Julius Baltazar par Guillevic.

95473_1_m

Moi, Julius baltazar,

Je suis là où je ne suis pas,

Mais où j’irai,

 

Accompagné par des fulgurances

Qui se jettent dans l’incertain

Mais que je guiderai

 

Avec l’aide bénévole du vent,

De l’eau, de pas mal de terres

 

D’un feu qui rêve lui aussi

D’atteindre le foyer originel

Où travailler sa braise.

 

Eugène Guillevic, 1989.

Bd de Guido Buzzelli.

9791090875548

 

En 1970, les lecteurs de Charlie Mensuel crurent voir une météorite traverser le ciel plutôt sage de la bande dessinée. Sous la signature de Guido Buzzelli, ils découvrirent, au fil d’histoires à dormir debout, un auteur se dessinant lui-même, d’abord imberbe, puis affublé d’une barbe noire, à la fois inquiet et inquiétant, parfaite victime expiatoire de la cruauté des hommes. Avec un humour grinçant, Buzzelli s’est dessiné laid, faible, paranoïaque et retors, se maltraitant sans mesure, jusqu’à disloquer son propre corps.

 

Avant de réaliser des bandes dessinées, il fut un peintre et un dessinateur capable de tout représenter avec une même virtuosité : corps et visages humains, chevaux, fauves, rapaces, foules en furie, éléments déchaînés, atmosphères asphyxiantes. Georges Wolinski, son premier éditeur en France, le soulignait : « Il fut d’abord un peintre qui faisait des bandes dessinées en attendant de pouvoir vivre de son art. » Avant d’ajouter : « Heureusement, il n’y est pas encore arrivé. Il est toujours obligé de dessiner dans les journaux. »

 

Buzzelli conjugue le grand art du dessin et celui d’une littérature inquiétante et pessimiste, où l’humour et le grotesque tiennent un rôle majeur. Il y a chez lui du Piranèse et du Goya ; il y a aussi du Gogol et du Kafka.

 

Depuis la fin des années 1980, on l’a un peu oublié. Ses premiers éditeurs ne sont plus là, ses albums ne sont pas réédités. Comment a-t-on pu vivre pendant tout ce temps dans l’ignorance de cet esprit lucide et visionnaire, dont Wolinski disait avec justesse : « Les histoires qu’il raconte en bandes dessinées sont irracontables autrement qu’en bandes dessinées : il faut les voir pour les croire. » ?

ILS EN PARLENT…
  • « Ce qui est certain, c’est que Buzzelli, lui, est un véritable artiste, un artiste majeur. […] Il est vrai que Buzzelli n’a pas toujours été compris à sa juste valeur, et il est vrai qu’on l’a un peu oublié. Cela fait une trentaine d’années que ses albums ne sont plus réédités, sinon de manière confidentielle. Comment a-t-on pu supporter tout ce temps dans l’ignorance de cet esprit visionnaire, si lucide, et si drôlement désespéré ? »

    Frédéric Pajak (Préface).

    « Michel-Ange des cauchemars, capable de représenter avec force et vivacité tout ce qui bouillonnait dans sa tête, ce grand maître pouvait rendre réaliste et crédible l’impensable, utilisait la métaphore graphique sans limite. Pessimiste forcené, il avait le bon goût de créer des farces pour rire de ses visions. Celles-ci, même prises hors contexte (l’Italie des 70’s) restent stupéfiantes et on a souvent l’impression d’halluciner devant ses planches pleines de vie et de folie. »

    Vincent Brunner. Les Inrockuptibles.

    « Noir, hilarant, virtuose, le dessinateur italien Buzzelli (1927-1992,) resurgit enfin aux Cahiers dessinés. C’est Noël ! […] Grand format qui les fait respirer, beau papier, impression soignée dans ce splendide écrin, ces quatre histoires dessinées avec une rare maestria pendant les années de plomb italiennes nous coupent le souffle, à nouveau. »

    Jean-Luc Porquet. Le Canard Enchaîné.

    « Le trait buzzellien, mêlant le réalisme frontal au burlesque charbonneux, n’a pas d’équivalent dans la BD contemporaine. Il laisse sans voix, tout simplement. »

    Arnaud Gonzague. L’Obs.

    « Maître Guido n’a pas volé son surnom de ’Goya du 9e art’. »

    L’Express.

    « Un premier volume très soigné qui rend grâce à ce génie singulier. »

    Christian Staebler. Les Cahiers de la BD.

Editions Les Cahiers dessinés, 224p

9791090875548_pgtéléchargement (4)

Les bébés volés du franquisme, documentaire Arte.

téléchargement (6)

Entre 1939 et la fin des années 1980 en Espagne, quelque trois cent mille bébés ont été volés à leurs parents, pour être adoptés illégalement. Au plus près des victimes, ce documentaire éclaire cette sinistre affaire, héritage du franquisme.

Quand Clara a accouché à 14 ans, la maternité lui a annoncé la mort de son fils. Un quart de siècle plus tard, elle découvre, en état de choc, que son bébé a en réalité survécu et qu’il s’agit d’une fille, adoptée en toute illégalité. Alicia, elle, a appris à la mort de son père qu’elle avait été arrachée à la naissance à sa mère biologique pour être confiée à ses parents adoptifs en mal d’enfants. Entre 1939 et la fin des années 1980, environ trois cent mille bébés ont ainsi été volés en Espagne. Mis en place sous Franco avec la bénédiction de l’Église catholique et en particulier de l’Opus Dei, ce trafic abject, auquel ont été mêlés des religieux, des médecins, des sages-femmes, des avocats ou encore des assistantes sociales, avait à l’origine pour objectif de priver les parents réputés communistes de leur progéniture, pour éviter qu’ils ne lui transmettent leurs idées de gauche. Mais ces réseaux mafieux ont perduré après la mort du Caudillo, exploitant la détresse de mères célibataires et de couples stériles. Comme le révélait un reportage dès 1982, des bébés morts, conservés dans des frigos, étaient même présentés aux parents afin qu’ils ne doutent pas de la mort de leur nouveau-né.

Passé occulté
En recueillant la douleur de Clara et d’Alicia qui tentent, avec une association de victimes, d’obtenir justice, le film éclaire les dessous de cette affaire, sordide héritage du franquisme. Sur les traces d’Enrique J. Vila Torres, lui-même enfant volé et avocat désormais dédié à cette cause, il montre aussi combien l’Espagne, dont les élites franquistes ont négocié en 1977 leur amnistie en échange de la démocratie, peine à affronter son passé et à juger les responsables impliqués. Un document édifiant alors que, malgré l’accumulation de preuves, aucun procès n’a encore abouti.

Générique

Réalisation :

Inga Bremer

Pays :

Allemagne

Année :

2016
Sur Arte Mardi 13 févr. 2018 à 23h25 

Frida Kahlo.

« Pour créer son propre paradis, il faut puiser dans son enfer personnel ». Frida Kahlo.

CnOa3NqWYAAGkjl

Paul Cézanne par Guillevic…

La maison du pendu. Paul Cézanne.

Paul_Cézanne_-_La_Maison_du_pendu.jpg

N’est-ce pas, Cézanne, que la terre c’est nous.

N’est-ce pas, que nous sommes au monde et que rien

Ne se prête à nous que d’y être

Les choses autour de nous telles qu’elles sont et se font.

 

Ah! il était temps que tu viennes

Le dire à ce siècle d’hommes trop seuls,

Que la terre a du goût,

Que tout n’est pas épuisé, que nous sommes

Dans les coulisses de l’espoir.

 

Eugène Guillevic, juin 1938.