Rimbaud à travers les dessins de Verlaine.

Un court documentaire dans lequel Yves Peyré, directeur de la Bibliothèque littéraire Jacques Peyré, présente un fond de dix-neuf dessins que les proches du poète s’échangèrent, entre 1873 et 1877, avant son départ pour l’Afrique. Un documentaire intitulé ‘Prélude au grand départ’, réalisé par Micheline Paintault, en 2006, pour SCÉRÉN-CNDP.

19mn.

« INDIA SONG » : LA MÉLOPÉE DU DÉSIR.

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India Song, c’est une chanson passée dans la mémoire collective, un texte de théâtre, une création radiophonique, un film culte de Marguerite Duras. Enregistré en 1974, quelques semaines avant le tournage du long métrage cinématographique, la pièce radiophonique témoigne du désir sans cesse renouvelé de l’écrivaine d’en découdre avec toutes les formes possibles (et impossibles ?) du récit dramatique.

India Song démarre sur l’air célèbre qui lui donne son titre, cette mélodie entêtante qui peut s’écouter en boucle, simplement jouée au piano (et qui sera plus tard chantée par Jeanne Moreau). Une première voix, celle de la narratrice, Marguerite Duras elle-même, s’élève comme pour en rompre le charme, affirmant par-là son pouvoir démiurgique sur le sens de l’histoire. L’air reprend… Avant de laisser la parole à une autre voix plus jeune, plus frêle, celle de Viviane Forrester dont la prosodie rappelle étrangement celle d’Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour.

Dans Écrire, Duras raconte que le piano est pour elle un objet lointain, encore inaccessible et que si elle avait su en jouer, elle n’aurait peut-être jamais écrit. Le piano est un objet narratif récurrent depuis son enfance, déjà présent dans Un barrage contre le pacifique, son premier grand succès romanesque. L’auteure avait d’ailleurs un piano dans sa maison de Neauphle-le-Château, sur lequel Carlos D’Alessio a composé l’air d’India Song.

La musique et le pouvoir de la répétition
Dès le seuil de la pièce donc, la musique nous est d’emblée donnée dans sa force expressive : une clé importante du récit, un langage à part entière, seul capable peut-être de s’adresser immédiatement aux sens et de traduire les émotions profondes des personnages. De cet air India Song, « cet air d’entre deux guerres », il nous est dit que parfois c’était elle (Anne-Marie Stretter) qui en jouait, parfois c’était lui (Michael Richardson), cet air entendu pour la première fois dans un lointain passé… lors d’un bal… sur lequel elle et lui avaient dansé tous les deux. Après quoi, en une nuit, pour elle il avait tout quitté.

La musique et les réminiscences obsessionnelles hantent Marguerite Duras, jusque dans les titres de quelques textes (Moderato cantabile, La Musica deuxième). Et il y a toujours chez elle, dans l’écrit, dans la manière de dire ou de faire dire aux acteurs-trices, dans la découpe des phrases, si différente de phrasés quotidiens, un sens profond de la musique et du rythme. Répétitions obsessionnelles de thèmes, de personnages, de prosodies vocales, certaines figures symboliques n’auront eu de cesse de revenir hanter son œuvre (la danse, l’amant, l’amour fou, la folie…) à travers quelques personnages choisis : Lol V. Stein, Anne-Marie Stretter, le Vice-Consul, la mendiante. Tous sont ici convoqués.

Carnet (sonore) de repérages, enregistrement qui se rêve en film, avatar réversible, négatif encore non impressionné mais appelé à l’être, l’histoire s’écrit dans le creux, dans l’expérience du doute et en s’écrivant, s’invente en s’écoutant… Car il est demandé à l’auditrice/teur comme à l’actrice/teur un investissement supérieur à la moyenne, pour réussir à pénétrer le sens d’une œuvre conçue comme une énigme existentielle. Si existentielle que l’anecdote raconte qu’à entendre les cris de Michael Lonsdale lors de l’enregistrement à Radio France en 1974, des salariés dans le couloir se demandèrent ce qui pouvait bien se tramer dans ce studio.

Suggérer plus que raconter
Chez Duras, l’amour ou la vie, tout est sujet à étonnement, à ravissement, à écoute attentive. La diction des voix, appuyée, précise, contribue à mettre le naturel à distance et nous entraîne dans un univers lyrique où l’alternance de voix masculines et féminines, de voix jeunes ou mûres, est donnée à entendre comme un chœur théâtral.

La voix de Marguerite Duras prend à son compte les descriptions visuelles des lieux du drame à Calcutta (le parc, l’ambassade, les terrains de tennis, l’hôtel) et énumère des faits, décrit des décors ou des gestes, patiemment, comme pour disséquer une vérité que pourtant elle est semble impuissante à atteindre. Tandis que la plus jeune voix, celle de Viviane Forrester, évasive, troublée, pose des questions, suggère des émotions des personnages, plutôt qu’elle ne raconte ou ne joue vraiment. Qui est-elle d’ailleurs ? Est-elle Anne-Marie Stretter ? Est-elle Lol V. Stein ? ou aucune d’elles ? D’autres voix surgissent au fil de la pièce, pour composer une forme artificielle de récit collectif. Comme si la vérité du monde dépeint ne saurait surgir que par la surimpression et l’alternance des voix.

À propos de celles-ci, Marguerite Duras écrivait dans La Vie matérielle : « La voix c’est plus que la présence du corps. C’est autant que le visage, que le regard, que le sourire. » Mais aussi fascinantes qu’elles soient, aucune des voix qui raconte cette histoire ne semble finalement être en mesure de la raconter seule ou de formuler une quelconque morale… Le sens se faufile alors dans les bribes, les interstices, dans ce qui échappe aussi au verbe.

Entre le présent, décrit avec une forme de lenteur pour cristalliser quelque chose du désir amoureux en proie à l’anéantissement, et un passé qui revient de loin et ne cesse de poursuivre ses personnages, le temps est suspendu. Marguerite Duras n’a jamais renoncé à réécrire sa propre vie, à revisiter les lieux de son existence, à commencer par son enfance et son adolescence passées dans l’Indochine coloniale, au bord du Mékong.

Polyphonie, confusion des temps, des lieux et des mémoires
India Song réinvestit ces lieux. Savannakhet. Delhi. Lahore. « Son nom de Venise dans Calcutta désert »… Les lieux et les temps se superposent en une géographie psychique incertaine, un présent indien troublé définitivement par le passé des personnages. Les sons qui donnent une chair, une texture réaliste à la pièce suggèrent les Indes. Le fracas de la pluie qui s’abat sur la ville. La voix et les chants de la mendiante, au bord du fleuve… cette femme qui a marqué au fer rouge le jeune esprit de Marguerite Duras. L’image de la lèpre qui fait tomber les corps en poussière, tandis qu’à proximité, dans l’univers feutré d’une ambassade, on cause sur un ton léger, on danse, on joue du piano.

India Song, c’est aussi l’inconsistance, la légèreté et le brouhaha d’une soirée d’ambassade au temps des colonies. Qui est vraiment cette Anne-Marie Stretter, autour de laquelle les hommes se pressent ? N’est-elle qu’une femme fatale et froide qui les attire pour les faire sombrer un à un dans la dépendance amoureuse, la folie ou le désespoir ?

Les choses graves sont dites si vite, on passe dessus puis, plus tard, on y revient, obstinément… De quoi se rappelle-t-on finalement ? La couleur de sa robe, de sa bicyclette… Les cris de folie du Vice-Consul (interprété par Michael Lonsdale) dont la voix, brièvement entendue, se mue soudain en cris de fureur désespérés, incongrus, rompant tout à coup la continuité du récit, annonçant déjà la chute tragique, faisant ressurgir le cri primitif de l’animal au sein de la comédie sociale.

Deux mondes en miroir
Qu’y a-t-il en fin de compte dans le double drame d’India Song ? D’un côté des grilles et des fenêtres fermées, des histoires d’amour figées dans la culminance de la passion, disséquées, prises au piège de mémoires photographiques, tandis que dans le même temps, dehors, se joue en toile de fond une autre histoire, grouillante, illimitée, celle de la famine et de la lèpre dans la moiteur de la mousson indienne. Quand certains meurent d’amour ou d’ennui, d’autres meurent de faim…

La nature répétitive de certains éléments sonores et textuels appuie encore ce dispositif du miroir. Le ventilateur qui tourne revient comme un leitmotiv obsédant, tout au long de la pièce, jusqu’à la scène finale. Ce ventilateur « d’une fictivité de cauchemar » dont la présence sonore appuyée, donne un mouvement mécanique et lancinant aux « images » figées de l’intérieur de l’ambassade, suggérées par la voix. Ainsi, nous est-il dit, les personnages « sont comme atteints d’une immobilité mortelle ».

Inéluctabilité et circularité sont au cœur de ce « chant indien ». Quand le son du ventilateur s’arrête, la pièce elle-même s’achève, comme un cœur cesse de battre. Le suicide d’Anne-Marie Stretter est suggéré, jamais sûr, jamais avéré : elle s’est allongée sous le ventilateur, plus tard son peignoir a été retrouvé dans l’allée de la résidence, près de la mer. Le ventilateur aux lames affutées, la 14ème variation de Beethoven, la mer et le ressac, sont sans doute les derniers sons qu’elle aura perçus, plus prégnants, plus saillants, plus forts que les voix humaines, qui ne l’auront pas retenue.

« L’Enfant et la Rivière » d’Henri Bosco en bande dessinée.

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Une magnifique adaptation de l’oeuvre de Bosco ! Xavier Coste sublime la nature avec des couleurs magnifiques. Une lecture très agréable qui nous transporte dans le Sud de la France ! `

Ce qui attire plus que tout Pascalet, dans ce pays de Provence où il vit, c’est la rivière.
Jamais encore il ne l’a vue. Il rêve de suivre Bargabot, le braconnier, à la pêche et de découvrir le mystère de la rivière « interdite ». Un jour, les parents de Pascalet s’absentent.
Et tante Martine est bien trop occupée pour faire attention à lui…
Pascalet va alors découvrir la fascinante rivière, et aussi Gatzo, un jeune garçon extraordinaire qu’il délivre des bohémiens, et avec lequel il va combler sa soif d’aventures.

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L’auteur

Né en 1989 en Normandie, Xavier Coste est auteur de bande dessinée et illustrateur. Après une licence en Arts Graphiques à Paris, il sort son premier album de bande dessinée en 2012, Egon Schiele, vivre et mourir, paru chez Casterman et traduit en plusieurs langues. En tant qu’illustrateur il collabore régulièrement avec la presse et l’édition. L’Enfant et la Rivière est sa première collaboration avec les éditions Sarbacane.

« L’homme qui chavire » de Giacometti

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Comment représenter le vide qui peut happer l’homme ? Que signifie ce vide ? Que recherche inlassablement le sculpteur Giacometti ?

Né en 1901 à Stampa en Suisse, à la frontière avec l’Italie, Alberto Giacometti pratique dès son plus jeune âge le dessin, la peinture et le modelage, des techniques qui resteront au cœur de son travail tout au long de sa carrière. Installé à Paris depuis 1922, il élit domicile en 1927 dans le quartier Montparnasse où il a trouvé un atelier qu’il occupera jusqu’à sa mort. Fasciné par les antiquités égyptiennes, l’art africain et océanien tout autant que par la peinture de Paul Cézanne, Giacometti cherche longtemps sa voie parmi les différents courants avant-gardistes de la première moitié du XXe siècle. Ce n’est qu’après 1945 que naissent les figures longilignes qui lui apportent la notoriété et le succès. Avec elles, il revient à l’étude de la figure humaine et apparaît à contre courant des grands mouvements esthétiques de son temps, tant par sa technique que par ses thématiques. L’homme qui chavireconstitue une des œuvres majeures de sa maturité et révèle la singularité de son traitement des formes.

L’homme qui chavire s’inscrit dans la lignée de son Homme qui marche et de sa Femme debout. Des esquisses voient le jour dès 1947. Pour réaliser cette sculpture, Giacometti a commencé par modeler de la terre et du plâtre sur une armature en fil de fer retenu par de la filasse. Il aime l’aspect inachevé, rugueux de la surface, laissant des empreintes de doigts et même d’ongles. Quand, dans la phase finale de la création, Alberto Giacometti passe du plâtre au bronze, il travaille en étroite collaboration avec son frère Diego. Ce dernier s’occupe particulièrement de mouler les modèles et d’appliquer la patine sur les statuettes à leur retour de la fonderie .Jean-Paul Sartre écrit en 1954 à propos de l’artiste : « Giacometti est devenu sculpteur parce qu’il a l’obsession du vide. » L’homme qui chavire confirme la justesse de cette analyse. La figure se déploie dans l’espace et donne la sensation d’un vide immense autour d’elle, qui menace de l’absorber.

LE DÉSÉQUILIBRE : UNE EXPÉRIENCE PERSONNELLE OU PLASTIQUE ?

Dans cette œuvre, Giacometti témoigne d’un intérêt pour le déséquilibre, pour l’instant où tout chavire. Cette fascination pourrait découler d’une expérience personnelle, car Giacometti, victime d’un accident de la circulation survenu en 1938, boitait et souffrait régulièrement de vertiges. Mais elle s’inscrit aussi dans le sillage du célèbre sculpteur Auguste Rodin qui, dans L’Enfant prodigue avait exploré avant lui

ce motif d’une figure au bord du gouffre. Cependant Rodin et Giacometti se situent presque aux antipodes quant au traitement des corps. Cet « homme qui chavire » est un être dépouillé de peau, d’organes, de muscles. Il ne subsiste qu’une chair accidentée accrochée à une ossature.

L’artiste opte pour la nudité qui rend universel cet être au bord du néant. La silhouette longue et fine s’apparente à une tige, une sorte de signe tracé dans l’espace. Mais la tête renversée en arrière, le bras droit à l’horizontale à la recherche d’un appui invisible, les pieds qui semblent lentement s’arracher à la terre où ils étaient englués, trahissent la résistance de cet homme à une chute pourtant inexorable.

Édité en bronze entre 1950 et 1952, L’homme qui chavire peut être interprété comme une métaphore du sort et des aspirations spirituelles de l’homme. Elle entre en résonance avec la pensée des écrivains, amis du sculpteur, qui tous questionnent à leur manière les fondements de la condition humaine en quête ou en perte de sens après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale : Sartre avec l’existentialisme, Beckett avec l’absurde, ou encore Jean Genet.

D’après un article de Panorama de l’Art.

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que le surréalisme? Une émission France culture 1972 avec des invités de prestige.

Une émission des Samedis de France Culture, par André Parinaud, diffusée le 2 décembre 1972 sur la radio éponyme. Invités : André Breton, Philippe Soupault, Georges Hugnet, Jacques Baron, Max Ernst, André Thirion, André Masson, Lise Deharme, André Pieyre de Mandiargues, Marcel Duhamel, Félix Labisse, Marcel Brion, Raymond Abellio, Jean-Claude Silbermann, José Pierre, Jacques Marais, Jean Hélion, Jean Hérold-Paquis et Alfred Fabre-Luce.

« Les profondeurs du coeur » , photographies d’Emmanuelle Brisson.

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 Avec ce projet récompensé, « Les profondeurs du cœur » où elle aborde dans l’intimité la vie de sa maman Andrée, 89 ans, Emmanuelle Brisson vient aussi de sortir de l’ornière de deux ans de turpitudes personnelles. Lesquelles, dans cette échappatoire photographique, « bouée dans un océan de souffrances »confesse-t-elle, accouchent souvent d’un cri. Ici, à l’instar de la fougère posée délicatement sur le visage de sa mère, ce cri photographique est d’autant plus entendu qu’on le croit tapi dans une dentelle par sa mise en scène. Il est pourtant puissant et viscéral. Organique. Son propos liminaire qui coiffe son exposition comme une fougère sur un visage, est limpide sur son intention, quasi-miroir, voire méthode Coué : « Elle en a bavé, Andrée. Elle a connu la guerre, l’occupation. Elle a vu mourir sa famille. La maladie, la vieillesse […] Mais elle ne veut pas qu’on ait pitié, Andrée ! Circulez ! Andrée, elle résiste à tout. Même la fureur du monde qui l’entoure elle s’en fout : elle est sourde comme un pot !

La jeune photographie internationale. 24ème rencontre de Niort. Villa Pérochon.

Atelier théâtre autour du journal d’Anne Frank: projection et débat.

Ce matin les élèves de troisième ont pu visionner la mise en scène créée par Julia Picquet de la compagnie Naxos, qui est venue les former une vingtaine d’heures et ainsi la confronter à leur propre jeu. (je m’excuse à l’avance de la qualité des vidéos mais j’ai filmé dans le noir total…)

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ils ont beaucoup apprécié et moi aussi! en voici quelques extraits!


Le final ci-dessous qui a fait pleurer quelques élèves qui s’étaient bien habitués à cette famille…

Julia a ensuite échangé avec eux autour de la mise en scène…Le rôle des marionnettes a tenu une grande place dans le questionnement des élèves…

La formation est terminée à priori mais comme nous avons du mal à nous quitter, Julia va revenir finalement en Mai, notre objectif étant maintenant de décider les élèves à se produire devant public lors de la matinée portes ouvertes du collège le samedi 16 juin…

Le travail des élèves, filmé, sera disponible au mois de Mai.