Parus, pas lus. L ‘illusoire surchauffe des maisons d’édition.

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En cette saison de Goncourt, Médicis ou Fémina, le marché du livre est en surchauffe mais…ce n’est pas une raison pour s’en réjouir: trop de publications, des librairies embouteillées qui retournent les invendus de plus en plus vite et au final une baisse d’un tiers du nombre moyen d’exemplaires vendus par livre et par auteur, voilà les conclusions du rapport d’Olivier Donnat, sociologue, au ministère de la culture . De plus en plus de titres se vendent à moins de cent exemplaires, une tendance engendrée notamment par la multiplication des petits éditeurs, la « microédition » encourageant la production à compte d’auteur et en version numérique. Au sommet de la pyramide, seuls une poignée d’écrivains avoisinent les cent mille exemplaires vendus. Au milieu, des titres qui passent inaperçus et des auteurs dont les revenus baissent. Ce rapport annonce pourtant une bonne nouvelle: le livre imprimé résiste à la numérisation.

A partir d’un article de Gilles Heuré, Telerama.

Sables mouvants. Barbara

 

J´suis plus d´ton âge,
Mais t´as le goût, a m´regarder,
Premier voyage.
Je plie le cou, sous tes baisers.
T´as poussé doucement ma porte
Refermée
Et tu m´as dit, en quelque sorte :
« Je voudrais t´aimer. »
Et, dans le vide où je m´avance,
Un peu cassée,
Sans plus rien voir,
Plus rien savoir, rien écouter,
T´as dit « je veux »
Avec ferveur.
Tu t´es couché
Aux sables mouvants
Des amours condamnées.

Nos saisons ne sont plus les mêmes.
Tu es printemps
Je suis hiver
Et la saison de nos je t´aime
Pourrait nous mener en Enfer.

J´suis plus d´ton âge
Mais j´ai bonheur a t´regarder.
On fait voyage
Dans une vie
Recommencée.
Tu pousses doucement ma porte
Entrebâillée
Et j´ai tout le ciel en escorte
Pour voyager
Et c´est cadeau
De t´attendre, de te rêver,
Et c´est cadeau
Pour offrande,
Tous tes étés,
Et c´est cadeau.
Le jour se lève
Pour se poser
Sur les matins
D´un nouveau monde
Réinventé.

Notre saison est la même,
Toi le printemps
De mes hivers
Et la saison de nos je t´aime,
C´est la saison des Enfers.

Un jour, demain, je partirai
Sans rien te dire, sans m´expliquer,
Demain, demain,
Mais avant, que plus loin
Notre vie, à la dérive
Soit emportée,
Avant, oublions, tout
Et partageons l´instant
De cet instant,
Ta vie, ma vie
Avant l´orage
Où tout s´éclate
Foudroyé.
Que l´on se fonde, se confonde
A nous aimer,
Fermons doucement notre porte
Et, cachés,
On aura le ciel, en escorte
Pour rêver
Et sans mémoire, plus rien savoir
Mais vivre
Juste l´instant, de ce présent,
Le vivre,
Aux sables mouvants
De nos amours condamnées
Les saisons,
Qu´est-ce que ça peut faire?
On va s´aimer.

J´suis plus d´ton âge
Mais c´est bonheur de t´regarder.
On fait voyage
Dans une vie
Recommencée…

Jean Ferrat, Louis Aragon: Un jour, un jour.

Il s’avère qu’elle n’est pas sortie de ma tête de la journée…Alors, voilà, pour vous.

 

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Louis Aragon.

« Différence ».Isabelle Mayereau.

T’as pas les mêmes couleurs
T’as pas la même voix
T’as pas les mêmes heures
T’a pas les mêmes doigts
C’est pas la même vie
C’est pas la même histoire
Pas les mêmes jeudis
Pas les mêmes devoirs
Différence
Différence
T’as pas les mêmes yeux
T’as pas les mêmes mots
Ta vie en couvre feu
Tu la vis en solo
T’as pas le même coeur
Pas le même sourire
Dessine-moi j’ai peur
Un bateau pour partir
Différence
Différence
T’as pas les mêmes regards
T’as pas les mêmes silences
Pas les mêmes départs
De mon port de plaisance
T’as pas les mêmes parfums
Pas les mêmes essences
La voiture ou le train
Sont de longues distances
Différence
Différence

De Shanghai à Bangkok. Barbara

De Shanghai à Bangkok sur une coque de noix
Sydney à Caracas les jours qui passent sans toi
Traînant de port en port l’ennui à bord le bourdon
Je repense au retour dans quelques jours c’est long
C’est pour toi ma jolie que je suis sorti vainqueur
De ces îles perdues où l’on tue où l’on meurt
J’ai jeté par dessus bord tous mes remords ma conscience

Pour sortir victorieux du cap de désespérance

Je t’avais promis en te quittant
D’aller conquérir un continent
De piller toute la fortune de la terre
Il y en aurait tant qu’on n’en saurait que faire
Je t’avais promis en te quittant
Des pièces d’or pour ton bracelet
Je crois que c’est raté

De Shanghai à Bangkok sur tous les docks j’ai flâné
Les filles de couleur m’offraient leur cœur à aimer
Quand j’avais trop le noir j’allais les voir et pourtant
C’est toi qui as mon cœur jolie fleur que j’aime tant
En croyant m’enrichir j’ai vu périr mes dollars
Aux dés ou au poker jeux de l’enfer du hasard
Quand le piano à bretelles jouait le fameux air que t’aimais
Je ne suis pas mélomane mais le vague à l’âme me prenait

Je t’avais promis en te quittant
De revenir chargé de diamants
De quoi faire pâlir le soleil et la lune
Mais je n’ai que la peau et les os pour seule fortune
Je t’avais promis en te quittant
De pouvoir te mériter
Je crois que c’est raté

Adieu Shanghai Bangkok et ma défroque de marin
Car la prochaine escale c’est le canal Saint-Martin
Je n’aurai pour merveille qu’un peu de soleil dans les mains
Mais quand on se retrouvera
Le bonheur qu’on se paiera
Vaudra bien quelques millions de carats
Et je crois que nous serons bien assez riches comme ça