Joyeux Noel

Parce qu’il n’y a pas que le foot dans la vie, pour remercier aussi ceux qui me lisent quotidiennement et qui regardent dans la même direction que moi…Ces quelques mots d’Annie Ernaux, prononcés avant la remise de son prix Nobel ce 07 décembre à Stockholm.

. Dans le monde actuel, où la multiplicité des sources d’information, la rapidité du remplacement des images par d’autres, accoutument à une forme d’indifférence, se concentrer sur son art est une tentation. Mais, dans le même temps, il y a en Europe – masquée encore par la violence d’une guerre impérialiste menée par le dictateur à la tête de la Russie – la montée d’une idéologie de repli et de fermeture, qui se répand et gagne continument du terrain dans des pays jusqu’ici démocratiques. Fondée sur l’exclusion des étrangers et des immigrés, l’abandon des économiquement faibles, sur la surveillance du corps des femmes, elle m’impose, à moi, comme à tous ceux pour qui la valeur d’un être humain est la même, toujours et partout, un devoir d’extrême vigilance. 

Merci à vous.

L’envolée mandarine ( Francine Hamelin &Barbara Auzou) désormais à la Fnac et en commande dans vos librairies.

https://livre.fnac.com/a17483123/Barbara-Auzou-L-envolee-mandarine?Origin=fnac_google

RÉSUMÉ

« Dans « L’envolée mandarine », il est facile, grâce aux jalons que nous propose la sculptrice, de laisser son esprit quitter les contingences terrestres, de communier avec telle ou telle oeuvre, de lire les mots de Barbara Auzou auxquels elle a donné naissance ; une telle harmonie poétique, oserais-je dire, ne peut laisser de marbre ! Au contraire, elle nous rend léger et positif, plein d’élan créatif, et poussés dans un esprit de libération : « Toi tu distribues des sauf-conduits aux oiseaux… » Cette réelle connivence poétique ne doit pas nous étonner car « Il est des êtres qui naissent comme ça sur le bord du monde / ils savent voir ce que d’autres ne voient pas » Nul doute que les lecteurs sauront voir « le génie de la pierre » de Francine Hamelin ainsi que l’écriture poétique originale et toujours inspirée de Barbara Auzou. » Jeanne CHAMPEL GRENIER

Sur les Franges De L’essentiel / Suivi de Ecritures de Claude Luezior aux éditions Traversées.

Editions Traversées, Belgique, ISBN : 9782931077047, 128 p., 2022

 

Autant le dire j’ai une admiration vive pour le poète qui ne va pas sans une amitié profonde pour l’homme.

Voici un nouveau recueil de Claude Luezior qui nous laisse bien davantage que sur les seules franges de l’essentiel.

Certes le monde se perd et la parole se noie:

« On me rebat les oreilles avec les robots et l’intelligence artificielle.

À quand de vraies oreilles pour entendre les cris des affamés. Et pourquoi tous ces artifices quand il suffit d’écarquiller ses yeux pour voir le sang des bombes.

À quand l’intelligence des bombes ? »

Alors le poète interroge en lui-et pour nous-l ‘appel à témoigner depuis l’origine de toute parole:

 » Dénouer les transparences qui entrebâillent mon esprit nocturne, apprivoiser le rêve, échapper à ces fluorescences qui m’électrisent en ces siècles d’insomnie où le vide parsème ses ombres

Délivrer mon crâne de ce fardeau où courent les mots sans muselière

Du simple, tout simplement trouver la quiétude » ( p 95)

Laisser la beauté simple nous venir et

« buriner » la page, voilà bien ce à quoi le poète nous invite:

« Dans la complexité d’une fin de nuit renaît le miracle langagier de l’aube. Et chantent les mots d’une oraison nouvelle ».

La sensibilité extrême de Claude Luezior n’est jamais aussi visible que lorsqu’il nous invite à lier le geste du poète à celui du peintre:

 » Le poète peint ses fleurs dans les failles de l’aube. Mot à mot. De rouge uniquement.

On les appelle coquelicots. »

Un livre solaire et debout.

 

Barbara Auzou.

Un train pour Odessa de Jeanne Champel Grenier / Réédition

Je vous avais déjà présenté ce livre de Jeanne Champel Grenier https://lireditelle.wordpress.com/?s=Un+train+pour+Odessa le mois dernier…Il vient d’être réédité , enrichi d’une présentation de Claude Luezior.

La vente de ce roman sera entièrement reversée à SOS réfugiés d’Ukraine.

Si vous voulez acquérir cet ouvrage merci d’envoyer votre contribution de 9 euros à:

Un train pour Odessa

La voix de l’Enfant

Urgence Ukraine

BP301-75464 Paris cedex 10

CCP 15 301 75P Paris

Un train pour Odessa / Jeanne Champel Grenier

Un récit paru en 2015 et d’une brûlante actualité…A lire ou relire / Aquarelles de l’auteure accompagnant le récit….

Tendresse, délicatesse et justesse historique….

Extrait : (…) Hélas nos répertoires, comme tout ce qui circulait en Russie, étaient surveillés ; ils devaient obtenir l’autorisation des autorités civiles avant le début des représentations. C’est ainsi que le long poème poignant d’Anna Akhmatova, grande poétesse native d’Odessa, fut refusé. Elle y racontait l’emprisonnement de son fils et la terreur de toutes les mères. Nikholaï l’avait mis en musique de façon émouvante ; je me souviens de ces mots : « ces bagnes où s’enterre une mortelle peine… ».

C’était ça encore la Russie, 15 ans après la mort d’Anna Akhmatova; cela rendait Nikholaï furieux. Mais il ne fallait rien manifester et continuer à chanter pour la survie de la pensée, montrer qu’on était vivants, amoureux des arts et du peuple. « Mieux vaut un chien vivant qu’un lion mort », disais-je à Nikholaï et il me répondait par un hochement de tête négatif. Nikholaï prenait alors sa bandoura et nous nous entraînions à chanter le nouveau répertoire qu’il avait composé et qui s’intitulait : UKRAINE, mon amour.

Planète Solaire, un recueil de Jeanne Champel Grenier…A lire….

“Moi j’aime tant tout ce que j’aime! Si tu savais comme j’embellis tout ce que j’aime ! Et quel plaisir je me donne en aimant ! Si tu pouvais comprendre de quelle force et de quelle défaillance m’emplit ce que j’aime…C’est cela que je nomme le frôlement du bonheur ». Extrait des Vrilles de la vigne de Colette.

C’est à ces phrases de Colette que j’ai pensé en refermant Planète solaire, L’instant s’égoutte de Jeanne Champel Grenier.

Pour lire la recension, c’est ici, chez Couleurs Poésies 2, le très beau blog poétique de Jean Dornac…

http://www.couleurs-poesies-jdornac.com/2022/02/planete-solaire-de-jeanne-champel-grenier-recension-de-barbara-auzou.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Sido et le merle du jardin / Colette

Sido et le merle du jardin [Sido]

Je l’ai vue suspendre, dans un cerisier, un épouvantail à effrayer les merles, car l’Ouest, notre voisin, enrhumé et doux, secoué d’éternuements en série, ne manquait pas de déguiser ses cerisiers en vieux chemineaux et coiffait ses groseilliers de gibus poilus. Peu de jours après, je trouvais ma mère sous l’arbre, passionnément immobile, la tête à la rencontre du ciel d’où elle bannissait les religions humaines…
– Chut !… Regarde…
Un merle noir, oxydé de vert et de violet, piquait les cerises, buvait le jus, déchiquetait la chair rosée…
– Qu’il est beau !… chuchotait ma mère. Et tu vois comme il se sert de sa patte? Et tu vois les mouvements de sa tête et cette arrogance? Et ce tour de bec pour vider le noyau? Et remarque bien qu’il n’attrape que les plus mûres…
– Mais, maman, l’épouvantail…
– Chut !.. L’épouvantail ne le gêne pas…
– Mais, maman, les cerises !..
Ma mère ramena sur la terre ses yeux couleur de pluie:
– Les cerises ?.. Ah ! oui, les cerises…


[…] Le merle était parti, gavé, et l’épouvantail hochait au vent son gibus vide.

Un extrait de La Chatte / Colette

Il parlait à la chatte qui, l’œil vide et doré, atteint par l’odeur démesurée des héliotropes, entrouvrait la bouche, et manifestait la nauséeuse extase du fauve soumis aux parfums outranciers..

Elle goûta une herbe pour se remettre, écouta les voix, se frotta le museau aux dures brindilles des troènes taillés. Mais elle ne se livra à aucune exubérance, nulle gaîté irresponsable, et elle marchait noblement sous le petit nimbe d’argent qui l’enserrait de toutes parts.

La fleur / Colette / Extrait de Autres bêtes

extrait

La fleur

« Oh ! la jolie fleur dans la vitrine !
– Oui. C’est un petit pavot blanc.
– Je vous parle pas des petits pavots, je vous montre la fleur d’en bas, tachetée de clair et de sombre, veloutée, avec deux gouttes de rosée qui brillent, et de grandes étamines blanches pointues… Tiens, je me trompais : ce n’est pas une fleur, c’est un chat.
– Non, non, vous aviez raison, poète: c’est une fleur. »

Colette,
extrait de Autres bêtes, Chats de Paris