air
De la lenteur qui restera.

 

Les élèves:

 

J’ai vu le monde marcher

Sur son chemin , milliers de pierres

Chacune était différente

Mais ce n’est pas richesse

Acquise sans effort mêlant avarice et paresse

Qui assure la valeur

Leurs couleurs infâmes, preuves d’une vie décevante

Et ces travailleurs démunis

Sans aucun repos jusqu’au trépas

De leur âme, la plus pure qui soit

Ces pierres précieuses

Saphirs, émeraudes, topazes ou diamants

Joyaux d’un monde disparu

Lorsque le temps sera venu

Ces infimes pièces du puzzle qu’est la vie

Devant les créateurs

Entreront au paradis

L’âme la plus riche et la plus sage

Accordera le passage

Viens encore une fois

Te consacrer Caillou.

 

Kimi , 3ème

 

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Ce soir nous danserons

Mais fais bien attention car

Les hiboux qui portent des bijoux

Sont fous et vivent dans des igloos

Viens  et deviens caillou

Et tu pourras nager dans la mer

Libre comme l’air

L’espoir au genou.

Alice, 6ème

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Au bord de cette chute d’eau

Tu pourras t’admirer

Et même passer à travers.

Ou alors tu resteras

Sous ce temple et tu

T’y endormiras

Sur la pierre de mes genoux

 

 

Suzane, 6ème

 

 

Une fleur tombe

Dans cet univers sombre

Comment se consacrer encore à la terre

Viens encore une fois te consacrer caillou

Et transformer ce monde en une statue de pierre

À la solde unique de la lumière

Dont la beauté éblouit la pensée des fous

Pour que le matin sur nous se lève enfin

Capucine, 3ème.

 

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Au bord du temple

À l’orée de la forêt

Il pleuvra des fleurs

Et les arbres riront

viens avec moi et cours

Allons dans la forêt nous consacrer caillou.

 

Alice, 6ème.

 

 

 

Viens encore une fois 

Te consacrer caillou.

Rejoins-moi

Sous les acajous

Nous danserons toute la nuit.

Je le promets jusqu’à minuit

Tu dormiras sous un clair de lune rousse

Ou sur un tas de plumes qui amassera mousse.

 

Fanette, 6ème.

 

 

 

Crisse la roche

Dure comme mon cœur.

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Devant l’immensité de la terre.

J’en ai vidé mes poches.

J’en ai perdu mes mots.

À cette nuit qui m’éblouit

À cette clarté floue

Cet univers tout petit

Plus petit que l’immensité de mes pensées

Je pars à la dérive.

Domitille, 3ème.

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou.

Rien qu’une fois

Dans cet univers flou.

La nature si douce

Et pourtant si dure

A construit un mur

Au milieu de la mousse.

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Apporter de la joie

À ce monde de fous.

 

Héloïse, 3ème.

 

 

Viens  encore  une fois

Te consacrer caillou

Et puis te fendre

Pour redécouvrir la forêt

La nature et les loups

Viens te surprendre.

Emma, 6ème.

 

 

 

Le cœur à nouveau brisé

Et l’âme endeuillée

L’amour autrefois sans pareil

Est aujourd’hui une flamme sans éveil.

Le mur qui me protégeait a cédé

Et mon cœur ensanglanté

De la pierre est devenu.

De la pierre de pluie.

Viens encore te consacrer caillou

Puisque plus personne

Ne se soucie de ce que je suis.

 

Kimi, 3ème.

 

 

 

 

 

Atelier Poésie: Suite.

Les élèves ont travaillé aujourd’hui d’après cet extrait de « Inclus » de Guillevic.

Dans une ambiance…Comment dire…très tonique.

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En somme,
Avec les mots,
C’est comme avec les herbes, 
Les chemins, les maisons, tout cela
Que tu vois dans la plaine
Et que tu voudrais prendre.
Il faut les laisser faire,
Par eux se laisser faire,
Ne pas les bousculer, les contrarier,
Mais les apprivoiser en se faisant
Soi-même apprivoiser.
Les laisser parler, mais,
Sans qu’ils se méfient,
Leur faire dire plus qu’ils ne veulent,
Qu’ils ne savent,
De façon à recueillir le plus possible
De vieille sève en eux,
De ce que l’usage du temps
A glissé en eux du concret.

Guillevic (extrait du recueil « Inclus » – Gallimard, 1973)

 

les élèves:

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Comme les feuilles avec les arbres

Comme les arbres avec les passants

que le vent endort les berçant

Comme le soleil avec les fleurs

Comme le pouls avec le coeur.

 

Clara F, 5ème.

 

 

 

Les paroles et leurs sous-entendus sonnent faux

Blessant, réconfortant de leur caractère acerbe

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

A mon oreille, sont les plus doux

Annoncent les bonnes comme les mauvaises nouvelles

Sent-on leur présence tout autour de nous ?

Certains donnent la vie, d’autres la scellent

Mais à force de les entendre

Finit-on par ne plus les comprendre ?

La vie est insipide

Et le silence des plus arides

Leurs sens propres à chacun

Leurs images si étranges

Et pourtant,

On y lit à travers

Comme dans un livre ouvert.

 

kimi, 3ème.

 

 

 

Avec les mots

C’est comme avec les herbes

Ça meurt ça vit au fil des saisons

Je ne vais pas vous faire un proverbe

Les proverbes c’est comme les mots

Ça va, ça vient pour s’envoler

Comme des pétales

Légères comme un âme

Sur le point de s’envoler

Comme les mots

Comme un pétale

Comme les herbes

Comme un proverbe

 

Domitille, 3ème

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

Ils s’étendent, s’étirent

et peuvent mourir.

C’est leur destin.

Les mots sont divins

et rêvent de saisons

où s’endormir.

 

Suzanne, 6ème.

 

 

 

Par amour, il faut faire attention

Pour une belle déclaration.

Il faut être doux comme des chiots

Avec les mots

C’est comme avec les herbes

Et ce sera superbe

Donnez-leur une fleur

Il sera de bonne humeur

Et glissera comme un pinceau.

 

Fanette, 6ème.

 

 

 

Quand j’étais petite

chez mes grands-parents

Mon grand-père me disait

Tu vois mon enfant,

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

Il faut les comprendre, il faut les connaître

il faut en prendre soin

et il t’emmèneront loin.

C’était la grammaire de nos jardins.

 

Alice, 6ème.

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Ça envahit l’espace

Prenant place doucement

Envahissant tout sur son passage

Pour ensuite laisser place au silence

Calme, froid

Les mots et les herbes

Flottant dans le vent

Tous c’est non-dits, ces mensonges

Qui un jour sortiront de l’ombre

Sont pour l’instant cachés

Tel un secret

Grandissant sans regrets

 

Héloïse, 3°

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Il en existe plein: des gratuits

Et puis

Des mots agréables que les gens ne disent pas

et quand vient la nuit ils couchent des mots terribles

Dans les champs sous des grands draps.

 

Emma, 6ème.

 

 

 

Avec les mots, 

C’est comme avec les herbes.

Les gens sont faux

Éclos parmi des fleurs superbes

Sur le joli champ du quotidien.

 

Clémence, 3ème.

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

Le temps est compté

Et il ne faut pas faire d’histoires.

On continue à trembler,

Le crayon à la torche qui écrit

Ces mots qu’on écorche

sans raison retombés.

 

Alexis, 6ème.

 

 

 

Atelier poésie (suite)

Les élèves poursuivent leur travail sur Apollinaire  (voir ici)…Et les plus en avance travaillent déjà sur Guillevic…

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Clair de Lune.

Lune mellifluente aux lèvres des déments
Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
Les astres assez bien figurent les abeilles
De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
Chaque rayon de lune est un rayon de miel
Or caché je conçois la très douce aventure
J’ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
Qui posa dans mes mains des rayons décevants
Et prit son miel lunaire à la rose des vents.

Guillaume Apollinaire.

 

Les élèves:

Quelques chapitres tristes et effrayants

Sous des projecteurs qui brillent

Ont plongé l’enfant que je suis

Dans un monde imaginaire

et de fées de sang

qui posa dans mes mains des rayons décevants.

 

Clara G, 5ème.

 

 

ô calme nuit

Vibrante de douceur

ô clair de lune

Brûlant de lumière

Je me suis approchée pour voir l’infini

Et me suis vite heurtée au destin

J’en porte encore les traces

à la barrière de mes cils, tenace

ô petit rond pâle

Qui posa dans mes mains des rayons décevants

ô triste espoir

voilà déjà le soir

Et on ne m’a laissé le temps d’y croire

 

Domitille, 3ème.

 

 

Dans une maison près d’une forêt

les arbres cherchent la lune au point de ne plus la voir

C’est elle qui posa dans mes mains des rayons décevants

et des vieux livres de contes où je cherche mes parents

et la voix de ma grand -mère espiègle aux cheveux blancs.

 

Alice, 6ème.

 

 

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Le Voyageur

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

La vie est variable aussi bien que l’Euripe

Tu regardais un banc de nuages descendre
Avec le paquebot orphelin vers les fièvres futures
Et de tous ces regrets de tous ces repentirs
Te souviens-tu
Vagues poissons arques fleurs surmarines
Une nuit c’était la mer
Et les fleuves s’y répandaient

Je m’en souviens je m’en souviens encore

Un soir je descendis dans une auberge triste
Auprès de Luxembourg
Dans le fond de la salle il s’envolait un Christ
Quelqu’un avait un furet
Un autre un hérisson
L’on jouait aux cartes
Et toi tu m’avais oublié

Te souviens-tu du long orphelinat des gares
Nous traversâmes des villes qui tout le jour tournaient
Et vomissaient la nuit le soleil des journées
Ô matelots ô femmes sombres et vous mes compagnons
Souvenez-vous-en

Deux matelots qui ne s’étaient jamais quittés
Deux matelots qui ne s’étaient jamais parlé
Le plus jeune en mourant tomba sur le côté

Ô vous chers compagnons
Sonneries électriques des gares chant des moissonneuses
Traîneau d’un boucher régiment des rues sans nombre
Cavalerie des ponts nuits livides de l’alcool
Les villes que j’ai vues vivaient comme des folles

Te souviens-tu des banlieues et du troupeau plaintif des paysages
Les cyprès projetaient sous la lune leurs ombres
J’écoutais cette nuit au déclin de l’été
Un oiseau langoureux et toujours irrité
Et le bruit éternel d’un fleuve large et sombre

Mais tandis que mourants roulaient vers l’estuaire
Tous les regards tous les regards de tous les yeux
Les bords étaient déserts herbus silencieux
Et la montagne à l’autre rive était très claire

Alors sans bruit sans qu’on pût voir rien de vivant
Contre le mont passèrent des ombres vivaces
De profil ou soudain tournant leurs vagues faces
Et tenant l’ombre de leurs lances en avant

Les ombres contre le mont perpendiculaire
Grandissaient ou parfois s’abaissaient brusquement
Et ces ombres barbues pleuraient humainement
En glissant pas à pas sur la montagne claire

Qui donc reconnais-tu sur ces vieilles photographies
Te souviens-tu du jour où une abeille tomba dans le feu
C’était tu t’en souviens à la fin de l’été

Deux matelots qui ne s’étaient jamais quittés
L’aîné portait au cou une chaîne de fer
Le plus jeune mettait ses cheveux blonds en tresse

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

La vie est variable aussi bien que l’Euripe

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

 

Les élèves:

Même sans avoir la joie que d’autres facilement s’attribuent

Mon cœur est pur et se remplit de vertus

Le bonheur m’attriste et me grise

Me  voici  maintenant sous son emprise.

Peu importe me dirait-on

Mon sort en est scellé de toutes façons

Et l’issue n’en peut être que fatale

Ses flammes encore se consument mal.

Je suis seule. Devant moi une impasse

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant.

Les larmes du ciel se mélangent aux miennes.

La vivacité des couleurs a disparu

Le dehors est morne.Le monde s’est tu.

 

Kimi, 3ème.

 

 

L’eau ruisselle dans mes mains

Le froid vient me taillader

il pleut sous mon toit

 

Mon toit transparent

Qui laissa passer le vent

J’ai peur j’ai froid j’ai faim

Je vous offre le romarin

Mais

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant.

 

Domitille, 3ème.

 

 

Je n’ai pas voulu voir

Je me suis confinée dans le noir.

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant.

Déjà me manque le temps

Et j’entends les pas qui qui s’avancent vers moi

Sans jamais les voir.

 

Fanette, 6ème.

 

 

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

Ces verrous fermés et ces lumières éteintes

Rendez-moi mon empreinte

Qui façonnent les nuits à pleurer

sur mon grand corps de plaintes.

 

Clémence, 3ème.

 

 

 

 

Atelier poésie (suite)

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Les élèves poursuivent  (voir  ici) leurs créations à partir de trois poèmes d’Apollinaire.

 

 

La Tzigane:

 

                                                      La tzigane savait d’avance                                                                     téléchargement (2)

Nos deux vies barrées par les nuits

Nous lui dîmes adieu et puis

De ce puits sortit l’Espérance

L’amour lourd comme un ours privé

Dansa debout quand nous voulûmes

                                           Et l’oiseau bleu perdit ses plumes

                                       Et les mendiants leurs Ave

                                    On sait très bien que l’on se damne

                                       Mais l’espoir d’aimer en chemin

                                       Nous fait penser main dans la main

                                      A ce qu’a prédit la tzigane.

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Les élèves:

 

Nos deux vies barrées par les nuits

sont si tristes qu’elles le nient

Sobres sont leurs pensées

telle une marée étrange dès l’arrivée.

Le brouillard

dans le noir

éteint le feu

de tes beaux yeux.

Fanette, 6ème.

 

 

Nos deux vies barrées par les nuits

Un soir d’été

paraît doré.

Sur le fleuve

s’éloigne lentement

une belle saison.

Des morsures de froid, déjà

se glissent dans nos doigts.

C’est bien lentement

que les feuilles tombent.

L’oiseau de feu a perdu sa voix.

La guerre des saisons n’est pas terminée.

Clara F, 5ème.

 

 

 

Nos deux vies barrées par les nuits noires

Sont maintenant ouvertes sur l’heure du jour

Et pleurent des torrents d’amour.

L’homme de ma vie est parti.

Il est enterré dans ma mémoire

Sous un rideau de pluie.

Suzanne, 6ème

 

 

 

Ce que je pense mais que vous ne pouvez voir

L’effet des paroles qui me remplissent d’espoir

Et cette frontière

Limite de mes sentiments

Et tous ces doutes dans le soir qui descend.

Alors que la raison me pousse à l’abandon

Mon cœur vibre et chantant de la plus puissante ardeur

Je vis de cette situation.

Toutefois de ce mur qui m’en bloque l’accès,

Je pleure

Et les larmes abondantes ne sont que les lames

Qui déchirent notre lien comme le pire des drames.

Il les plante inconsciemment

Puis me soigne pour enfin accentuer le saignement.

Est-ce ma raison qui ne peut penser à mal

Ou mon cœur qui de cet amour refuse l’issue fatale?

Nos deux vies barrées par les nuits

Son cœur qui sans cesse me fuit

Je pleure

Parce qu’on m’a fait découvrir le bonheur.

 

Kimi, 3ème.

 

 

 

Nos deux vies étaient barrées par les nuits

Tel était écrit

Plongé dans le noir

Raccroché à ce peu d’espoir.

La tzigane avait dit

Qu’il en serait ainsi.

Que cela serait bientôt fini.

Alors ils attendent

Donnant le change

Mais c’est le destin

Il n’est jamais très loin.

 

 

Héloïse, 3ème.

 

 

Nos deux vies barrées par la nuit

Se sont éloignées avec le vent

Le plus effroyable châtiment

Une maladie sans remède

Nous plonge dans l’éternité des heures

et leur mensonge erroné.

Les marches du temps dans les mains

Nous n’imaginons plus le sommeil.

On nous berce dans le trouble.

Et on ne sait plus pourquoi on est là.

 

 

Domitille, 3ème.

 

 

Je suis la lune tu es le soleil

Tu es la neige infinie et je suis la pluie.

Nos deux vies barrées par les nuits,

Je t’attends près du sapin sur la colline.

J’ai jeté l’ennui dans le ravin.

Alice, 6ème.

 

 

 

Les portes fermées sur cette pièce sombre

Des yeux phares éclairant la pénombre

Ta main sur la mienne

Déjoue toutes les ombres

Et éloigne mes peurs anciennes.

Nos deux vies barrées par les nuits

Pour dire tristement

Qu’à nos paumes le temps fuit.

Clémence, 3ème.

 

 

 

Entre le jour et la nuit

La lumière est infinie.

Encore une sombre nuit d’hiver

qui remet à plus tard le printemps

Et nous fait souffrir sans bruit.

Nos deux vies barrées par les nuits

Se rejoignent dans un pull-over

Trop grand.

Jade, 6ème.

 

 

Clair de Lune.

Lune mellifluente aux lèvres des déments
Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
Les astres assez bien figurent les abeilles
De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
Chaque rayon de lune est un rayon de miel
Or caché je conçois la très douce aventure
J’ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
Qui posa dans mes mains des rayons décevants
Et prit son miel lunaire à la rose des vents.

 

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Les élèves:

 

 

Sous la lune, la promenade ensorcelée

Suivie par le soleil, si près

Marchant sur ses pas.

Peu importe, même le trépas

Qui posa dans mes mains des rayons décevants.

Lorsque je le vis apparaître, titubant,

II n’était plus que l’ombre de lui-même.

La joie de vivre envolée sur son visage blême

Et la tristesse lui prenait sa place.

Encore une fois, mon être loin de lui s’efface.

Kimi, 3ème.

 

 

 

Le soleil est triste aujourd’hui.

On dirait qu’il n’a pas de vie

Et celui qui posa dans mes mains des rayons décevants

C’était lui.

Car l’orage régnait irascible

Et le soleil baignait

Dans une lumière invisible.

Fanette, 6ème

 

 

 

Chaque rayon de lune

Est un rayon de miel

Qui me réveille

Qui m’émerveille

Mais toi, mon image de brume

Qui posa dans mes mains

Des rayons décevants

Sache que rien, pas même le vent

N’éteint durablement le soleil.

Suzanne, 6ème.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier poésie (suite) Eluard et Apollinaire.

Les plus jeunes doivent reprendre le vers en rouge et les plus grands, celui en bleu.

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Souvenir Affectueux.

 

 

II y eut un grand rire triste

La pendule s’arrêta

Une bête fauve sauvait ses petits.

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Autant de nudités tournant en dérision
Leur pâleur

Tournant en dérision

Les yeux vertueux du phare des naufrages.

Paul Eluard.

 

 

 

Les élèves:

Les feuilles tombent et ruissellent

Rires opaques dans des cadres d’agonie,

L’oiseau rouge des champs a perdu ses couleurs

Un livre fermé quelque part a eu peur

que les animaux pleurent des violoncelles

Clara F, 5ème.

 

 

 

Dans le monde merveilleux de la vie

Une bête fauve sauvait ses petits

Sous les yeux de spectateurs ravis

de voir qu’on n’existe pas en amateur.

Jade, 6ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Miniatures

Musée imaginaire d’où sortent des cris

Ensanglantés

Entre des murs

Brouhaha

Rires d’effroi

Cœurs meurtris.

Héloïse, 3ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

C’est le monde, entendez-vous, qui peine à vivre

Naufragé de la mer noire et des rivières asséchées

Portant les contrées ravagées par la guerre.

Des soldats sur leur passage ne reste qu’un goût amer

Là où la vie naît, à un autre endroit, il meurt.

L’homme est joyeux et pourtant messager du malheur.

À croire que l’espèce humaine est angélique et démoniaque

Comme elle défend ses terres pour mieux attaquer ses habitants.

Aussi,  l’on voit à quel point il est facile de mépriser

Contrairement à ce qu’on pourrait penser

Le plus dur est à venir.

Kimi, 3ème.

 

 

 

 

Les sourires sur les visages, la cause

Des rires opaques dans des cadres d’agonie

Un monde imaginaire

C’est notre raison de vivre

Nos prénoms ancrés

Sur des vieux papiers 

La peau de notre existence

Ce pourquoi nous disons oui et non

Par crainte et par croyance

Clara G, 5ème

 

 

 

 

Il défie la peur

Se cramponne à son morne destin.

Il dégaine ses pleurs

Et ravale le temps.

Sensualité brumeuse

Il vacille entre les fentes de la mort

Il réprime son rire

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Malédiction imprécise.

Domitille , 3ème

 

 

 

 

Un double diabolique

nous observe et nous tue

Clichés maléfiques

aux rires opaques 

Dans des cadres 

d’agonie.

 

 

 

Clémence, 3ème.

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C’est

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
Cette réalité seule elle seule et rien d’autre
Mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le redit
À chaque battement
Toutes les autres images du monde sont fausses
Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
Souterrain
Ô vie qui aspire le soleil matinal
Cet univers singulièrement orné d’artifices
N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
Comme on pouvait l’étudier autrefois
À Tolède
Où fut l’école diabolique la plus illustre
Et moi j’ai sur moi un univers plus précis plus certain
Fait à ton image

Guillaume Apollinaire

 

 

 

 

Les Élèves:

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux


Voir une égyptienne cracher des bulles

et sur une barque chanter des acrobates,

Un magicien sur un âne

perdre ses couleurs magiques

et un dessin enfantin apparaître

sur une montagne rose.

Des rochers bleus se déchirent

et les acrobates reculent.

Clara F, 5ème.

 

 

 

 

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux

Malheureusement il est pris au jeu

Des cadrans et des clés

Sans espoir

Sans jamais espérer

Il se réfugie dans le noir

Et ne veut rien voir

Mais les souvenirs

me font revenir 

À la réalité que je veux.

Fanette, 6ème.

 

 

 

 

C’était un photographe

Une pauvre phrase à la recherche  de son paragraphe

dénué de maturité dénué de virtuosité

Ce n’était qu’un enfant malheureux

qui répétait sans arrêt:

Et moi c’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Suzanne, 6ème.

 

 

 

 

 

Pensées échappées

Nostalgie revenue

Ces doux moments qui n’arrivèrent plus

Joie et incommensurable tristesse mêlées

Peu importe le destin

Seul compte le passé

Clé du cœur

Flèche du bonheur

Dont la pointe est indolore.Cicatrice qui me brûle

Feu intérieur qui gronde et me foudroie.

Et, de nouveau frappée

Rien ne pourrait plus m’égayer.

Un sourire triste sur mes lèvres

Caressant du bout de mes doigts

Les souvenirs d’un monde incertain

À faire briller chaque lendemain

Je ne désire rien de matériel

Je ne désire rien…

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Kimi, 3ème