L’homme sans ombre, Joyce Carol Oates.

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Une jeune scientifique fait d’un amnésique son objet d’étude. De manière pénétrante, l’auteure examine le lien qui les unit. Palpitant et profond.

Peut-on vivre « prisonnier d’un présent perpétuel […] comme un homme tournant en rond dans des bois cré­pusculaires : un homme sans ombre » ? Que sont le quotidien, les pensées, le rapport au monde et aux autres d’« un homme au bord de la noyade qui espère être sauvé par quelqu’un, n’importe qui, sans avoir aucune idée de la nature de ce sauvetage ni de ce dont il doit être ­sauvé » ? A la manière d’un scientifique s’apprêtant à mener une expérience — d’une portée plutôt anxiogène… —, c’est dans cette situation que Joyce Carol Oates choisit de placer Elihu Hoopes, personnage central de ce roman.

On fait sa connaissance aux premières pages du livre, en 1965, alors qu’à la suite d’une encéphalite ayant endommagé une partie de son cerveau, ce trentenaire en pleine santé se retrouve atteint d’une forme particulière d’amnésie : s’il a conservé intacts les souvenirs des quelque trente-sept années de sa vie d’avant l’épisode fiévreux fatal, il est désormais incapable de se rappeler de nouvelles informations, celles-ci s’effaçant au bout de soixante-dix secondes. Les carnets qu’il noircit de notes, afin de tenter de retenir cette vie qui se dissout instantanément dès qu’elle a été vécue, ne sont qu’un illusoire secours. « Pour cet homme au cerveau lésé, une grande partie de la vie ordinaire doit être chargée de mystère : où est-il ? Dans quel genre d’endroit ? Qui sont les gens qui l’entourent ? Au-delà de ces perplexités, le mystère plus immense encore de son existence même, de sa survie après une sorte de mort, trop profond pour qu’il s’y appesantisse. Avec une mémoire à court terme très limitée, l’amnésique ressemble à quelqu’un qui approcherait son visage d’un miroir jusqu’à le toucher : il ne peut pas ‘‘se voir’’ », songe Margot Sharpe, l’autre protagoniste majeur de L’Homme sans ombre, une ambitieuse jeune scientifique travaillant au laboratoire de Philadelphie chargé d’étudier le cas Elihu Hoopes, le « projet E.H. ».

Racontée par Oates au présent — comme s’il s’agissait ainsi de partager un peu du sort de l’homme sans mémoire, de mieux en éprouver le ­désarroi (l’effroi ? l’affolement ? le vertige ?) —, l’histoire d’Elihu Hoopes et de Margot Sharpe court sur trois décennies et embrasse d’excitante et nouvelle ­façon nombre de thèmes et de motifs familiers à la romancière. L’un des fils majeurs qu’elle déroule est la relation torve qui se noue entre Margot et son sujet d’étude : du côté de l’homme, une perpétuelle nou­velle rencontre ; du côté de la jeune femme, un mélange opaque, instable et délétère de curiosité et d’ambition scientifiques, de compassion, de sentiment amoureux et de désir inavoué de manipu­lation et de possession. Au-delà des interro­gations métaphysi­ques (sur l’identité, le temps, l’avenir, le destin…) qui irriguent ce roman sub­tilement palpitant, on retrouve, dans l’examen de ce lien entre les deux personnages, toute l’acuité psychologique d’Oates, cette éminente et inquiétante pénétration qui est sa force et son talent singulier lorsqu’elle entreprend de scruter l’humain, sa noirceur, ses pulsions, ses désordres.

Un article de Nathalie Crom pour Télérama.

Mikhaïl Kouzmine, l’Oscar Wilde de Saint-Pétersbourg.


KouzmineEn vendant ses journaux intimes au Musée Littéraire d’Etat de Moscou, trois ans avant son décès, le compositeur, poète et traducteur de livrets d’opéras Mikhaïl Kouzmine (1872-1936) ne se doutait certes pas qu’il envoyait bel et bien à la mort ses amis, comme cependant il l’avait craint, bien des années auparavant, dans une anticipation qui tentait le diable. Ses révélations politiques et sexuelles, écrites sans aucune mauvaise intention, mais avec une totale liberté, n’étaient pas du goût de l’ignoble épurateur stalinien Lavrenti Beria qui cependant les attendait. C’était plus qu’il ne lui en fallait pour l’autoriser à faire fusiller écrivains, poètes, artistes sous le prétexte qu’ils « complotaient ». Et d’envoyer quelques autres au goulag.

La magnifique et bouleversante biographie de ce rebelle libertaire qu’était l’auteur des Ailes et des Chants d’Alexandrie, trace le portrait d’une sorte d’Oscar Wilde de Saint-Pétersbourg, ainsi que les historiens de la littérature russe devaient le surnommer. Ce contemporain de Proust et de Gide s’était cru assez fort pour exprimer sans voile son esthétisme, qui dépassait les limites d’un aveu de ses attirances sexuelles. C’était un cas assez rare pour sa génération, car il était totalement dépourvu de culpabilité et parvenait à mener une vie sans masques, contrairement à son compatriote Tchaïkovski, contraint par ses angoisses à se marier contre sa nature et ses orientations.

Les Ailes, traduit pour la première fois en français il y a seulement une vingtaine d’années par Bernard Kreise (Editions Ombres), permettait de mesurer l’envergure de ce grand écrivain qui, à vrai dire, fait plutôt penser à D.H. Lawrence (en particulier à La verge d’Aaron) ou à E.M. Forster (à Maurice ou Chambre avec vue). Amoureux de la musique, de la peinture, de l’Italie, il tentait de se représenter une humanité idéale, affranchie de tout code social et vivant jusqu’au bout son amour de la beauté. Pas plus que Walt Whitman, il ne définissait l’amour entre hommes selon des codes psychologiques, comme une déviance, naturelle ou volontaire, mais plutôt comme « une camaraderie d’amour ». Et ce n’était donc pas un défenseur de la marginalité. Bien au contraire, il aspirait à convaincre ses lecteurs, hommes et femmes, de se délivrer du carcan des principes religieux et familiaux, pour donner à l’amour une place sereine et lui faire échapper aux contradictions et aux conflits de l’âme et du corps, des choix individuels et des comportements liés à la norme.

Les Ailes a paru en 1906. Kouzmine avait alors trente-quatre ans. C’était un compositeur déjà renommé. Et c’est d’ailleurs la musique qui lui permettra de survivre, grâce aux adaptations de livrets étrangers (les opéras de Wagner, de Mozart, de Richard Strauss, de Berlioz, de Verdi, de Berg même puisqu’il est l’auteur de la version russe chantée de Wozzeck) et à ses musiques de scène pour les différents théâtres (pour certains très officiels) avec lesquels il collaborait. Critique de théâtre respecté, il participa très activement au renouveau de la scène russe, auprès d’écrivains, d’acteurs et de metteurs en scène, et lui-même fut l’auteur de plusieurs pièces qui obtinrent pour certaines un grand retentissement.

Son œuvre littéraire ne passa pas inaperçue et il parvint à se maintenir toujours présent dans le monde intellectuel russe, auprès de la plupart des grands écrivains, d’Essenine à Tsvetaieva, en passant par Akhmatova ou Pasternak, Blok, Bielyï, Zamiatine, Sologoub, Chklovski, Maïakovski et Mandelstam et d’autres artistes comme Diaghilev et Meyerhold. Etant donné la finesse, l’acuité de ses jugements littéraires, l’étendue exceptionnelle de sa créativité, le courage de ses positions, sa curiosité insatiable qui traquait tous les talents novateurs, les remarquait, les soutenait, il bénéficiait de la part de ses amis (du moins tant que cela ne les mettait pas eux-mêmes en danger) d’une grande admiration pour son intelligence, son invention poétique et ses analyses sociales, psychologiques, religieuses ou stylistiques et d’une tolérance ou d’une indifférence à l’égard de sa vie privée tumultueuse, mais aussi, de la part des autorités (jusqu’à l’arrivée de Beria), d’une certaine indulgence.

Il pouvait s’exprimer librement, et les censures qui parfois touchaient les revues qui le publiaient, ou entraînaient les soudains reculs de ses éditeurs, n’avaient pas d’effet définitif. Il menait une vie très libre, quoique pas très heureuse, tombant amoureux de ses camarades, puis d’hommes de plus en plus jeunes à mesure que lui-même vieillissait. Ses partenaires, ne manifestant pas la même liberté, étaient souvent bisexuels et finissaient par renoncer à toute intimité érotique avec lui, mais non à son amitié. Son dernier et plus durable compagnon, un acteur devenu peintre, Iouri Iourkoun (de vingt-trois ans son cadet), rencontré en 1913, sans cesser de vivre avec lui, s’éprendra d’une célèbre actrice, Olga Nikolaievna Gildebrandt, dite Arbenina, qui acceptera le ménage à trois. C’est lui, Iourkoun, héritier de Kouzmine, qui paiera le premier les indiscrétions contenues dans les journaux, passées aux mains du NKVD (le Commissariat du Peuple aux Affaires intérieures), après avoir été longtemps convoitées par la Guépéou, qui tout en perquisitionnant et harcelant le couple d’hommes n’avait jamais mis leur vie en danger.

Ce journal, abondamment cité, est bien entendu, avec sa correspondance privée, la source première de cette biographie, et c’est probablement l’œuvre la plus importante de Kouzmine qui développe sans fard sa critique du monde soviétique, mais comme il l’aurait fait de n’importe quelle société étouffante et hypocrite qui limitait la liberté d’expression.

Les Ailes avait donc dès 1906, avant la révolution de 1917, la même animosité contre toute intrusion du jugement collectif et moraliste dans la vie individuelle. Ce roman d’initiation sexuelle d’un adolescent raffiné et sensible, confident de jeunes adultes frustrés, et traumatisé par le suicide d’une jeune fille amoureuse d’un jeune homosexuel dont il est lui-même amoureux, part en guerre contre toutes les étroitesses d’esprit et défend l’idée d’un possible dépassement de l’être humain par l’idéal artistique. Le mariage y est conspué, mais comme creuset d’inhibitions, de mensonges, d’arrangements. « Les hommes marchent comme des aveugles, comme des cadavres, alors qu’ils pourraient créer une vie absolument incandescente où toute jouissance serait à ce point exquise qu’on aurait l’impression de venir de naître, de se trouver sur le point de mourir… », écrit-il dans ce roman. Et suit l’idée platonicienne (et winckelmannienne) d’un surpassement de l’attirance charnelle pour les femmes (jugé « vulgaire », parce que trop pulsionnel, comme dans le Banquet) dans l’aspiration à la beauté grecque, statuaire, presque désincarnée. Et l’on ne s’étonne pas non plus qu’il fût un admirateur du poète August von Platen.

Les Ailes est un roman d’idées, un peu comme l’est son exact contemporain japonais Oreiller d’herbes de Natsumé Sôseki dans un autre contexte culturel (encore que Sôseki qui avait vécu en Ecosse et en Angleterre ait eu une connaissance très précise de l’esthétisme occidental) : il s’agit d’y définir la vie comme création poétique.

La présence d’un adolescent fragile et passionné, interlocuteur précoce de jeunes femmes qui comme lui tentent de s’abandonner sans retenue à l’amour et de combattre l’idée de péché et qui trouvent en lui un auditeur particulièrement réactif, au point de finir par le préférer à leurs amants, non sans violence, rend plus vibrant ce récit intellectuel. « N’est-ce pas le Seigneur qui a créé tout cela — l’eau, les arbres, le corps ? Le péché, c’est de s’opposer à la volonté du Seigneur, quand, par exemple, on est prédestiné à quelque chose, quand on ressent une aspiration vers quelque chose : ne pas le permettre, voilà où est le péché ! »

La fin heureuse de l’histoire (le jeune Vania s’unit enfin à son bien-aimé, après une longue initiation esthétique en Italie par son professeur de grec et par un chanoine, personnages que Kouzmine a empruntés à sa propre vie) ne fut pas la moindre cause du scandale que provoqua sa publication… Les biographes résument ainsi l’homosexualité de Kouzmine : « Kouzmine avait eu des liaisons et aventures sexuelles avec des “icônes” mâles de l’époque (gardes, garçons de bains, cochers, ouvriers ), mais il n’avait jamais fantasmé ou défini la virilité selon l’activité ou la classe sociale. Il n’avait pas davantage tenu ses amants, quelles que fussent leurs origines, à l’écart de son propre milieu intellectuel et culturel. Son attirance pour des jeunes gens comportait toujours une part esthétique et artistique. »

Est-ce aux hésitations constantes que Kouzmine eut quant à son mode d’expression (musique, poésie, récit, essais théoriques, traductions) qu’il dût d’avoir été sous-estimé et parfois aigrement critiqué ? Ce sont plutôt, selon les biographes, les persécutions staliniennes qui ont étouffé son œuvre après sa mort. Miraculeusement, il échappa lui-même à l’exécution pure et simple, contrairement à ses amis et à son amant. Mais sans doute, le fait qu’il se soit beaucoup dévoué à l’œuvre des autres (il a traduit, outre les livrets d’opéra, les œuvres de Barbey d’Aurevilly et d’Henri de Régnier) l’a-t-il découragé d’approfondir sa propre personnalité d’écrivain, dans un climat par ailleurs constamment polémique et contraire à ses audaces.

Bien sûr, Kouzmine était un lecteur de Shakespeare et de Michel-Ange (il traduisit certains sonnets à Cavalieri) dont il partageait idéaux et sexualité. Et c’est sous leur enseigne que se réunissaient les esthètes homosexuels autour de lui, dans des clubs et des cabarets qu’il inspirait et même fondait. Ses recueils étaient plus ou moins discrètement les reflets de sa vie amoureuse : la liste des modèles et des dédicataires est celle de ses amants, qu’il ne cachait pas et que le tout Saint-Pétersbourg reconnaissait. Mais il s’agissait de muses masculines élevées au niveau de guide spirituel. Tout cela animait les revues auxquelles il collaborait et qui publiaient les premières versions de ces poèmes lus comme des fragments de journaux intimes où se mêlaient confidences et prises de position esthétiques, sur le modèle du symbolisme français. Lacs d’automne, Filets, Pigeons d’argile, La truite rompt la glace : les recueils sont les miroirs de sa vie sentimentale qui a pour protagonistes Kniazev, Ionine, Miller. Mais si tous eurent de l’importance et causèrent divers mélodrames personnels, aucun ne joua le rôle décisif de Iossif Yurkunas, devenu Ossip Iourkoun, dit Iouri.

Si son journal est un atelier de réflexion amoureuse et créatrice, Kouzmine y déverse aussi toute la haine que lui inspire « la pourriture bolchévique ». Mais il accepte cependant des responsabilités dans les revues et les théâtres qui limitent son indépendance sans pour autant le faire taire. Le mysticisme de l’écrivain, sa tendance à lire l’histoire comme un théâtre où apparaissent et se succèdent des figures légendaires, dont la vie réelle n’est qu’un reflet, lui accordent une apparente invulnérabilité. Le mariage de Iourkoun le fit souffrir, mais ne modifia finalement pas son existence, le jeune peintre ne s’éloignant pas de son mentor et lui restant, à sa manière, fidèle. Kouzmine se sentait autorisé à d’autres amours parmi lesquelles se détachait Lev Rakov, étudiant de dix-neuf ans (Kouzmine en avait cinquante-et-un), auquel, retrouvant un ton plus clair et plus direct que dans ses œuvres précédentes, il dédia successivement deux recueils, Le nouveau Hull et Les vagabondages de Hull.

Malgré la suspicion constante dont il faisait l’objet et les critiques qui dénonçaient son décadentisme bourgeois, Kouzmine conservait un statut que permettait sa considérable force de travail, notamment dans les traductions et au théâtre. Bien qu’il perçût la novation qu’apportaient les œuvres de Proust, de Joyce et de Freud, il n’évalua pas entièrement la révolution qu’elles mettaient en route sur le plan, cette fois-ci, de la psychologie et de la littérature. Même si, dès 1918, où Iourkoun fut arrêté (et libéré quelques mois plus tard grâce à l’intervention de Maxime Gorki), la vie de Kouzmine ne fut jamais tranquille, il poursuivit son œuvre de dissident modéré. Son amitié pour le sexologue allemand qui tentait de faire partout décriminaliser la sodomie masculine, redoubla les surveillances de la Guépéou, mais n’ostracisa jamais complètement le poète qui avait acquis dans le monde culturel une position trop forte, incontournable.

Comme le soulignent les biographes, même s’il notait dans son journal deux ans avant de mourir « Je ne suis nulle part à ma place », il faisait partie de l’Union des écrivains, et était parvenu à vendre ses archives. Ce fut son erreur, car la police, à son insu, le passa au tamis. Et pourtant, dès la fin des années 1920, il y avait noté : « Si mon journal est saisi et lu, il y aura alors beaucoup d’entre nous qui seront fusillés. » Il mourut le 1er mars 1936, d’une pneumonie. Et le 20 septembre 1938, ses amis les plus intimes, dont Iourkoun, furent exécutés au terme d’un procès sommaire. La mère de Iourkoun succomba à la nouvelle. Sa compagne, Arbenina, tenta de conserver les archives (les peintures de son mari et les manuscrits du poète) qui avaient échappé à la police, mais la plus grande partie disparut dans le siège de Léningrad. Elle-même, après s’être réfugiée dans l’Oural, ne revint à Léningrad qu’en 1948 et mourut en 1980, malheureusement avant que Gorbatchev n’accède au pouvoir et que l’œuvre de Kouzmine ne soit reconsidérée et réhabilitée.

L’épitaphe qu’il rédigea lui-même, alors qu’il n’était que trentenaire, reprenait l’esprit de Stendhal qui avait écrit au même âge pour lui-même en italien « Henri Beyle, Milanais, vécut, écrivit, aima. Cette âme adorait Cimarosa, Mozart et Shakespeare ». Kouzmine proposa : « Mikhaïl Alexeievitch Kouzmine vécut trente ans, but, regarda, aima et sourit. »Cette même année, il avait répondu à un questionnaire d’un de ses amants, Vladimir Rouslov, que lui avait présenté Diaghilev, pour lui dire, à la manière des Notes de chevet de la poétesse japonaise du XIe siècle Sei Shônagon, les choses qu’il aimait et celles qu’il n’aimait pas. Il aurait pu également citer parmi ses préférences Mozart et Shakespeare, mais aurait ajouté bien des poètes et des compositeurs. Et reprenant les réponses de cette très belle lettre, on aurait pu ajouter sur la tombe: « Il aimait la pierre de lune, les roses, le mimosa, les narcisses et les giroflées. Mais il n’aimait pas le muguet, les violettes et le myosotis. Il n’aimait pas la verdure sans fleurs. Il aimait dormir nu sous une fourrure. »

Un article de  René de Ceccatty pour Les Lettres françaises.

Mikhaïl Kouzmine, Vivre en artiste (1872-1936)
de John E. Malmstad et Nicolas Bogomolov
Traduit de l’anglais par Yvan Quintin, avec la coll. de Pierre Lacroix

Les Dimanches de Jean Dézert de Jean de La Ville de Mirmont. (paru en 1914)

« J’ai imaginé un petit roman qui m’amuserait beaucoup », écrivait Jean de la Ville de Mirmont dans une lettre à sa mère, en 1911. « Ce sera désolant sous un aspect ridicule. Mon personnage est définitivement employé de ministère. Il habite mon ancienne chambre de la rue du Bac, sous l’obsession d’un plafond trop bas. Il s’ennuie mortellement par faute d’imagination, mais est résigné à sa médiocrité. Pour essayer de se distraire, il emploie tout un dimanche à suivre les conseils de plusieurs prospectus qu’on lui a donnés dans la rue. (…) Je n’ai même pas la peine d’inventer ».

Ce personnage, ce sera Jean Dézert, auquel l’auteur prête son prénom, son âge, son emploi et son logement. Quant au caractère, c’est une autre histoire : « Ses yeux ne quittent pas la terre, ses regards ne s’élèvent pas au-dessus de ce monde, où, si certains sont acteurs et d’autres spectateurs, lui n’est que figurant »… Dans sa lettre, Jean de la Ville ajoutait : « Je mettrai là, si je peux, toute l’horreur des foules dominicales, toute la médiocrité d’existence des petits employés qui font du patin à roulettes et assistent aux concours de bicyclettes au bois de Vincennes. Ce ne sera pas du tout un roman naturaliste, mais une sorte de fantaisie à double sens sur ces gens dont Cervantès disait qu’ils servent à augmenter le nombre des personnes qui vivent ».

Son petit roman, à peine plus qu’une grosse nouvelle, parut en 1914 sous le titre Les Dimanches de Jean Dézert, et, bien qu’il n’eût aucun écho, demeure encore aujourd’hui le titre le plus sûr de son auteur à la postérité. Jean de la Ville de Mirmont ne laissa plus rien qu’un recueil de poèmes, l’Horizon chimérique, un bref ensemble de contes, et quelques lettres adressées à sa mère ou à François Mauriac, son ami de jeunesse et compatriote bordelais. Les dernières furent envoyées depuis le front de l’Aisne, où le sergent de la Ville de Mirmont trouva la mort, en novembre 1914, sur le Chemin des Dames.

Jean de la Ville (le nom sous lequel il fit paraître son roman) connut un regain de notoriété, longtemps après sa disparition, lorsque Michel Suffran recueillit ses Oeuvres complètes en un volume, chez Champ Vallon (1992). Il est néanmoins douteux que cette « fantaisie à double sens », si faussement candide et si réellement cruelle, puisse être comprise aujourd’hui pour ce qu’elle est. Il faut bien admettre que les progrès de la langue, en un siècle, n’ont attendu personne.

J’ai donc entrepris de traduire en bonne Novlangue cet auteur qui m’est cher mais dont le style est devenu, au fil des années, un peu trop old school, un peu trop has been. Heureusement je ne suis pas le seul à travailler à l’élaboration d’un nouveau lexique. De nombreux journalistes, que l’on trouve plutôt qu’ailleurs dans les publications « culturelles », mènent la marche à un rythme soutenu. Ainsi, toutes les nouveautés syntaxiques réunies dans le texte qui suit, ont été trouvées dans un assez petit nombre de pages d’un seul numéro du magazine A nous Paris.

Voici le résumé que donnait Mirmont de la journée de son héros :

« Le matin, il prend un bain chaud, avec massage par les aveugles, rue Monge. Puis il se fait couper les cheveux dans un « lavatory rationnel » de la rue Montmartre. Puis il déjeune rue de Vaugirard dans un restaurant végétarien anti-alcoolique. Puis il consulte un somnambule. Puis il va au cinématographe. Il dîne enfin au champagne à 2 francs 75 aux environs de la barrière du Trône et finit sa soirée en écoutant une conférence gratuite avec auditions musicales chez un pharmacien près de la Gare du Nord. »

 Voici maintenant le pitch de la version actualisée. Pour bien faire, il faut imaginer que l’avatar moderne de notre héros n’est plus employé de Ministère (no way !), mais travaille, par exemple, dans la communication. Disons qu’il est community manager. De même, il ne loge plus rue du Bac ; probablement quelque part entre le XIXe arrondissement, Montreuil, et Saint-Denis.

« Le matin, il veut perfectionner son home office. Dans la pop-up store d’un papetier japonais, au milieu des illustrations de street art en giclee print, il déniche un masking tape aux motifs kawaï. Puis, à un food truck, parmi les serial shoppeuses occupées à leur cooking class, il avale un burger exotique poulet-gingembre, best-seller de la street-food, et un bubble-tea pour se détoxer. Au coeur du quartier Pigalle, un peu plus trendy, il poursuit son hippie trip dans un tiki bar à la déco sunshinesque sur fond sonore entre surf-rock rétro et exotica. Enfin, il se rend à la presale party du boss d’un label de ghetto breakbeat, d’où il ramène un vinyle collector et un pass pour un DJ set éclectique avec des guests surprise. »

Dans 1984, Orwell voyait la Novlangue supplanter l’ancien idiome vers 2050. Il parlait de l’anglais. Le français, comparativement, avait peut-être pris un peu de retard. Par des efforts de ce genre, nous devrions parvenir à le combler.

Un article de Sébastien Bance pour Les Lettres françaises.

Ton ventre est l’océan. Poésie. Anne Bihan.

Auteur : Anne Bihan

Parution : le 17 novembre 2011

Le mot de l’éditeur : Il court dans le monde plusieurs Anne Bihan à la fois. La première est née en Bretagne, une enfance de grand vent vécue entre l’estuaire de la Loire et les îles du Morbihan. La seconde atteint les rivages de la Nouvelle-Calédonie en 1989 et s’y enracine. Mais c’est ensemble, l’une à l’autre liées, avec un sens aigu de la traversée, qu’elles suivent en poésie les hautes routes de la mer. Ici, des îles qui n’en finissent pas d’ouvrir leurs impasses à d’autres horizons ; ailleurs, la « sauvage irruption de soi » sous le soleil noir du monde kanak. Et d’un hémisphère à l’autre, de l’Atlantique au Pacifique, de pays à pays, cette parole de poète que je suis heureux de faire entendre. Avec Anne, la poésie va son chemin comme une pirogue à balancier.

Extraits :

« L’île n’en finit pas
d’ouvrir ses impasses à d’autres horizons
où de longs doigts de lierre écartèlent les murs
de son corps ponctué de sel et de brisants
tu guettes des nuées
la partance têtue. »

 

« goûte

ce mulon blanc

les yeux

points noirs

des civelles

ne regrette rien

ton ventre est l’océan. »

 

« et par-delà les fissures et les gouffres

choisir

l’effacement sans fin de toutes choses. »

 

 

Collection « Soleil Noir » Editions Bruno Doucey.

 

Anne-Bihan©Philippe-Barnoud_webAnne Bihan passe son enfance en Bretagne, où elle est née, laissant les îles que sont Arz, Hoëdic, Houat nourrir son imaginaire et la sensibiliser aux questions que pose l’insularité. À la fin des années 1980, elle s’installe pour de longues années en Nouvelle-Calédonie, territoire auquel elle reste aujourd’hui encore profondément attachée. Poète, dramaturge, essayiste, elle publie dans diverses revues, fait paraître un récit, Miroirs d’îles, et plusieurs pièces de théâtre. Trois de ses poèmes ont été publiés aux éditions Bruno Doucey dans l’anthologie Outremer – Trois océans en poésie. Elle a publié aux Éditions Bruno Doucey, en 2011Ton ventre est l’océan.

« Rien à cette magie » de Suzanne Doppelt. Poésie.

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Entre 1733 et 1734, Chardin peint trois fois Les Bulles de savon, trois versions très proches d’une même scène : un jeune homme s’amuse à faire des bulles sous l’œil curieux d’un enfant à moitié dans l’ombre. Proust prétendait qu’on ne peut faire d’aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon, ou dans une bulle de savon, a-t-on envie d’ajouter avec Suzanne Doppelt.

À partir de ce célèbre tableau de Chardin, elle invente un livre conçu comme un petit théâtre d’ombres et de marionnettes, un étonnant dispositif poétique et photographique pour tenter d’accompagner la construction de ce tableau. Le livre revisite ainsi de façon très originale le thème de la vanité.
Il ne s’agit pas simplement d’histoire de l’art, même si les descriptions tendent parfois vers une certaine forme d’objectivité, ni même de philosophie. Le texte poétique joue à tourner autour de ce tableau, au plus près de cette séquence mélancolique où l’on voit une petite sphère sur le point d’exploser. Comme pour rechercher une solution aérienne qui préserverait fugitivement la lumière de l’enfance, la bulle doit être soufflée à nouveau, indéfiniment, et le texte, à la façon d’une ritournelle, revient à cette figure spectrale – une manière de rythmer le temps, sujet central de cette image.

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Collection Poésie, P.O.L
Parution : 08-11-2018

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Après des études de philosophie et quelques années d’enseignement. Suzanne Doppelt se tourne vers la photographie, un travail toujours étroitement associé à la littérature.
Elle dirige la collection Le rayon des curiosités chez Bayard
Membre du comité de rédaction de la revue Vacarme.

1998-2013 : Ateliers d’écriture dans des lycées, bibliothèques, écoles d’art, au musée du Louvre et à la Ménagerie du Jardin des plantes.
Septembre 2015-juin 2016 : Résidence Île-de-France à la Maison Victor Hugo, Paris.

La guerre des autres. Rumeurs sur Beyrouth. Bd.

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L’histoire :

Beyrouth, en 1974. La famille Naggar a fui les territoires palestiniens conquis par l’armée d’occupation israélienne après les guerres de 1948 et de 1967. Ils sont de souche égyptienne et sont imprégnés de la culture occidentale. Le père est un coureur de jupons. Un épicurien qui fait le bonheur de ses amis en passant sous le manteau des numéros de l’Écho des savanes, qui ne sont que quelques pépites parmi les trésors que réserve sa librairie. La mère est baba-cool mais elle tient la baraque et surtout les comptes, qui ne sont pas au beau fixe. Un peu lassée du comportement de son mari, elle est tombée amoureuse de son meilleur ami qui, malheureusement pour elle, s’avère être gay. Ils ont trois enfants qui, eux aussi, sont plein de vie et aiment les arts, en particulier le cinéma. Tous vivent paisiblement et se tiennent à l’écart des tensions religieuses et politiques qui commencent à miner le pays. Mais le propre de cette famille est d’être portée par l’espoir et de refuser la fatalité. Pourtant, le cours des événements s’accélère. Le Liban est déjà très divisé par les conflits idéologiques qui séparent les communautés chiite, sunnite, druzes et maronite. Il sert désormais de territoire refuge aux palestiniens qui ont fui la Syrie. En quelques mois, 400 000 réfugiés affluent. Parmi eux, des Palestiniens résolus à ne pas se laisser faire par l’État d’Israël, qui ne reconnaît même pas leur existence…

Bernard Boulad (Scénario)
Paul Bona (Storyboard)
Gaël Henry (Dessin)

Paru le 05 sept 2018.

Deux extraits de « Les jardins Statuaires » de Jacques Abeille.

Frédéric Martin, directeur des éditions Le Tripode, a entrepris depuis 2010 d’éditer l’intégralité de l’œuvre de Jacques Abeille, « Le cycle des contrées ».

Il est interrogé en 2016  par La Croix:

Pourquoi éditer toute l’œuvre de Jacques Abeille ?

Frédéric Martin : Quand j’ai découvert Les Jardins statuaires, j’ai cru vivre une hallucination tant ce livre est parfait. Il a connu un enchaînement invraisemblable de malchances qui l’ont laissé dans l’ombre avant que nous le rééditions en 2010. Il reste désormais deux volumes à paraître pour que l’ensemble du Cycle des contrées soit terminé.

La rencontre avec le dessinateur François Schuiten, qui illustre toutes les couvertures, a aidé à sa redécouverte. L’univers littéraire de Jacques Abeille, influencé par Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq et Sur les falaises de marbred’Ernst Jünger s’est alors uni avec celui très graphique, voire punk, de Schuiten, attirant de nouveaux lecteurs.

Pouvez-vous décrire son monde ?

F. M. : Autour de ce monde des jardins statuaires, qu’on appelle « les contrées », où les jardiniers cultivent des graines/cailloux, gravite un univers plus large qui rapproche Abeille de Tolkien. Il a développé des histoires poupées russes : des populations distinctes et leurs coutumes, un empire avec des visées hégémoniques et sa capitale Terrèbre (l’envers de Bordeaux), un peuple de barbares unifiés et armés au Nord par un jardinier renégat qui essaie d’envahir le pays des jardins par vengeance, des Amazones, un chaman qui crée des statues protectrices en fer, une ancienne civilisation dont demeurent les vestiges à l’est…

Cette lecture n’est-elle pas déroutante ?

F. M. : Jacques Abeille est un écrivain du rêve. Il laisse surgir sans arrêt, et son œuvre est une attention à la magie, à l’incongru. L’anecdote de la création des Jardins statuaires le montre : il se promenait dans le sud-ouest de la France, où voir des éleveurs de canards cultiver d’immenses courges pour les nourrir lui a inspiré un conte voltairien : à la place des courges, l’homme ferait pousser des graines de pierre destinées à devenir des statues, une force qui sort du sol et que l’homme vient tenter d’apprivoiser, comme une métaphore de la création.

Il me fait penser aux Disciples à Saïs de Novalis, qui parle de contempler les coquilles d’œufs pour comprendre le destin de l’homme. Abeille invite à regarder autrement la nature et le monde. Son écriture est absolument spontanée, et baroque, foisonnante, rappelant le surréalisme d’où il vient.

Qui est Jacques Abeille ?

F. M. : Comprendre d’où vient cet ex-professeur de philo puis d’arts plastiques est une clé fondamentale de son œuvre. Il est né en 1942 d’un couple adultère : son père, préfet résistant, fusillé par les milices en 1944, l’avait reconnu grâce à de faux papiers.

À sa mort, la mère ne pouvant récupérer l’enfant, le jumeau monozygote de son père, lui aussi préfet, va le reconnaître à son tour avec de faux papiers, cet inconnu faisant de lui son fils. Cette histoire explique pourquoi la question de l’auteur et de l’identité est tragique dans son œuvre, où aucun de ses narrateurs n’a de nom.

Il est bouleversant de constater que Jacques a créé une œuvre gigantesque à partir d’empêchements. Il aurait voulu être peintre, il s’est découvert daltonien ; il aurait voulu être ethnologue, mais a compris que le temps de l’ethnologie était fini après Leiris. Il a donc créé le monde qu’il pouvait arpenter lui-même : il fonctionne par images – ses descriptions sont des tableaux –, et invente des voyages intérieurs et des histoires de filiations.

Commémorations 14-18 ou relire Apollinaire.

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Coffret contenant le fac-similé d’Alcools aquarellé par Louis Marcoussis, 40 gravures et une étude par Jean-Marc Chatelain

Illustrations de Louis Marcoussis

Coédition Gallimard / Bibliothèque nationale de France

 

Livres d’Art, Gallimard
Parution : 25-10-2018
208 pages + 48 p. hors texte, illustrées, sous couverture illustrée.
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220px-Louis_Marcoussis,_1930s,_photograph_by_Aram_AlbanLouis Marcoussis:
Louis Marcoussis, de son vrai nom Ludwig Casimir Ladislas Markus – jusqu’en 1912 -, est né à Varsovie (Pologne) en 1878. Il abandonne (en 1901) ses études de droit à Varsovie, pour commencer des études de peinture à l’Académie des Beaux-arts de Cracovie. Il a 25 ans, lorsqu’en 1903, il vient à Paris. Il continue ses études d’art à l’Académie Julian dans l’atelier de Jules Lefebvre.
L’artiste exposera pour la première fois au Salon d’Automne de 1905. Il gagne sa vie en faisant des caricatures pour des journaux satiriques (« La Vie parisienne », « L’Assiette au beurre »). L’année 1907 est une année de crise de création : l’artiste détruit son oeuvre et abandonne la peinture pour un temps. Markus va cependant très rapidement faire partie du milieu de la bohème artistique de Montmartre et de Montparnasse en se liant à Jean Moréas, Alfred Jarry et Edgar Degas. Il fréquente les cafés où il fait la connaissance de Braque, Picasso, Apollinaire ; c’est ce dernier qui lui fera franciser son nom : il devient Louis Marcoussis. L’artiste fera naturellement partie du courant avant-gardiste de l’École de Paris (G. Apollinaire, Picasso, Juan Gris, Max Jacob, Metzinger, etc.).
Au départ impressionniste, son art ira au cubisme vers 1910. En 1912, il participe au salon Section d’Or à la Galerie La Boëtie. Il épouse Alice Halicka, une peintre polonaise, en 1913. Les années de guerre l’obligeront à retourner en Pologne pour être mobilisé ; il s’engagera par la suite dans la Légion étrangère où il servira jusqu’en 1919.
Il participe aux différents Salons parisiens (Salons d’Automne, des Indépendants et Tuileries), ainsi qu’à des manifestations collectives à l’étranger. Sa première exposition personnelle sera organisée en 1925 (Galerie Pierre Chareau). Il exposera aussi chez Bernheim (1929) et Jeanne Bucher (1929). Les années 1930 vont le voir s’adonner essentiellement à la gravure, perfectionnant sa grande habilité aux techniques de l’eau-forte, de l’aquatinte et de la pointe sèche ; il enseignera l’art de la gravure à l’Académie Schläepfer (Paris). Louis Marcoussis réalisera des illustrations sur des poèmes de T. Tzara (1926, 1928), pour « Aurélie » de Gérard de Nerval et « Alcools » d’Apollinaire (1934).
Dans la période de l’entre-deux-guerres il fait plusieurs voyages: Pologne, Angleterre, Belgique, Italie et Etats-Unis ; des expositions sont organisées sur son nom. En 1940, à l’arrivée des troupes allemandes, Louis Marcoussis part pour Cusset, près de Vichy, où il décède un an plus tard. Une exposition posthume des œuvres de l’artiste sera organisée en 1964 au Musée d’Art Moderne à Paris. En 1985 des oeuvres de Louis Marcoussis feront parties de l’exposition « The Circle of Jewish Montparnasse artists in Paris » à New York. Son art est présent dans tous les plus grands musées du monde.

« Gabineau-les – bobines » de Charles Pennequin.

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Collection Fiction, P.O.L
Parution : 01-11-2018

Des livres pour le centenaire de 1918…

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Collection blanche, Gallimard
Parution : 08-11-2018
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Depuis l’enfance, j’ai voulu écrire mes souvenirs de la guerre de 14.
J’ai mis des années avant de m’aventurer sur les traces de cette vieille guerre qui s’était déposée en moi, alors qu’aucune raison biographique, apparemment, ne justifiait cette obsession.
Cette guerre appartient à notre histoire intime, à nos familles, à nos secrets de famille. Partout les monuments viennent nous le rappeler, avec leur litanie de noms. Survivants et rescapés, combattants oubliés ou disparus, les soldats de 14-18 sont restés des soldats inconnus. Avec leur moustache, leur képi, leur casque, n’ont-ils pas tous l’air de se ressembler ?
Alors j’ai laissé les revenants m’approcher. J’ai fouillé leurs visages, leurs photos, et même un petit film amateur tourné au front, qui m’est parvenu comme une bouteille à la mer. Je suis parti rechercher les êtres vivants, fossilisés à l’intérieur de ces images, et pourquoi cette guerre s’était fichée au fond de mes yeux.
Histoire
La Librairie du XXIe siècle
Date de parution 20/09/2018.

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Cet ouvrage est issu de la thèse de Cédric Marty soutenue en 2014 à l’Université de Toulouse II – Jean Jaurès, professeur d’histoire-géographie et depuis septembre 2013, chargé de mission académique pour le centenaire de la Première Guerre mondiale. Il porte sur les représentations et les pratiques d’une arme emblématique de la Première Guerre mondiale, une « histoire à hauteur d’hommes »1pour comprendre la place de cette arme blanche dans la guerre de tranchées marquée par les pluies d’obus.

A hauteur d’hommes

Dans les récits militaires l’assaut baïonnette au canon est assez rare. L’auteur part de ces récits pour montrer l’étonnement des soldats face aux armes modernes plus meurtrières dès 1914, la peur, la mort dans cette guerre qui rapidement fut celle des tranchées. Beaucoup de courts extraits de lettres, de récits reprennent les nombreux témoignages déjà publiés.

La guerre c’est surtout l’assaut et la combat

Ce second chapitre est consacré aux représentations de la guerre traditionnelle qui s’opposent à la réalité vécue : figure du chef, héroïsme, la baïonnette comme incarnation à la fois du courage et de la nation en marche. L’auteur traite des représentations artistiques du XIXe siècle et de leur place dans la presse et les manuels scolaires. Il rappelle que l’instruction des jeunes recrues faisait une large place à l’apprentissage de l’usage de la baïonnette.

Un mythe militaire paradoxal

L’auteur montre, dans les années qui précèdent la guerre, les réflexions de la hiérarchie militaire sur cette arme. On a même envisagé d’en doter la cavalerie alors même que la Guerre de 70 avait déjà montré l’importance de l’artillerie et le recul des combats corps-à-corps. Certains défendent la formation à son usage comme attitude à développer pour faire des soldats agressifs sous le feu ennemi. Elle serait donc une arme psychologique et base de l’imaginaire national.

Rosalie, figure-clé dès l’entrée en guerre

Rosalie est le nom donné dans la presse à la baïonnette, le récit de son usage émane de la presse, elle est héroïque quand les Français montent à l’assaut, sauvage pour les Allemands qui l’utiliseraient contre les civils. L’auteur présente le rôle de la presse, parole de l’armée , outil de propagande.

Le haut-commandement dans l’impasse

Face à l’enlisement et à la guerre de tranchées, l’auteur décrit l’évolution de la tactique au cours des quatre années de guerre. Mais malgré l’usage intensif de l’artillerie, à l’arrière les combattants continuent à s’entraîner au combat à la baïonnette.

Une image discréditée mais tenace

Une première critique est publiée dans la presse en 1916, la baïonnette disparaît peu à peu des récits des journaux pour plus de réalisme. L’auteur analyse la presse (texte et photographies2), les romans, les objets de propagande. L’image de l’assaut à la baïonnette n’a plus vocation à dire le réel.

L’ambivalence des combattants

A partir des nombreux récits l’auteur montre que les combattants sont pris entre deux sentiments : être trahi par les images que la presse donne de leur vécu mais en même temps d’être présentés comme des héros.

D’un siècle à l’autre

Sont évoqués ici très rapidement les monuments aux morts. Le fantassin chargeant baïonnette au canon est très présent dans les catalogues proposés aux mairies mais l’auteur n’évoque pas les autres types de monument. Il présente le discours au cours du XXe siècle sur les représentations de la guerre et notamment les doutes sur la véracité des scènes d’assaut, les formes de représentation dans les films évoquant 14-18 et la difficulté à rendre compte de la guerre vécue par les soldats.

1Pour reprendre le titre du premier chapitre.

2L’auteur reprend les travaux de Joëlle Beurier.

 

 

Les-carnets-de-guerre-de-Louis-BarthasCent ans après la fin de la Première Guerre mondiale, et quarante ans après la première publication des Carnets de Guerre de Louis Barthas, Fredman propose une remarquable adaptation graphique de cet ouvrage mythique. Tonnelier originaire de l’Aude, Louis Barthas est envoyé au front dès 1914. Démobilisé en 1919, il met au propre ses notes prises tout au long du conflit. Militant socialiste et écrivain à son insu, le caporal Barthas a observé jour après jour la vie dans les tranchées : les rats, la boue, les bombes… Avec une plume extraordinaire et un étonnant sens de l’humour, il décrit les poilus livrés en masse à une mort anonyme, les chefs assoiffés de gloire, mais aussi les Allemands, qu’on appelle  » ennemis  » mais avec lesquels on fraternise à l’abri des regards. Publiés aux éditions Maspero en 1978, les Carnets de guerre de Louis Barthas sont devenus un classique, traduit dans de nombreux pays. Fredman met son trait au service de cette œuvre unique. Composée d’extraits soigneusement sélectionnés, respectant l’esprit et la lettre des Carnets originaux, son adaptation graphique donne une nouvelle vie à ce témoignage exceptionnel.

Tonnelier originaire de l’Aude, Louis Barthas est envoyé au front dès 1914. Démobilisé en 1919, il met au propre ses notes prises tout au long du conflit. Militant socialiste et écrivain à son insu, le caporal Barthas a observé jour après jour la vie dans les tranchées : les rats, la boue, les bombes… Avec une plume extraordinaire et un étonnant sens de l’humour, il décrit les poilus livrés en masse à une mort anonyme, les chefs assoiffés de gloire, mais aussi les Allemands, qu’on appelle « ennemis » mais avec lesquels on fraternise à l’abri des regards. Publiés aux éditions Maspero en 1978, les Carnets de guerre de Louis Barthas sont devenus un classique, traduit dans de nombreux pays. Fredman met son trait au service de cette œuvre unique. Composée d’extraits soigneusement sélectionnés, respectant l’esprit et la lettre des Carnets originaux, son adaptation graphique donne une nouvelle vie à ce témoignage exceptionnel.

Fredman (Auteur) Rémy Cazals (Auteur) Fredman (Dessinateur) 1914-1918 Paru le 20 septembre 2018 Bande dessinée (broché).