LES GENTS ABSENTS/ CABREL

 


Autour des maisons
Un autre été flamboie
Quelques oisillons
S’envolent déjà
Fragiles flocons
Face à l’apesanteur
Dans le bleu profond
Des grandes chaleurs

En haut des pylônes
Les oiseaux voyageurs
Attendent l’automne
Comme des guetteurs
Les fleurs et les hommes
En perdent leurs couleurs
Et toujours personne
Sur le répondeur


Les gens absents
C’est bien ça l’ennuyeux
tournent tout le temps
Là devant nos yeux
On croyait défaire
L’étreinte d’un coup sec
Et puis finalement
On se réveille avec

Juste une question
Est-ce que ça dure toujours
Ces manies qu’ils ont
De tourner autour ?
On parle en dormant
Est-ce que c’est bien normal ?

gens absents
Tout leur est égal
J’ai passé l’hiver
C’est comme le désert
Le cœur à l’envers
On voit au travers

C’est quoi ces histoires
De fleurs, de saisons
D’oiseaux bizarres
Qui viennent et qui vont ?
Ce sont des détours
C’est pour que tu comprennes
Que je m’accroche
Aux choses qui reviennent

Quand la guerre sera finie/ Serge Reggiani

 

Ça va faire trente ans que mon lieutenant M’a dit  » tenez bon, soldat, nous vaincrons  » Et depuis trente ans tout seul sur mon île Je tiens tête à l’ennemi qui m’oublie Trente ans à briquer, à bien m’appliquer Sur cette arme qui n’a jamais servi Trente ans à manger du thon en conserve Sans avoir mauvais esprit, on s’ennuie Moi qui sais par cœur Paname De Montmartre à Notre-Dame J’ai parfois du vague à l’âme A la tombée de la nuit J’arriverai en première classe La petite gare Montparnasse Sera là fidèle en place Quand la guerre sera finie A peine arrivé, j’irai respirer Le parfum des halles où j’ai mon travail J’irai défiler tout seul à l’Etoile Moi le soldat inconnu, revenu Moi qui sais par cœur Paname De Montmartre à Notre-Dame J’ai parfois du vague à l’âme Sous la tente où je vieillis Je courrai vers mon quinzième Retrouver près de la Seine Mon petit « Hôtel Moderne » Quand la guerre sera finie Ça va faire trente ans que mon lieutenant M’a dit  » tenez bon, soldat, nous vaincrons  » Je sais bien que c’est parfois bon d’attendre Mais je n’ai rien d’autre à faire, drôle de guerre Moi qui n’ai pas vu de femme Depuis que j’ai pris les armes J’ai parfois du vague à l’âme Quand je pense à Nathalie C’est peu dire qu’elle est belle Sur la photo que j’ai d’elle Je suis sûr qu’elle est fidèle Mais la guerre n’est pas finie…

J’entends,J’entends/Aragon/ Ferrat

 

J’en ai tant vu qui s’en allèrent

Ils ne demandaient que du feu

Ils se contentaient de si peu

Ils avaient si peu de colère

J’entends leurs pas j’entends leurs voix

Qui disent des choses banales

Comme on en lit sur le journal

Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu’on fait de vous hommes femmes

O pierre tendre tôt usée

Et vos apparences brisées

Vous regarder m’arrache l’âme

Les choses vont comme elles vont

De temps en temps la terre tremble

Le malheur au malheur ressemble

Il est profond profond profond

Vous voudriez au ciel bleu croire

Je le connais ce sentiment

J’y crois aussi moi par moments

Comme l’alouette au miroir

J’y crois parfois je vous l’avoue

A n’en pas croire mes oreilles

Ah je suis bien votre pareil

Ah je suis bien pareil à vous

A vous comme les grains de sable

Comme le sang toujours versé

Comme les doigts toujours blessés

Ah je suis bien votre semblable

J’aurais tant voulu vous aider

Vous qui semblez autres moi-même

Mais les mots qu’au vent noir je sème

Qui sait si vous les entendez

Tout se perd et rien ne vous touche

Ni mes paroles ni mes mains

Et vous passez votre chemin

Sans savoir que ce que dit ma bouche

Votre enfer est pourtant le mien

Nous vivons sous le même règne

Et lorsque vous saignez je saigne

Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il

J’aurais tant aimé cependant

Gagner pour vous pour moi perdant

Avoir été peut-être utile

C’est un rêve modeste et fou

Il aurait mieux valu le taire

Vous me mettrez avec en terre

Comme une étoile au fond d’un trou

Le Coq et la Pendule/Nougaro

 

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Tous les goûts sont dans la nature…
D\’ailleurs ce coq avait bon goût
Car la pendule était fort belle
Et son tic tac si doux si doux
Que le temps ne pensait surtout
Qu\’à passer son temps auprès d\’elle
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
De l\’aube jusqu\’au crépuscule
Et même la nuit comme un hibou
L\’amour le rendant coqtambule
Des cocoricos plein le cou
Le coq rêvait à sa pendule
Du Poitou
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Ça faisait des conciliabules
Chez les cocottes en courroux
\ » Qu\’est ce que c\’est que ce coq, ce cocktail,
Ce drôle d\’oiseau, ce vieux coucou
Qui nous méprise et qui ne nous
Donne jamais un petit coup dans l\’aile ? \ »
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Ah, mesdames, vous parlez d\’un jules !
Le voilà qui chante à genoux:
\ » Ô ma pendule je t\’adore
Ah ! laisse moi te faire la cour,
Tu es ma poule aux heures d\’or
Mon amour \ »
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Il est temps de venir à bout
De cette fable ridicule,
De cette crête à testicules
Qui chante l\’aurore à minuit
\ » Il avance ou bien je recule \ »
Se disait notre horlogerie
Qui trottinait sur son cadran
Du bout de ses talons aiguilles
En écoutant son don Juan
Lui seriner sa séguedille
Pour imaginer son trépas
Point n\’est besoin d\’être devin
La pendule sonne l\’heure du repas
Coq au vin
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule

Presque/ Alain Souchon (Nouvel album)

À Lille sur la grand place
Par un jeu subtil de glaces
J’avais son profil de face
Elle a glissé l’argent sous la tasse
S’est levée, je l’ai perdue
J’aurais dû
C’est presque toi, presque moi, ces amoureux dans la cour
C’est presque nous, presque vous, c’est presque l’amour
C’est presque toi, presque moi
On a presque poussé la porte
Presque passé sous le porche
Et puis dans la cour fleurie
Le mot qu’elle a dit
Sur sa joue j’ai posé mon index
Elle a glissé sa main sous ma veste
Un peu plus et là tous les deux, tous les deux
C’est presque toi, presque moi, ces amoureux dans la cour
C’est presque nous, presque vous, c’est presque l’amour
C’est presque toi, presque moi, ces amoureux dans la cour
C’est presque nous, presque vous, c’est presque l’amour
Je t’ai presque écrit ce matin
Presque pris mon courage à deux mains
Te dire qu’à Lille sur la grand place
J’avais ton profil de face
C’est presque toi, presque moi, ces amoureux dans la cour
C’est presque nous, presque vous, c’est presque l’amour
C’est presque toi, presque moi, ces amoureux dans la cour
C’est presque nous, presque vous, c’est presque l’amour

 

Pour toi mon amour/Prévert/ Reggiani

Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j’ai acheté des oiseaux
Pour toi
Mon amour

Je suis allé au marché aux fleurs
Et j’ai acheté des fleurs
Pour toi
Mon amour

Je suis allé au marché à la ferraille
Et j’ai acheté des chaines, de lourdes chaines
Pour toi
Mon amour

Et puis, je suis allé au marché aux esclaves
Et je t’ai cherchée
Mais je ne t’ai pas trouvée
Mon amour

Octobre/ Francis Cabrel

Le vent fera craquer les branches
La brume viendra dans sa robe blanche
Y aura des feuilles partout
Couchées sur les cailloux
Octobre tiendra sa revanche

Le soleil sortira à peine
Nos corps se cacheront sous des bouts de laine
Perdue dans tes foulards
Tu croiseras le soir
Octobre endormi aux fontaines

Il y aura certainement,
Sur les tables en fer blanc
Quelques vases vides et qui traînent
Et des nuages pris sur les antennes

Je t’offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu’Octobre nous prenne

On ira tout en haut des collines
Regarder tout ce qu’Octobre illumine
Mes mains sur tes cheveux
Des écharpes pour deux
Devant le monde qui s’incline

Certainement appuyés sur des bancs
Il y aura quelques hommes qui se souviennent
Et des nuages pris sur les antennes

Je t’offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu’Octobre nous prenne

Et sans doute on verra apparaître
Quelques dessins sur la buée des fenêtres


Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord
Octobre restera peut-être

Est-ce ainsi que les hommes vivent/ ARAGON/ Reprise de Florent Marchet et de Patrick Mille.

 

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
à quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays
Cœur léger, coeur changeant, coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours?
Que faut-il faire de mes nuits?
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Mais leurs baisers au loin les suivent
C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Mais leurs baisers au loin les suivent
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke
Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Mais leurs baisers au loin les suivent
Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en ira bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus…