Atelier poésie: première séance

C’est prise en otage dans ma propre salle par seize élèves (14 filles et 2 garçons) venus s’inscrire et considérant qu’on pouvait commencer dès aujourd’hui que la première séance de l’atelier poésie s’est tenue…Pensant qu’il était plus judicieux de reporter pour l’instant la vidéo sur Marc Chagall et de les laisser s’exprimer d’abord, je leur ai offert ce premier tableau:

Le Violoniste Bleu:

le violoniste bleu

Les élèves:

La lune est pleine et la violoniste est Seine

(La violoniste était une fille mais seul l’oiseau le savait)

Le village s’endormait sous l’œil vigilant de l’abbaye

Et les fleurs caressaient ce très bleu si bleu que même la mer

En était jalouse et cette chaise qui volait était un hamac

Qui se disputait en silence avec le ressac

 

Léonce, 6ème

 

 

Il jouait quand il s’ennuyait

Il rêvait sous l’œil de l’oiseau chanteur 

Il était aussi compositeur

Il présentait son art tous les soirs

Toujours perché sur sa chaise

Au-dessus des nuages 

Il jouait à son aise

On ne sut jamais son âge

 

Lina, 6ème

 

 

Chaque nuit de pleine lune

Il fait fuir les âmes prédatrices

Berce petits et grands de sa musique

Dieu sait à quoi il ressemble 

Mais tous l’aiment et le remercient

Au matin quand le soleil jette

Sa première bissectrice

Dans la nuit bleue on peut voir

Un oiseau marié à un bouquet de fleurs

La légende dit qu’ils flotteraient

Au-dessus de nos villages pour nous initier

 

Suzane, 5ème.

 

 

Quand il joue au clair de lune

Il ne voit plus le temps passer

Les fleurs rouges dansent dans le vent

Et les rares oiseaux encore debout

Viennent le saluer puis s’éloignent

Au loin dans la brume épaisse

Les lumières s’éteignent

Quant à moi je reste assise là

L’aimant en secret

Et mon cœur saigne

 

Alice, 5ème.

 

 

Je joue du violon

Je suis une fille en pantalon

Un rien m’habille

Les étoiles scintillent

Assez pour accrocher

Aux yeux des enfants

Des fleurs tous les printemps

 

Camille, 6ème.

 

 

Au clair de lune

Un oiseau vint se poser

Sur l’épaule d’un violoniste

Lui- dit-il quelque chose de triste

Pour que son tabouret se mette à flotter?

Puis vint se poser un oiseau bleu un peu artiste

Sur le pantalon du joueur de violon

Et le son du violon ne fut pas long à s’estomper

En même temps que la lune s’éclipsait

Vers l’aube tentatrice

 

Thomas, 6ème

 

 

 

 

Lettre de fin d’année à mes élèves

JACK LANG

Alors même que se tiennent les derniers conseils de classe ( que vous ne craignez plus et vous avez bien raison- ils ne sont plus là depuis longtemps pour décider de votre avenir, et tant mieux ,-tout au plus répondent-ils à un simulacre hautement psychologique entre gens hautement bien attentionnés) et que certains d’entre vous désertent déjà mes chaises aux pieds qui se dévissent pour votre plus grande joie, je vous adresse ma lettre de fin d’année….

Je dois vous avouer que cette année ( est-ce mon demi-siècle enfin atteint? Merci pour les mouchoirs que vous m’offrîtes (Non, K, ça ne se mange pas..) et dans lesquels j’ai pleuré de joie mon accession à cet âge canonique) j’ai été fortement marquée par la double injonction contradictoire dans laquelle vous êtes constamment maintenus ,à savoir:

-Appartenir à un groupe quel qu’il soit

-Exiger un traitement individuel au sein de ce même groupe

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous? Eh bien si…

Car si l’envie d’appartenir à un groupe est fort normal, peu nouveau et rassurant à votre âge, vous devenez si tendus vers ce seul désir qu’il mobilise chez beaucoup d’entre vous l’intégralité de votre énergie, n’en laissant aucune part pour l’apprentissage. Je vous avoue que c’est assez effrayant ce vide qui s’installe en vous dès que les regards se posent ailleurs…

Dîtes-vous bien que même s’il peut-être source de belles rencontres, le groupe classe est artificiel et que vous aurez l’occasion de découvrir qu’il en est de même pour tous les groupes ou presque, vous qui êtes friands des grandes ferveurs populaires dont vous ignorez tout.

Et pourtant à l’intérieur de ce groupe si revendiqué, chacun d’entre vous réclame son traitement individuel, parfois justifié, ne pensez pas que je mets là en question les besoins scolaires spécifiques de certains, mais chacun revendique et s’invente des droits en oubliant ses devoirs…

Alors, à K qui me proclame son idole et déclare que l’amour fugace se mange chaud avec des lardons, à L qui me demande des nouvelles de mes pieds de tomates tous les matins, à mes glousseuses de quatrième, à mes sixièmes qui apprennent Molière plus vite que leur ombre, à Kimi, et à tous les autres, je vous souhaite un bel été.

Apprenez à ne pas croire tout ce qu’on vous dit (hormis la parole de vos professeurs bien entendu!) et je réitère: non, tout ne se vaut pas!

Puisse cette douce sensation d’exister pleinement comme un être unique qui ne répond à aucune injonction de mode de cette société qui ne vous veut pas que du bien vous saisir bientôt…

« Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque.

À te regarder, ils s’habitueront »

René Char.

Votre professeur de français, (non, pas Âgecanonix, K..)

Madame Auzou.

Préparation des portes ouvertes du collège ce matin…

C’était préparation des portes ouvertes qui se tiendront demain au collège, ce matin…Quelques élèves ont accroché les panneaux Poésie de l’atelier ( j’ai supervisé tout en faisant cours en même temps…), et je disposerai demain matin sur une table des exemplaires du livret « N’arête pas ton Char« , ainsi que la nouvelle historique de mon élève Kimi…Peut-être aussi d’anciens livrets puisque une quarantaine ont été réalisés depuis que j’anime cet atelier (20 ans à la rentrée…)

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Quelques élèves viendront présenter leur travail aux parents et aux futurs élèves…

L’Atelier poésie du collège de Clères remporte le prix spécial Jury pour la huitième année consécutive….

 

L’Amopa a décerné cette année encore le prix spécial jury de la jeune poésie au livret « N’arrête pas ton Char » ….Bravo à mes élèves!

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Je félicite mes élèves…Remise du prix le Mercredi 22 mai à 15h. CRDP¨de Mont-Saint-Aignan »…

Destin d’une eau de Raymond Queneau/ Mise en voix par les 6èmes.

Merci à Clément et Jade…Des petites choses sont encore à améliorer mais ils sont sur la bonne voix…Un poème se DONNE et ne se récite pas!

Où cours-tu, ru?
où cours-tu, ru,
au fond des bois?
agile comme une ficelle
tu coules liquide étincelle
qui éclaire les fougères
minces souples et légères
abandonnant derrière toi
la mobile splendeur des bois
où cours-tu, ru?
où cours-tu, ru,
du fond des bois
tu te précipites à la mort
tu perdras tes eaux vivaces
dans un courant bien plus fort
que le tien qui se prélasse
au pied des fougères
minces souples et légères
ignorant sans doute tout ce qui t’attend
la rivière le fleuve et le dévorant océan

 

Atelier Poésie: Les cadavres exquis, la suite.

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Préparation de la banque de mots dans les chapeaux-melons …

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Les Élèves:

 

Un autocar rempli d’artistes a été bombardé d’ovules haineux.

Suzane.

 

Un nymphéa proposa une séance d’hypocrisie à son amie mais celle-ci, exorbitée préféra son vannage.

Domitille 

 

Je suis certaine que j’ai pris un tas d’ossements pour éteindre une chandelle.

Fanette 

 

Quand le génie du coffre m’a infligé la perte du nord ,j’étais faible.

Suzane 

 

Un corps déchiqueté a été retrouvé dans une flaque d’ordures à la plage 

Fanette 

 

L’hypocrisie en embuscade, cette désolante mascarade, éteint la lumière.

Héloïse 

 

J’ai mâchonné des ordures, exploré ma bouche ,et animé des potins.

Clémence 

 

Le malade courant vers le nord est enthousiaste à l’idée de sauter dans le cercueil.

Suzane.

 


 

 

Un ovule qui veut se pendre a convenu d’un rendez-vous avec une plinthe.

Suzane.

 

Se serait-il douté que lors de ce rencart, il prendrait du salpêtre en tant que drogue et se retrouverait saltimbanque?

Kimi.

 

Un gnome à l’opéra insulta le pompage du jusqu’au-boutisme et termina sa vie en filigrane.

Domitille.

 

Il faut exploser sous la nappe et crier pour prendre la parole.

Alice.

 

La reine aménage la remarque d’un homme d’une séance de grisou.

Emma

 

Un insecte à voix suave était pourchassé par un inconnu en apesanteur qui voulait le convertir en confiture.

Héloïse.

 

Il est primordial de bombarder les ossements d’éventails haineux.

Clémence.

 

La perte de mon eye-liner n’est pas un prétexte à l’hydrogène!

Suzane.

 

Un herbivore couvert de taffetas mangea un dernier ragoût avant la mort qui viendrait le cisailler pour hérésie.

Kimi.

 

Un génie fait un clin d’oeil à un doigt recouvert de sparadrap pour qu’il prenne le coffre.

Capucine.

 

Un corps rempli d’hypocrisie  qui cherche des salamalecs se déplace dans un champ d’hellébores.

Suzanne.