« L’essai »/ Bd de Nicolas Debon (2015)

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(Merci à Marie-Hélène qui m’a offert cette bande-dessinée…Je dois l’avouer il y a une continuité d’intention depuis le cd relatant l’insurrection ouvrière de chez Lip, les boucles d’oreilles Frida Kahlo et cette BD….)

RÉSUMÉ ESSAI (L’)

Avec L’Essai, Debon signe un histoire complète qui, entre fiction et réalité, met en scène l’histoire vraie d’une communauté anarchiste. Nicolas Debon s’inspire de l’histoire vraie d’une communauté anarchiste installée dans les Ardennes en 1903. Fonctionnant sur le principe de liberté et sur les préceptes libertaires, la communauté de L’Essai illustre à merveille l’espoir d’un modèle de société différent et exempt de toute autorité, dans une France plongée dans la misère. Un récit historique poignant sur un épisode méconnu de notre histoire et mis en images par un auteur au talent hors du commun.

Une aventure documentaire, un récit inspiré d’une histoire vraie, mais aussi une bande dessinée servie par un graphisme original avec des couleurs directes parfaitement appropriées aux décors majestueux.

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L’histoire véritable:
Nous sommes en 1903 et le mouvement anarchiste prend de l’ampleur, alors que la révolution industrielle pose des questions cruciales sur l’asservissement de l’homme à un destin qui ne lui appartient plus. Fortuné Henry a dépensé presque toutes ses économies pour acheter une parcelle de terre dans les Ardennes, au cœur du village d’Aiglemont. Seul avec quelques outils, il entreprend de canaliser les écoulements d’eau, se construit une cabane, et s’installe au milieu de nulle part, à la stupeur des habitants. Le projet de Fortuné est simple : il veut construire ici la première cellule d’une société nouvelle, où les hommes et les femmes vivraient et travailleraient en commun, sans gouvernement, sans autorité, forts de l’ambition commune de vivre ensemble. Il l’explique sans sourciller à un groupe de villageois qui vient à sa rencontre, et peu à peu l’information circule. De premiers volontaires rejoignent l’anarchiste idéaliste, et petit à petit le projet prend forme. Une première maison est construite, le terrain est savamment mis en culture. La communauté d’Aiglemont devient un vrai projet, qui surprend autant qu’il attire la curiosité. Malgré le manque d’argent, mais face à un intérêt de plus en plus grand des journaux et de la société civile, il semble trouver une forme d’équilibre.

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« Lino Ventura et l’oeil de verre »/ Bd Arnaud Le Gouëfflec et Stéphane Oiry.

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  • BD franco-belge

Merlin, journaliste, rencontre Lino Ventura dans le cadre d’un article. Fidèle à sa légendaire pudeur, celui qui s’est toujours considéré acteur par « accident » ne se livre pas facilement. Mais au fil de leurs entretiens, le colosse des Tontons flingueurs se dévoile, revenant sur sa carrière, ses débuts dans le catch, ses blessures, ses amitiés, ses brouilles, son rapport à la caméra – cet « œil de verre » comme il aimait à l’appeler –, sa rigueur intransigeante à choisir le bon scénario, pour finir par son engagement en faveur des enfants handicapés à travers l’association « Perce-Neige », toujours active de nos jours. Doucement, une carapace se fêle et une personnalité se dessine. Celle, qu’il n’a jamais pu cacher malgré ses innombrables rôles, d’un personnage droit dans ses bottes et profondément humain. Acteur né, homme d’instinct et colosse au cœur d’or, Lino Ventura est probablement l’une des figures les plus populaires et les plus fascinantes du cinéma français, ayant collaboré avec les plus grands et dont on ne compte plus les chefs-d’œuvre. Par le biais de cet entretien fictif, ce passionnant roman graphique nous replonge dans la carrière et la vie de cet acteur de légende et nous fait découvrir, sous le masque du comédien, la personnalité de l’homme.

Editions Glénat, 141p

ADA DE BARBARA BALDI : QUAND LA BD DEVIENT UN ART

 

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ada-barbara-baldi-couverture.jpgLes romans graphiques deviennent de plus en plus épais et le « roman », depuis quelques mois, l’emporte souvent sur le « graphique ». Dans cette tendance, Ada fait figure d’exception. Exception comme exceptionnelle, car autant l’écrire de suite, cet ouvrage taiseux est une pure merveille picturale. L’auteure italienne signe ici après La partition de Flintham (Ici Même éditions, 2018) une deuxième réalisation qui confirme son talent immense

En feuilletant d’abord l’ouvrage, on pourrait se croire dans un conte pour enfants avec les forêts étouffantes et les images glaçantes d’un ogre en gros plan. L’ogre est en fait le père d’Ada, double de l’écrivaine. Un bûcheron qui vit dans une forêt d’Autriche en 1917, près de Vienne, capitale proche et lointaine où Egon Schiele et Gustav Klimt cherchent de nouvelles partitions picturales. Ce père, dont l’épouse s’est sauvée, et qui ressemble avec son énorme moustache à Staline, est autoritaire, violent et interdit à Ada la lecture et la peinture, deux passions salvatrices et empreintes d’espoir pour l’adolescente. Ada, à sa manière, silencieuse et a priori résignée, va pourtant résister, trouvant dans l’eau glacée d’un torrent ou la mise en forme d’un bouquet de fleurs, la force de combattre et d’éteindre la violence paternelle.

Ce combat raconté à distance est celui d’une jeune fille qui utilise aussi son attachement à la nature pour se construire un monde intérieur lui permettant de grandir en dehors des vociférations et injonctions paternelles. Cette nature, souvent ténébreuse mais éclairée parfois par un soleil rasant ou une lampe à huile comme des signes lumineux d’espoir, est majestueusement peinte et dessinée. Des panoramiques ou des pleine pages verticales créent une atmosphère étouffante et pesante quand le père impose à sa fille des travaux lourds et pénibles mais deviennent sources d’intimité et de bonheur quand Ada se retrouve seule au milieu des arbres et des animaux.

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Les aquarelles retravaillées à l’ordinateur relèvent du plus grand talent et chaque dessin est une œuvre d’art à part entière. Les effets picturaux sont multiples et parfois, comme dans une photo, la mise au point est fixée sur un détail, un objet, laissant dans le flou un environnement cotonneux et protecteur. On croit voir parfois un tableau de William Turner et la rousseur d’Ada, semblable à celle de la dessinatrice, révèle le caractère partiellement autobiographique de l’ouvrage. Elle se tient droite, Ada, et la première représentation d’elle dans une case unique la montre devant son chevalet caché. Ces portraits verticaux d’elle sont parmi les plus belles planches de la BD. La rousseur d’Ada flamboie comme les chevelures des femmes rousses de Toulouse Lautrec et le silence de son regard rappelle la force intérieure des modèles peints par Egon Schiele. Des rapprochements osés, mais justifiés.

Egon Schiele Couple de femmes amoureusesEgon Schiele, Couple de femmes amoureuses, 1915, crayon et aquarelle, 32,5 × 49,5 cm.

La simplicité de l’histoire pourrait sembler insuffisante pour nourrir une centaine de pages, mais le silence permet à l’autrice d’aller à l’essentiel et de maintenir notre attention sur la force intérieure qui anime Ada. On sent avec elle le froid qui pénètre le corps, on ressent le vent qui balaie la chevelure, on est transpercés par la pluie qui accompagne un acte odieux du père. Et surtout Barbara Baldi nous emmène avec elle sous les cieux, personnage à part entière qui renforce le sentiment de solitude d’une jeune fille enfermée dans une prison sans barreau et qui se sert de la beauté du monde pour se sauver dans des terres inconnues. Même quand l’hiver et la nuit étouffent les pas et les mots.

Ada, Barbara Baldi, traduit de l’italien par Laurent Lombard, Nantes, Éditions Ici même, 7 février 2019. 120 pages. 24€. A obtenu le prix BD RTL.

« Devant le jour épais qui s’avance à pas lents » de René -Guy Cadou, suivi d’une vidéo-mémoire…

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« Devant le jour épais qui s’avance à pas lents

Devant l’horrible face à face

Ô cœur ouvert à tous les vents

Et jusque dans ces bras qui cherchent le courant

Hier demain et à présent

 

Il n’y a rien de nouveau

Sous le soleil de ma poitrine

C’est toujours la même tendresse qui chemine

Le même filet bleu qui baigne mes poumons

Toujours ma chair à l’abandon

 

Plus haut la tête claire

Ô mon front riverain du ciel et de la terre

Prunelles éclatées dans un printemps trop doux

Je cours

Et je suis fait pour aller à genoux

 

Ne me demandez plus de partager vos armes

Je dispose mes mains autour de ma maison

Et ceci est mon sang et le froment des larmes. »

 

René Guy Cadou, « La vie rêvée » in Poésie la vie entière ; éd. Seghers ; 2001.

 

Conçu à partir de dix textes de René-Guy Cadou, ce document propose une visite imaginaire guidée par Hélène sa compagne de toujours, à l’école de Louisfert, hier demeure du poète, aujourd’hui musée à sa mémoire.

« Suzanne et Louise », Roman-Photo d’Hervé Guibert

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Suzanne et Louise, publié en 1980, raconte la vie de deux soeurs, l’une veuve, l’autre célibataire, recluses dans un hôtel particulier du XVe arrondissement, gardées par un gros berger allemand. Suzanne tient les cordons de la bourse. Louise, ancienne carmélite, lui sert de bonne, humble et tyrannique. L’auteur, qui est aussi leur petit neveu, est un des rares à leur rendre visite. Mêlant ses manuscrits à ses photos, Hervé Guibert a composé un livre entièrement mis en scène par ses soins. Le résultat en est unique. Un tombeau pour deux vivantes pas dupes qui le remercièrent d’avoir «tiré de [leur] obscurité ce livre trop brillant pour [leur] modestie». Un dossier comportant témoignages, documents et photos inédits complète cette nouvelle édition.

L’arbalète Gallimard.

« Le Modèle Noir vu par Marie Ndiaye (nouvelle écrite à l’occasion de l’évènement: « Le Modèle noir de Géricault à Matisse » au Musée D’Orsay.)

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Un pas de chat sauvage

Coédition Flammarion / Musées d’Orsay et de l’Orangerie

Maria «l’Antillaise » pose, le regard lointain, pour le photographe Nadar dans les années 1860. Maria Martinez, «la Malibran noire », artiste originaire de La Havane, connaît le succès sur la scène parisienne dans les années 1850 avec le soutien inconditionnel de Théophile Gautier. Malgré les nombreux points communs qui les rapprochent, on ne peut affirmer qu’il s’agit d’une seule et même «Maria ». La narratrice en est néanmoins persuadée.

Que sait-on de ces modèles dont on ne connaît que l’image? Marie NDiaye, auteur d’une vingtaine de livres, prix Goncourt en 2009 avec Trois femmes puissantes, y répond par la littérature.

  • Hors collection – Art
  • Paru le 03/04/2019
  • Du 26 mars au 21 juillet 2019. Musée d’Orsay. Paris.

 

En adoptant une approche multidisciplinaire, entre histoire de l’art et histoire des idées, cette exposition se penche sur des problématiques esthétiques, politiques, sociales et raciales ainsi que sur l’imaginaire que révèle la représentation des figures noires dans les arts visuels, de l’abolition de l’esclavage en France (1794) à nos jours. Tout en proposant une perspective continue, elle s’arrête plus particulièrement sur trois périodes clé : l’ère de l’abolition (1794-1848), la période de la Nouvelle peinture jusqu’à la découverte par Matisse de la Renaissance de Harlem et les débuts de l’avant-garde du XXe siècle et les générations successives d’artistes post-guerre et contemporains.

L’exposition s’intéresse principalement à la question du modèle, et donc du dialogue entre l’artiste qui peint, sculpte, grave ou photographie et le modèle qui pose. Elle explore notamment la manière dont la représentation des sujets noirs dans les oeuvres majeures de Théodore Géricault, Charles Cordier, Jean-Baptiste Carpeaux, Edouard Manet, Paul Cézanne et Henri Matisse, ainsi que des photographes Nadar et Carjat, évolue.

Commissariat

Cécile Debray, conservateur en chef du patrimoine, directrice du musée de l’Orangerie
Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la présidente des musées d’Orsay et de l’Orangerie
Denise Murrell, Ford Foundation Postdoctoral Research Scholar at the Wallach Art Gallery
Isolde Pludermacher, conservatrice en chef au musée d’Orsay

Recollets/ Jour 2

Exposition Nalia . Couvent des Recollets . Cognac. Du 15 au 27 avril…

Parce que continuer à se nourrir de son imaginaire dans un monde qui voudrait vous en déposséder…C’est pas facile…5771036501

Poser ses pieds sur un monde instable….C’est pas facile non plus

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Accepter le transport…sous toutes ses formes…C’est étrange

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Il est d’autant plus incertain qu’un beau jour un couple d’allemands dans une trouée d’enfance pose un regard qui voit plus loin et se fasse acquéreur d’un jardin du dedans et qu’un maire trouve en l’Entité le bonheur évident à gérer ses administrés…

Une belle journée…

 

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LE POÈTE

Je l’ai vu mourir souvent

Le poète

Dans ses yeux trop grands

Qui effeuillaient les ombres

De trop près.Il voyait peut-être

Le temps gâché jeté dans

Les pièces successives du monde.

 

 

Je l’ai vu sourire dedans

Le poète

Offrant du cri la version muette

À l’arbre du regard se redressant

Quand tout s’était tu

Et qu’à son destin de racine l’artère était rendue.

 

 

Et j’ai bu sa singulière mélodie

Triomphante que l’on voulait vaincue

L’inflexion de chair de sa voix

Sous les gravats de l’irrévélé

Toujours plus rude que l’attente que l’on en a.

 

 

J’ai caressé longuement

Son poème au double sexe des mots

Comme on caresse un bois vivant

Gorgé d’un sang trouble et dense

Dont seuls les oiseaux ont la connaissance

Au feu et à la peau de midi quand cesse leur chant.

 

Barbara Auzou.

« Césaire contre Aragon » documentaire France ô. Ce jeudi à 21h55.

« Et pour le reste, que le poème tourne bien ou mal sur l’huile de ses gonds, fous t’en Depestre, fous t’en et laisse dire Aragon ! »
Aimé Césaire

Paris, 1955. Le Martiniquais Aimé Césaire écrit une lettre-poème à l’Haïtien René Depestre. Cette dernière est une attaque frontale contre Louis Aragon. Les trois hommes de lettres se retrouvent au cœur d’une des controverses – et à travers eux la France, les Antilles et l’Afrique –  poétiques les plus fécondes de l’après-guerre, dont les enjeux auront vite fait de déborder les seuls cercles littéraires.

Comment Louis Aragon et Aimé Césaire, deux des plus grands poètes du XXe siècle, en sont-ils venus à s’opposer ? L’un adhère au Parti communiste en 1930, l’autre en 1935. Césaire démissionne du PCF en 1956, à cause notamment des révélations du rapport Khrouchtchev, mais Aragon garde le silence et restera au parti jusqu’à sa mort. Cependant, l’opposition des deux hommes n’est pas seulement un différend politique sur fond de déstalinisation. La rupture entre eux est plus ancienne, plus profonde, et s’ancre dans un contexte historique de décolonisation qui a pris la forme d’une tentative de colonisation culturelle de l’un par l’autre. De plus, Césaire trouve cocasse de recevoir une leçon de prolétariat de la part d’un bourgeois français, lui qui passe la majeure partie de son temps à régler des problèmes de santé publique ou d’assainissement de l’eau, aussi bien comme député de la Martinique que comme maire de Fort-de-France. Mais, plus profondément, Césaire n’accepte pas cette mise sous tutelle de l’imaginaire antillais sous le joug culturel français, fût-il communiste.