« Idiis » par Robert Badinter.

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Robert Badinter: « J’emporte avec moi un monde mort »…

L’ex-garde des Sceaux signe un livre sur sa grand-mère maternelle, Idiss, originaire du Yiddishland, en Bessarabie.

Les ascendants de l’ancien garde des Sceaux sont originaires d’une région nommée la Bessarabie, située historiquement au sud de l’Empire tsariste, en lisière de la Roumanie. C’est ce monde perdu de la yiddishkeit, décimé par la Shoah, que fait revivre Robert Badinter dans le récit vibrant de sensibilité qu’il consacre à sa grand-mère maternelle, Idiss (*)L’Express l’a rencontré chez lui, à Paris.

L’EXPRESS. Pourquoi écrire aujourd’hui l’histoire d’Idiss, votre grand-mère, née en 1863 dans le Yiddishland de l’empire tsariste, près de Kichinev ? 

Robert Badinter : Il m’a fallu longtemps pour comprendre les raisons qui m’ont poussé à écrire ce livre. Il ne s’agit ni d’un projet de Mémoires, ni d’une biographie exhaustive sur la vie à la fois romanesque et tragique d’Idiss. C’est un geste. Un geste vers mon enfance d’abord, et un geste vers mes parents ensuite. J’ai compris à ce moment-là – ce qui n’est pas sans enseignement pour notre époque – que le fait de pouvoir se dire « j’ai eu des gens bien comme parents » est un grand réconfort dans la vie.

Comment qualifieriez-vous le destin de cette femme qui émigre en France au début du XIXesiècle ? 

Un destin juif, européen et cruel. Son parcours relève des grandes migrations de cette période. Elle fuit une Bessarabie russe dominée par le régime tsariste, avec tout ce que cela implique de violences antisémites, pour gagner Paris avant la Première Guerre mondiale. Après le dénuement des débuts, à force de travail et grâce à la prospérité des années 1920, Idiss et les siens connaîtront une aisance quasi bourgeoise, jusqu’à ce que survienne le désastre de la défaite de 1940 et de l’Occupation allemande.

En Bessarabie, aux confins méridionaux de l’empire russe, le XXe siècle débuta « par des pogroms d’une violence inouïe, notamment àKichinev« . Vous ajoutez : « Les fils d’Idiss, Avroum et Naftoul, décidèrent de quitter la Russie. » Rappellez-nous d’abord les circonstances de cette émigration.

Les fils d’Idiss, Avroum et Naftoul, partirent les premiers, vers 1907. Ils prirent la route après les pogroms meurtriers de Kichinev. Parmi les motivations de leur départ pour la France, il y a leur prise de conscience que l’antisémitisme rendait la poursuite de la vie en Bessarabie impossible. Le sionisme n’était encore qu’un rêve d’intellectuels. Pour eux, la seule solution était de s’en aller dans l’espoir de trouver les horizons de la liberté et de la dignité.

Partir, mais où ? 

N’importe où vers les villes d’Europe centrale – Berlin, Vienne – et puis, au-delà, vers Paris, Londres et, bien-sûr, les Etats-Unis. Je me souviens d’une anecdote qui dit tout de l’esprit du temps. Un voisin juif vient faire ses adieux à un ami :

– « Je m’en vais.

– Mais où vas-tu ?

– Je vais à Chicago.

– C’est loin, ça…. »

Et l’autre répond : « Loin d’où ? »

Merveilleuse réplique…

La France s’est-elle imposée finalement sans discussion parce que sa bonne réputation de nation capable de « se diviser pour le sort d’un petit capitaine juif », selon les mots du père du philosophe Emmanuel Levinas, s’était diffusée ?

Dans la Russie tsariste, la langue française tenait une place toute particulière. On la parlait, l’enseignait dans les lycées, les enfants grandissaient dans la culture française. On ne mesure pas l’amour et sa part de rêve qu’une grande partie de la population juive de Bessarabie portait à la France et surtout à la République. Chez les étudiants, en général les plus pauvres, la France de la Révolution française restait un exemple lumineux. Après tout, au XIXe siècle, elle était le seul pays d’Europe où un juif pouvait être titulaire de tous les droits civils et civiques. Il avait le choix de devenir, comme les autres, juge, officier ou professeur. C’était quelque chose d’inouï pour des sujets de l’empire tsariste. D’où l’expression : « Heureux comme un juif en France. » Ce propos fleurissait dans toute l’Europe. Son appel résonnait dans les profondeurs de la Russie tsariste. La réalité, hélas, n’était pas toujours aussi favorable.

Quelle a été la place de la culture, de la connaissance, de l’école dans la trajectoire « française » de votre famille ? 

Considérable. Très tôt, ma mère se plongea dans la littérature française. L’assimilation – pas uniquement pour les juifs, mais pour tous les étrangers, notamment italiens et polonais – ce furent les instituteurs, ces militants de l’école laïque, qui en ont été les premiers artisans. Ils les ont transformés en citoyens de la République. L’école française, jusque dans les années 1930, était une prodigieuse machine assimilatrice. C’est pour cela que M. Martin – l’instituteur de ma mère, Charlotte – me paraît symbolique. Il prenait sur lui la charge des heures supplémentaires, car il y voyait le devoir d’intégrer les petits immigrés. Tous les enfants de « débarqués » allaient à l’école ; pas question de s’y soustraire. Tout cela eut un rôle majeur dans l’intégration de générations d’étrangers dans la République, et en particulier de juifs d’Europe centrale.

Comme toutes les familles juives, la vôtre fut emportée par la catastrophe. Pourquoi avez-vous gardé un souvenir si amer de Lyon, en zone libre, en 1942 ?

Oui, j’étais révolté par le spectacle de cette ville ruisselante de pétainisme. C’était bien pire qu’à Paris. Dans la capitale, la plupart des Parisiens attribuaient leurs souffrances aux Allemands. Les Lyonnais, eux, étaient plus enclins à incriminer les juifs, surtout étrangers. Il régnait une atmosphère avilissante, d’une médiocrité inouïe, marquée par l’adoration pour un vieillard comme le Maréchal qui incarnait un passé glorieux. J’étais consterné par les parades et le cérémonial ridicule qui entouraient le régime. Au lycée, les adolescents étaient rassemblés pour le salut aux couleurs et le chant en choeur de Maréchal, nous voilà ! C’était une époque d’une grande bassesse. Le cadet des fils d’Idiss, Naftoul, a été dénoncé par une voisine après la mort de ma grand-mère. A la Libération, la délatrice a été identifiée, et ma mère s’est rendue à une convocation pour la rencontrer. Elle lui demanda :

– « Mon frère était-il désagréable ?

– Non, il était très aimable.

– Alors pourquoi avoir dénoncé sa présence aux autorités ? »

Et la femme de faire cet aveu : « Mais pour les meubles ! »

Vous écrivez : « Les juifs immigrés avaient compris que c’était la République qui était leur protectrice plutôt que la France, fille aînée de l’Eglise. »Et, à ce titre, marquée par la diabolisation du « peuple déicide« , (qui fut longtemps l’expression chrétienne pour désigner le peuple juif). Est-ce toujours votre sentiment ?

Non, car l’église catholique, à la faveur de Vatican II et du Nostra Aetate, a beaucoup changé. Les rapports avec le judaïsme ont été réélaborés ; la condamnation du « peuple déicide » a été levée. Jusque dans les années 1930, l’Eglise, en revanche, était une puissance assez obscurantiste. Elle condamnait les droits de l’homme. Comme l’affaire Dreyfus l’a cruellement souligné, non seulement les conservateurs n’avaient aucune ouverture aux juifs, mais ils éprouvaient même à leur égard une hostilité viscérale. Ces milieux qui ne connaissaient en fait presque jamais de juifs en avaient fait leurs boucs-émissaires. L’Occupation et le génocide ont profondément modifié la conscience catholique.

Comment ?

L’antisémitisme hitlérien, de nature raciale, avait fait s’évaporer toute différence entre les Rothschild et un immigré fraîchement arrivé des Carpates. Tous les juifs, riches ou pauvres, Français de souche ou étrangers immigrés, avaient été visés comme juifs. Après la guerre, ils abandonnèrent volontairement l’épithète d' »israélites » et revendiquèrent le vocable de « juifs ».

Les formes d’antisémitisme que vous évoquez sont également révolues en France, d’après vous?

Ecrire sur Idiss, c’est exhumer un univers englouti. Une Atlantide culturelle. Et l’entreprise monstrueuse de Hitler et des nazis, la « Solution finale » de la « question juive », renvoie à un délire haineux qui a tué les sources vives, si créatives, du judaïsme d’Europe orientale. Il m’arrive de réfléchir, au Mémorial, devant la liste interminable des victimes de la Shoah, et je suis pris de vertige devant les crimes commis, notamment à l’égard des enfants. Face à l’énigme de ce massacre des innocents, je songe que Dieu, ces jours-là, avait détourné son regard de la terre. J’ai l’impression d’emporter avec moi un monde mort, aux synagogues détruites et aux tombes éventrées. Et je me dois d’en témoigner, pour que l’oubli ne l’emporte pas tout à fait. Bien sûr, je reconstitue certains détails par l’imagination, mais j’espère avoir été fidèle à l’essentiel. A cette occasion, j’ai revécu par la pensée tout ce qu’a dû endurer Idiss, à la toute fin de sa vie, dans le Paris de 1942. Les dernières années de l’Occupation furent terribles.

Quel vécu personnel en avez-vous?

Ma grand-mère paternelle avait fini, elle aussi, par quitter la Bessarabie pour rejoindre Paris. Âgée, elle était très malade et vivait avec ma tante. Arrêtée dans la rafle des juifs apatrides le jour de Kippour, en 1942, elle habitait un immeuble populaire du faubourg Montmartre. La scène qui suit est atroce, et m’a été racontée après la guerre par la concierge. Des gendarmes français sont montés la chercher. Ils l’ont couchée sur une civière. Terrorisée, elle poussait des hurlements dans l’escalier. Ses cris ont suscité la pitié des voisins qui ont réclamé des gendarmes qu’ils la laissent chez elle. Surgit alors un jeune gestapiste français ; il s’interpose, rabroue les habitants et s’exclame en sortant un pistolet : « Ecoutez-moi bien, ça fera jamais qu’une youpine de moins. Et celui auquel cela ne plaît pas, je le brûle ! » Dans le silence, le cortège a continué sa descente jusqu’au fourgon de police et, de là, à Drancy. La même nuit, ma grand-mère a été envoyée à Auschwitz. Elle est morte dans le wagon de déportation.

Idiss, par Robert Badinter. Ed. Fayard, 230 p., 20 €. En librairie le 29 octobre.

Propos recueillis par Yoann Duval et Alexis Lacroix,pour l’Express.

Tahar Ben Jelloun – Rentrée littéraire : une « vérité » bonne à dire.

 

La vérité sort de la bouche du cheval de Meryem Alaoui, éd. Gallimard, à paraître le 23 août 2018, 272 pages.

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« La Folie Elisa » de Gwenaëlle Aubry.

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Collection Bleue, Mercure de France
Parution : 23-08-2018

37, étoiles filantes par Jérôme Atall.

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Giacometti n’a qu’une idée en tête : casser la gueule à Jean-Paul Sartre ! C’est cette histoire, son origine et sa trépidante conclusion, qui sont ici racontées.

« Grognant dans son patois haut en couleur des montagnes, Alberto a déjà fait volte-face. Il est à nouveau en position sur le trottoir. Scrutant les confins de la rue Delambre. Pas du côté Raspail par lequel il vient d’arriver, mais dans l’autre sens, en direction de la station de métro Edgar Quinet. Rapidement, il repère la silhouette tassée de Jean-Paul, petite figurine de pâte à modeler brunâtre qui avance péniblement à la manière d’un Sisyphe qui porterait sur son dos tout le poids du gris de Paris et qui dodeline à une vingtaine de mètres de distance, manquant de se cogner, ici à un passant, là à un réverbère. “Ah, te voilà ! Bousier de littérature ! Attends que je t’attrape, chacal !” »
Une comédie tourbillonnante constellée de pensées sur la création et de rencontres avec des femmes espiègles, mystérieuses et modernes.

Date de parution: 16/08/2018

« Moby-Dick ou le cachalot » de H.Melville, édité et traduit par Philippe Jaworski, illustrations de Rockwell Kent.

product_9782072735219_195x320Maître d’oeuvre de cette belle édition de Moby-Dick en Quarto, Philippe Jaworski y reprend sa remarquable traduction parue en 2006 dans le tome III des OEuvres de Herman Melville (1819-1891) en Pléiade et, comme le veut la collection Quarto, la dote d’une longue introduction et d’une cinquantaine de pages illustrées retraçant la vie et l’oeuvre de l’écrivain américain. Jaworski y adjoint aussi un dossier critique « des origines à la postérité de Moby-Dick » et a par ailleurs tenu à illustrer cette édition avec les magnifiques dessins au trait noir de Rockwell Kent, premier illustrateur de Moby-Dick, en 1930. Ainsi le lecteur peut-il de nouveau embarquer sur le Pequod aux côtés d’Ismaël et du harponneur Quiqueg, et sillonner les eaux tumultueuses à la rencontre de la folie du capitaine Achab et du cachalot à la blancheur maléfique qui fera « claquer ses mâchoires parmi de rutilantes cascades d’écume », dans la terrifiante scène de chasse finale. Moby-Dick fait partie de ces mythes littéraires imposants qui, comme le Don Quichotte de Cervantès, ne cessent d’inspirer ou de hanter les écrivains. Mais il ne faut pas hésiter à laisser à quai la légende littéraire pour embarquer dans Collection Dagli Orti/Aurimages ce livre d’aventures, merveilleux et tragique, qui va bien au-delà des espaces maritimes pour plonger dans les abîmes de la conscience humaine.

Editions Quarto/Gallimard.

 

Correspondance Samuel Beckett (IV)

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Au seuil de sa vie, l’écrivain irlandais livre dans son abondante correspondance une image désabusée de lui-même. Un sang d’encre toujours sauvé par l’humour, à découvrir dans le quatrième et dernier volume de ses “Lettres”, qui vient de paraître chez Gallimard.

 L’écrivain charles Juliet a décrit, dans Rencontres avec Samuel Beckett (éd. P.O.L, 1999), l’auteur de L’Innommable tel qu’il lui apparut la première fois qu’il se présenta chez lui, le 24 octobre 1968 : « Je prends place sur un petit canapé en face de sa table de travail, tandis qu’il s’assoit sur un tabouret, de biais par rapport à moi. Il a déjà adopté la position qui lui est familière, lorsque, assis, il demeure inoccupé : une jambe enroulée autour de l’autre, le menton dans une main, le dos courbé, les yeux fixant le sol. Le silence est tel qu’il pourrait quasiment se solidifier… » En 1968, Samuel Beckett est âgé de 62 ans. Il n’a pas encore reçu le prix Nobel de littérature – à son grand dam, ce sera chose faite un an plus tard, le 13 octobre 1969 –, mais ses romans et son théâtre font déjà de lui, depuis près de vingt ans, l’un des géants de son temps. Evidemment Beckett, lui, ne se vit pas comme tel. Dans les lettres qu’à la fin des années 1960 il adresse à ses amis, il est question de son « petit avenir problématique d’écrivain finissant sinon fini », de « l’écriture [qui lui] semble maintenant diaboliquement difficile » et dont il « soupçonne qu’il n’en reste plus beaucoup en [lui] ».

“Rien ne va plus dans ma vieille tête. La carcasse se traîne entre monts et vaux.”

Ce quatrième et dernier volume de ses Lettres – rassemblant au total, dans les quatre tomes, 2 500 missives choisies par les maîtres d’œuvre de cette admirable édition parmi les quelque 15 000 dont se compose le corpus – couvre les années 1966-1989, soit près d’un quart de siècle. Nombre des interlocuteurs privilégiés des décennies précédentes ont disparu – son ami de jeunesse Thomas McGreevy est mort et il s’est éloigné du critique d’art Georges Duthuit —, et c’est désormais à d’autres destinataires que le grand Sam fait à l’occasion l’aveu de la faiblesse qui peu à peu le gagne. La prose qui sort de sa plume n’est à présent que « fange », ou « débris », juge-t-il. Et les années s’écoulant, ça ne s’arrange pas. « Rien ne va plus dans ma vieille tête. La carcasse se traîne entre monts et vaux. Un œil mi-clos la suit de loin », note-t-il en 1982, avec ce désespoir empreint de sarcasme, ce stoïcisme narquois qui est son ton de prédilection dès lors qu’il se confesse – un ton qui le tient loin de l’apitoiement sur lui-même et confère paradoxalement à ses lettres les plus navrées, et à l’ensemble du volume, une étonnante, émouvante vitalité.

D’après un article Télérama.

Lettres IV

 (1966-1989)

Trad. de l’anglais (Irlande) par Gérard Kahn. Édition de George CraigMartha Dow FehsenfeldDan Gunn et Lois More Overbeck

Collection Blanche, Gallimard
Parution : 26-04-2018

« La note américaine  » par David Grann.

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Le journaliste David Grann mène une enquête brillante afin d’éclaircir une série de meurtres qui décima la tribu des Indiens Osage, dans l’Oklahoma des années 1920.

« Partez dans n’importe quelle direction depuis Pawhuska et, la nuit, vous remarquerez les maisons des Osages dont les contours se dessinent grâce à la lumière électrique, qu’un étranger pourrait prendre pour un signe ostentatoire de richesse. Mais tous les Osages savent que l’on allume ces lampes pour se protéger de l’apparition d’un spectre obscur — d’une main invisible — dont le fléau s’est abattu sur ces terres […] et les a converties en un Golgotha et un champ de crânes […]. La question qui ne quitte pas les esprits est la suivante : qui sera le prochain ?» écrivait, au début des années 1920, un reporter de passage en Oklahoma, rendant compte de l’effroi qui régnait alors au sein de la tribu des Indiens Osage. C’était au temps du « règne de la Terreur » — ainsi la mémoire collective osage le qualifie-t-elle —, engendré par une série d’assassinats (meurtres par arme à feu ou par empoisonnement) perpétrés entre 1921 et 1926 contre des membres de la communauté. Combien la main du diable fit-elle de victimes ? Vingt-quatre, c’est le nombre qu’ont retenu les annales, mais en fait, il y en eu bien davantage. Prendre la pleine mesure du crime — conspiration est, en fait, le terme qui conviendrait — qui fut perpétré alors est l’un des enjeux de la formidable enquête qu’a menée, près d’un siècle plus tard, le journaliste David Grann. « Presque tout le monde y a perdu une mère, un père, une sœur, un frère ou un cousin. La douleur ne disparaît jamais vraiment », témoigne aujourd’hui encore devant lui une vieille femme de la réserve.

Vertu documentaire, rigueur de l’investigation, intensité de l’interrogation morale, efficacité du suspense : on ne sait trop comment hiérarchiser les qualités de ce récit, qui commence par dépeindre l’histoire hors du commun des Indiens Osage, dépossédés à la fin du XIXe siècle de leur territoire du Kansas par les colons et relégués par le gouvernement sur les terres infertiles d’« un nouvel Etat qui allait s’appeler l’Oklahoma ». Quelques décennies plus tard, au seuil du XXe siècle, l’or noir jaillit de ces terres stériles, et les Osages devinrent littéralement les rois du pétrole, vivant dans l’opulence — quoiqu’en réalité, placés souvent sous la tutelle de curateurs blancs, afin de pallier leur « faiblesse raciale ». Néanmoins, « de plus en plus d’Américains blancs exprimaient leur colère face à la prospérité des Osages […], écrit David Grann. Les journalistes racontaient des histoires, souvent cousues de fil blanc, dans lesquelles des Osages jetaient leurs pianos sur la pelouse ou changeaient de voiture lorsqu’ils crevaient un pneu ».

Puisant son matériau tant dans les archives que sur le terrain, David Grann s’attache plus particulièrement à la destinée d’une famille de la réserve de Gray Horse : Mollie Burkhart (du nom de son mari blanc, Ernest Burkhart) et ses sœurs Anna, Minnie et Rita — ces trois dernières furent assassinées une à une au cours du « règne de la Terreur ». Au fil de son enquête passionnante, on croise nombre d’autres personnages : des aventuriers dénués de scrupules et des détectives privés hâbleurs, de sinistres voyous travestis en hommes de cœur et parfois un enquêteur taiseux et intègre. On côtoie également le jeune John Edgar Hoover, âgé de 29 ans quand, en 1924, il prit la direction du Bureau of investigation (BOI) — ancêtre du Federal Bureau of investigation (FBI) —, et qui vit dans la potentielle résolution de ces meurtres en série l’instrument de sa toute-puissance naissante. On se penche, enfin et surtout, sur ces victimes innombrables dont David Grann dresse la liste — à côté de celle, non moins considérable, des coupables —, justifiant le commentaire d’une Osage d’aujourd’hui : « Cette terre est gorgée de sang. »

 

Killers of the flower moon, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyril Gay, éd. Globe, 366 p., 22 € (en librairie le 7 mars).

D’après un article de Télérama.

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L’archipel du chien par Philippe Claudel.

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Après le recueil de nouvelles Inhumaines l’an passé, Philippe Claudel reviendra en librairie le 14 mars avec un roman. Intitulé L’Archipel du chien (Stock), il nous emmènera sur une île à l’écart des fracas du monde sur laquelle une poignée d’hommes va voir son existence basculer suite à la découverte de trois corps sur la plage.

L’ARCHIPEL DU CHIEN : UNE ÉPOPÉE MODERNE

Le romancier nous embarquera pour une île mystérieuse dans une géographie mi-réelle mi-fantasmée où une poignée d’hommes voit sa tranquillité bouleversée quand trois corps d’hommes noirs viennent s’échouer sur la plage. « J’ai imaginé L’Archipel du chien comme un roman de mystère, un récit haletant et oppressant, une épopée moderne », explique l’auteur dans une note confiée à son éditeur. Il ajoute avoir voulu renouer avec un romanesque déjà exploré dans Les Âmes grises et Le Rapport de Brodeck puisqu’il joue avec les codes du récit policier autour de personnages pittoresques mais archétypaux tout en lançant des fils vers des figures mythologiques ou religieuses.

À paraître le 14 mars chez Stock.

 

 

« UNE LECTURE SYMBOLIQUE DE NOS VIES ET DE NOS DESTINS »

 

En résulte « une lecture symbolique de nos vies et de nos destins » extrêmement ancrée dans le présent du fait des motifs effleurés – la tragédie des migrants et les sociétés confrontées à cette misère – ainsi que dans les pas d’auteurs comme Léo Perutz, Georges Simenon, Leonardo Sciascia ou Ismaël Kadaré.

 

 

« Diên Biên Phu » par Marc Alexandre Oho Bambe.

Marc Alexandre Oho Bambe, alias Capitaine Alexandre, est poète et slameur. Né en 1976 à Douala, au Cameroun, il est bercé par la poésie dès son plus jeune âge, notamment par Aimé Césaire et René Char (à qui il rendra hommage en choisissant son nom de scène). Arrivé en France à dix-sept ans, il étudie à Lille, travaille brièvement dans une agence de communication, avant de se consacrer au journalisme et à l’écriture.
En 2006, il fonde le collectif On A Slamé Sur La Lune, troupe de poètes slameurs, musiciens, metteurs en scène, plasticiens, vidéastes et performeurs, qui en 2010 sort son premier album. Les membres du collectif multiplient les interventions culturelles et les performances scéniques, et affirment leur ambition pédagogique : celle de sensibiliser le public à la poésie, au spectacle vivant et au dialogue des cultures.
À partir de 2009, Marc Alexandre Oho Bambe publie de la poésie, notamment Le Chant des possibles, aux éditions La Cheminante (prix Fetkann ! de poésie, 2014, et prix Paul Verlaine de l’Académie française, 2015), Résidents de la République (La Cheminante, 2016) et De terre, de mer, d’amour et de feu (Mémoire d’encrier, 2017).
Capitaine Alexandre slame ses textes et chante les possibles sur les scènes du monde entier, intervient lors de conférences internationales, et donne de nombreux concerts littéraires en France et à l’étranger. Sa dernière création, De terre, de mer, d’amour et de feu, est un opéra slam baroque, présenté en juin 2017 en avant-première à la Fondation Louis Vuitton dans le cadre de la Carte blanche d’Alain Mabanckou.
Marc Alexandre Oho Bambe enseigne depuis dix ans et transmet à ses élèves et ses étudiants le goût de la littérature et de la poésie. il est également chroniqueur pour Africultures, Médiapart, Wéo et Le Point Afrique.

Diên Biên Phù

Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelques chose à cette guerre : l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clef de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.

Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la « fille au visage lune » qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir : Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie.

Disponible en librairie à partir du 1er mars 2018.

Poésie syrienne contemporaine, édition bilingue établie par Saleh Diab.

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Poésie syrienne contemporaine

Saleh Diab.

Poésie.

Cette anthologie bilingue est un panorama des divers courants qui ont agité le mouvement moderniste, non seulement de la poésie syrienne, mais aussi de la poésie arabe dans son ensemble, du début du XXe siècle à nos jours.

La Syrie, en tant que pays, est en train de disparaître. Mais la poésie n’est pas inscrite dans un temps ou un lieu. Elle n’est pas de circonstance. N’est-ce pas dans les œuvres des poètes syriens, qui ont pris la poésie comme un dialogue incessant entre soi et le monde, que se dessine le visage de la Syrie ?

À paraître début mars.

La presse en parle

« Ce livre du moi éclaté en une galerie de miroirs révèle sa musique secrète de l’intimité rêvée, vécue ou fantasmée, des « plaines du déboire » aux rives de l’exaltation amoureuse, du champ de bataille de l’altérité égratignée aux « terres brûlées » de la solitude… »

Europe, n° 1019

« Entre la typographie et la syntaxe participent à la création d’un univers très personnel où tout peut devenir poétique. »

Place de la Sorbonne, n° 5

« Cet ouvrage qui se traduit en lui-même, devient un livre miroir, fruit d’une intense confrontation de langue et de cultures, et s’offre à nous comme un bel alliage de voix poétique. »

Les Hommes sans Epaules n° 37

« C’est la qualité de l’image poétique qui m’a tout de suite séduit dans la poésie de Saleh Diab. il a su assimiler, la couleur unique qu’il a su donner au verbe. »

Poésie première n°37

« L’auteur va toujours à l’essentiel en nous restituant la fugacité de l’instant dans sa plus grande simplicité. Il sait bâtir un monde avec des rien surgis du transitoire. »

Poésie 1, n° 47

« La poésie de Diab est toute entière à son image : un vers libéré des contraintes de la traduction classique, des mots simples et profonds, rythme doux et enivrant. »

Livre et lire

« J’ai visité ma vie pourrait se lire comme un voyage circulaire, celui d’un voyageur qui ne sait où poser ses bagages. »

Recours au poème