« Jamais d’autre que toi »/ Robert Desnos/ Serge Reggiani

 

 » Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes

En dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit

Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien

Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit

Jamais d’autre que toi ne saluera la mer à l’aube quand

Fatigué d’errer moi sorti des forêts ténébreuses et

Des buissons d’orties je marcherai vers l’écume

Jamais d’autre que toi ne posera sa main sur mon front

Et mes yeux Jamais d’autre que toi et je nie le mensonge et l’infidélité

Ce navire à l’ancre tu peux couper sa corde

Jamais d’autre que toi

L’aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux

De cuivre vert-de-grisés Quelle évasion !

C’est le dimanche marqué par le chant des rossignols

Dans les bois d’un vert tendre l’ennui des petites

Filles en présence d’une cage où s’agite un serin

Tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement

Déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud

Nous passerons d’autres lignes

Jamais jamais d’autre que toi

Et moi seul seul comme le lierre fané des jardins

De banlieue seul comme le verre

Et toi jamais d’autre que toi. »

(R. Desnos)

Le cri des sirènes/ Barbara

C’est une histoire pleine de bateaux,
De filets, de vents, de nuages.
C’est une histoire pleine d’oiseaux
Qui volaient entre les cordages.
Un peu trop blanche était la lune,
Le soir où tout a commencé,
Un peu trop pâle était la lune
Quand je les ai vus s’embrasser.
Je ne sais pas,
Je ne sais pas pourquoi,
Quand j’entends cet air là,
Ça me fait de la peine.
Je ne sais pas
Si c’est gris,
Si c’est bleu
Mais j’ai les larmes aux yeux
Et le cœur à la traîne.
Se sont aimés,
Se sont étreints
Puis retrouvés au bout du monde.
Contre lui, elle était si bien
Qu’elle a pleuré sur son épaule
Car notre cœur a ses raisons
Que la raison ne connaît guère.
Ce jour là, son coeur, sans raison,
Se mit à tourner à l’envers.
Il est parti le lendemain
La laissant seule au
Bout du monde.
Sans faire un geste de la main,
Sans prononcer une parole
Elle a vu partir son bateau
Et, lorsque s’est tue, la sirène,
Elle a couru noyer sa peine
Et son amour
Au fond des eaux.
Je ne sais pas,
Je ne sais pas pourquoi,
Quand j’entends cet air là,
Je ne sais pas
Mais j’ai les larmes aux yeux
Et le cœur à la traîne

Arno/ Les filles du bord de mer

Je me souviens du bord de mer
Avec ses filles au teint si clair
Elles avaient l’âme hospitalière
C’était pas fait pour me déplaire
Naïves autant qu’elles étaient belles
On pouvait lire dans leurs prunelles
Qu’elles voulaient pratiquer le sport
Pour garder une belle ligne de corps
Et encore, et encore
Z’auraient pus danser la java
Z’étaient chouettes les filles du bord de mer
Z’étaient faites pour qui savait y faire
Y’en avait une qui s’appelait Ève
C’était vraiment la fille d’mes rêves
Elle n’avait qu’un seul défaut
Elle se baignait plus qu’il ne faut
Plutôt qu’d’aller chez le masseur
Elle invitait le premier baigneur
A tâter du côté de son cœur
En douceur, en douceur
En douceur et profondeur
Z’étaient chouettes les filles du bord de mer
Z’étaient faites pour qui savait y faire
Lui pardonnant cette manière
J’lui proposas de partager ma vie
Mais dès que revint l’été
Je commençai à m’inquiéter
Car sur les bords d’la Mer du Nord
Elle se remit à faire du sport
Je tolérais ce violon d’Ingres
Sinon elle devenait malingre
Puis un beau jour j’en ai eu marre
C’était pis que la mer à boire
J’lai refilé à un gigolo
Et j’ai nagé vers d’autres eaux
En douceur, en douceur
Z’étaient chouettes les filles du bord de mer
Z’étaient faites pour qui savait y faire

 

Manila Hôtel/ Lavilliers

Je suis au Manila hôtel
qui sonne,c’est peut-être celle
que j’attends seul dans la rue poubelle
je suis au Manila hôtel

je suis seul ma musique coure
au milieu des gens qui m’entourent

Boire seul au Manila hôtel
ma gueule en face des poubelles
les parfums lourds des rues de Manille
la misère et le rire des filles

Je suis au Manila hôtel
qui sonne,c’est peut être elle
que j’attends seul dans la rue poubelle
je suis au Manila hôtel

je suis seul,ma musique coure
au milieu des gens qui m’entourent
qui m’entourent

« Inclinado en las tardes »/ Paco Ibanez chante Neruda.

Une vidéo D’Eva Baila. Merci Eva.

 

Inclinado en las tardes tiro mis tristes redes
a tus ojos oceánicos.
Allí se estira y arde en la más alta hoguera
mi soledad que da vueltas los brazos como un náufrago.
Hago rojas señales sobre tus ojos ausentes
que olean como el mar a la orilla de un faro.
Sólo guardas tinieblas, hembra distante y mía,
de tu mirada emerge a veces la costa del espanto.
Inclinado en las tardes echo mis tristes redes
a ese mar que sacude tus ojos oceánicos.
Los pájaros nocturnos picotean las primeras estrellas
que centellean como mi alma cuando te amo.
Galopa la noche en su yegua sombría
desparramando espigas azules sobre el campo.

Du rebord des soirs je jette…

Du rebord des soirs je jette mes filets tristes
vers tes yeux océaniques.
Là, s’étire et brûle dans le feu de la plus haute joie
ma solitude qui agite les bras comme un naufragé.
Je fais des signaux rouges vers tes yeux absents
qui déferlent comme la mer aux abords d’un phare.
Tu n’en gardes que ténèbres, femme distante et mienne,
si de tes yeux émergent les rives de l’effroi.
Du rebord des soirs je jette mes filets tristes
vers cette mer qui remue tes yeux océaniques.
Les oiseaux de nuit picorent les premières étoiles
qui scintillent. Mon âme est pareille quand je t’aime.
La nuit galope sur sa sombre jument
et disperse des épis d’azur dans les champs.

Plaisir du palais…

Oeufs cocotte aux poireaux et au bleu

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Si vous n’êtes pas trop cloche vous parviendrez aisément à réaliser une fondue de poireaux (émincés finement et revenus 20mn dans un peu de beurre) à laquelle vous ajouterez une crème fraîche dans laquelle auront fondu 100g de bleu ou de gorgonzola…un petit tour de moulin à baies…et hop, au four chaud entre 10 et 15 minutes….

« Parbleu ! Il n’y a que les imbéciles qui ne soient pas gourmands. On est gourmand conme on est artiste, comme on est instruit, comme on est poète. Le goût, mon cher, c’est un organe délicat, perfectible et respectable comme l’œil et l’oreille.

Manquer de goût, c’est être privé d’une faculté exquise, de la faculté de discerner la qualité des aliments, comme on peut être privé de celle de discerner les qualités d’un livre ou d’une œuvre d’art; c’est être privé d’un sens essentiel, d’une partie de la supériorité humaine; c’est appartenir à une des innombrables classes d’infirmes, de disgraciés et de sots dont se compose notre race; c’est avoir la bouche bête, en un mot, comme on a l’esprit bête. Un homme qui ne distingue pas une langouste d’un homard, un hareng, cet admirable poisson qui porte en lui toutes les saveurs, tous les aromes de la mer, d’un maquereau ou d’un merlan, et une poire crassane d’une duchesse, est comparable à celui qui confondrait Balzac avec Eugène Sue, une symphoniede Beethoven avec une marche militaire d’un chef de musique de régiment, et l’Apollon du Belvédère avec la statue du général de Blanmont! »

Guy de Maupassant, Le Rosier de madame Husson, 1888.