Utile/ Julien Clerc

« À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »

Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés

Comme une langue ancienne

Qu’on voudrait massacrer Je veux être utile

À vivre et à rêver

Comme la lune fidèle à n’importe quel quartier

Je veux être utile à ceux qui m’ont aimé

À ceux qui m’aimeront

Et à ceux qui m’aimaient

Je veux être utile À vivre et à chanter

Ah, la, la, la La, la La, la, la, la, la, la La, la, la, la, la, la

Dans n’importe quel quartier d’une lune perdue

Même si les maîtres parlent et qu’on ne m’entend plus

Même si c’est moi qui chante

À n’importe quel coin de rue

Je veux être utile À vivre et à rêver

Ah, la, la, la La, la La, la, la, la, la, la La, la, la, la, la, la

« À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »

Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés

Comme une langue ancienne

Qu’on voudrait massacrer Je veux être utile À vivre et à rêver

Comme la lune fidèle à n’importe quel quartier

Je veux être utile à ceux qui m’ont aimé

À ceux qui m’aimeront Et à ceux qui m’aimaient

Je veux être utile À vivre et à chanter

« À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »

Pomme/ Sans toi

 

Je suis descendue du train
Paris au petit matin
Sans toi
Et ce matin j’ignorais
Dieu que ma vie commençait
Sans toi
Une sorcière, je suis devenue folle
Une vipère, j’ai croqué la pomme
Sans toi
Sans toi
Je dois m’y faire j’ai sur les épaules
Un bulldozer et le mauvais rôle
Sans toi
Sans toi
Et la nuit tombée
Pour ne plus jamais pleurer
Je chasse deux trois paires de bras
Pour m’y réfugier
Seulement le temps d’un baiser
Pour ne plus jamais me voir
Sans toi
Sans toi
Sans toi
Les lendemains sont les mêmes
J’ai le coeur en quarantaine
Sans toi
Paris ne veut plus rien dire
Si je dois la conquérir
Sans toi
Sans toi
Des chants de guerre depuis je compose
Et dans mes airs je te tue en prose
Sans toi
Sans toi
M’en fous la bière, m’en fous la cirrhose
Un dernier verre, une dernière dose
Sans toi
Sans toi
Et la nuit tombée
Pour ne plus jamais pleurer
Je chasse deux trois paires de bras
Pour m’y réfugier
Seulement le temps d’un baiser
Pour ne plus jamais me voir
Sans toi
Sans toi
Sans toi
Sans toi

Pomme/On brûlera

 

 

On brûlera toutes les deux
En enfer, mon ange
J’ai prévu nos adieux
À la Terre, mon ange
Et je veux partir avec toi
Je veux mourir dans tes bras
Que la mer nous mange le corps, ah
Que le sel nous lave le cœur, ah
Je t’aimerai encore
Je t’aimerai encore
Ah, je t’aimerai encore
Je t’aimerai encore
Je m’excuse auprès des dieux
De ma mère et ses louanges
Je sais toutes les prières
Tous les vœux pour que ça change
Mais je veux partir avec toi
Je veux mourir dans tes bras
Que la mer nous mange le corps, ah
Que le sel nous lave le cœur, ah
Je t’aimerai encore
Je t’aimerai encore
Ah, je t’aimerai encore
Je t’aimerai encore
On brûlera toutes les deux

En enfer, mon ange
Tu peux écrire tes adieux
À la Terre, mon ange
Car je veux partir avec toi
Je veux mourir dans tes bras
Si la mer nous mange le corps, ah
Si le sel nous pique le cœur, ah
Je t’aimerai encore
Je t’aimerai encore
Ah, je t’aimerai encore
Je t’aimerai encore

La Poésie/ Dominique A

 

La poésie s’en est allée
Je la soupçonne d’être passé par chez toi
De s’être allongée dans ton lit
Et d’avoir écouté la pluie sur le toit
Elle avait si peu à confier
Pas du genre à trop s’épancher quelques mots
Qu’elle a laissé sur ton bureau
Quelques ratures au stylo
Puis elle s’en est allée
Puis elle s’en est allée
Il nous a fallu quelques jours
Pour être moins aveugle et sourd et trouver
Que l’air était un peu plus lourd
Nos épaules un peu plus rentrées et penser
Qu’après avoir tant annoncé
Un départ mille fois reporté, elle rêve
Ôter le manteau du crochet
Où depuis des siècles il pendait
Puis s’en était allé
Puis s’en était allé
Sommes-nous des enfants perdus?
La forêt à perte de vue pour le soir
Refuse de nous abandonner
De laisser à l’obscurité tout pouvoir
Sur notre histoire mal engagée
La pleine lune est convoquée pour déjouer
Les pièges d’une nuit trop noire
Aux abords d’un abattoir
Sans un poème pour nous sauver
Sans un poème pour nous sauver
Je n’sais pas pourquoi je pensais
Qu’elle n’avait pas pu s’en aller, sans passer
Par chez toi et sur ton bureau
J’ai vu les ratures au stylo, quelques mots
Qui se sont glissés sur ma peau
Sur ton visage et sur tes mains ils ont pris
Le rythme d’un coeur en sursit
Et leur peau était faible aussi
Mais il faudrait s’y accrocher
Mais il faudrait s’y accrocher

Le jour viendra/ Jean-Roger Caussimon

 

Eh, l’ami ! Prête-moi main forte
A deux, poussons la lourde porte
Sortons de l’abri de ciment
C’est la nuit, nous sommes de garde
Et tristement, toi qui regardes

Briller la lune au firmament

Ami, ne désespère pas
Le jour viendra, le jour viendra

C’est défendu mais en cachette
Allumons au creux de nos mains
Une cigarette
On a peur que le temps s’arrête
Il n’en est rien et nous aurons des lendemains
De fête
Quand nous irons le long du fleuve
Cueillir l’orange et le citron
Nous oublierons
Nos nuits d’épreuve
Nous oublierons les nuits de guerre
Où l’on croyait
Que plus jamais ne reviendrait
Une aube claire

Ami, ne désespère pas
Le jour viendra, le jour viendra
Ne désespère pas

Le ciel de chaque nuit sera douce lumière
Le ciel de chaque jour éblouissante clarté
Quand nous aurons la liberté
De vivre en paix sur cette Terre !

Le jour viendra, le jour viendra

Voici le soleil qui se lève
Et les copains de la relève
Qui viennent à nous en chantant
Frères, la nuit fut calme et belle
Mais nous l’avons crue éternelle
Et chantions pour passer le temps

Ami, ne désespère pas
Le jour viendra, le jour viendra
Ami, ne désespère pas

La ciel de chaque nuit sera douce lumière
Le ciel de chaque jour éblouissante clarté
Quand nous aurons la liberté
De vivre en paix sur cette Terre

Le jour, le jour, le jour viendra
Ami, ne désespère pas
Le jour, le jour, le jour viendra
Ami, ne désespère pas
Le jour viendra, le jour viendra

 

Vienne/ Barbara

 

Si je t’écris ce soir de Vienne

J’aimerais bien que tu comprennes

Que j’ai choisi l’absence

Comme dernière chance

Notre ciel devenait si lourd

Si je t’écris ce soir de Vienne

Oh que c’est beau l’automne à Vienne

C’est que sans réfléchir

J’ai préféré partir

Et je suis à Vienne sans toi

Je marche je rêve dans Vienne

Sur trois temps de valse lointaine

Il semble que les ombres

Tournent et se confondent

Qu’ils étaient beaux les soirs de Vienne

Ta lettre a dû croiser la mienne

Non, je ne veux pas que tu viennes

Je suis seule et puis j’aime

Etre libre oh que j’aime

Cet exil à Vienne sans toi

Une vieille dame autrichienne

Comme il n’en existe qu’à Vienne

Me loge et dans ma chambre

Tombent et de pourpre et d’ambre

De lourdes tentures de soie

C’est beau à travers les persiennes

Je vois l’église Saint-Étienne

Et quand le soir se pose

Ces bleus ces gris ces mauves

Et la nuit par-dessus les toits

C’est beau Vienne C’est beau Vienne

Cela va faire une semaine

Déjà que je vis seule à Vienne

C’est curieux le hasard

J’ai croisé l’autre soir

Nos amis de Luntachimo

Cela va faire une semaine

Ils étaient de passage à Vienne

Ils n’ont rien demandé

Mais se sont étonnés

De me voir à Vienne sans toi

Moi, moi je me promène

Je suis bien, je suis bien…

Et puis de semaines en semaines

Voilà que je vis seule à Vienne

Tes lettres se font rares

Peut-être qu’autre part

Tu as trouvé l’oubli de moi

Je lis et j’écris mais quand même

Ce qu’il est long l’automne à Vienne

Dans ce lit à deux places

Où la nuit je me glace

Tout à coup j’ai le mal de toi

Que c’est long Vienne

Que c’est loin Vienne

Si je t’écris ce soir de Vienne

Chéri, c’est qu’il faut que tu viennes

J’étais partie Pardonne-moi

Notre ciel devenait si lourd

Et toi de Paris jusqu’à Vienne

Au bout d’une invisible chaîne

Tu me guettes et je pense

Jouant l’indifférence

Tu m’as gardée malgré moi

Il est minuit ce soir à Vienne

Mon amour il faut que tu viennes

Tu vois je m’abandonne

Il est si beau l’automne

Et je veux le vivre avec toi

C’est beau Vienne

Avec toi Vienne

Trois poèmes pour Annabel Lee/ Hubert-Félix Thiéphaine

 

La lune s’attarde au dessus des collines
& je sens les lueurs des étoiles sous ta peau
Fleur de jacaranda & parfum d’aubépine
Dans cet or de la nuit tes cheveux coulent à flots
Les groseilles boréales & les airelles fauves
Au velours de tes lèvres, humides & licencieuses
Me laissent dans la bouche un goût de folie mauve
Un arôme estival aux couleurs silencieuses
Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres
Vapeurs de canneberge oubliées dans la bruine
& sur les pétroglyphes de tes bleus sanctuaires
L’esprit de la mangrove suit l’ombre de tes djinns
& dézeste les grumes aux subtils estuaires
Ne laisse pas la peur entrouvrir le passage
Obscur & vénéneux, dans l’argent de tes yeux
Mais donne à la lumière tes pensées les plus sages
Pour un instant de calme / de plaisir délicieux
Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
!Je feuillette tes lèvres
Annabel Lee
J’ai dans mes récepteurs
Le parfum de ta voix
Annabel Lee
Je te connais par cœur
Sur le bout de mes doigts
Au loin dans la vallée la brume se mélange
Aux pastels de safran, de violette & d’orange
& j’en vois les reflets dans ton regard voilé
Par des réminiscences d’antiques cruautés
Ne laisse pas les mères de vinaigre envahir
Tes pensées, ta mémoire, tes rêves & ton sourire
Chasse au loin ta détresse, laisse entrer le printemps
Le temps de la tendresse & de l’apaisement
Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres
Annabel Lee
J’ai dans mes récepteurs
Le parfum de ta voix!
Annabel Lee
Je te connais par cœur
Sur le bout de mes doigts

Les mains d’or/ Bernard Lavilliers

 

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminées muettes, portails verrouillés
Wagons immobiles, tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé
On dirait, la nuit, de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces, le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant
J’voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or
Travailler encore, travailler encore
Acier rouge et mains d’or
J’ai passé ma vie là, dans ce laminoir
Mes poumons, mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là, les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée sur l’espoir
On dirait le soir des navires de guerre
Battus par les vagues, rongés par la mer
Tombés sur le flan, giflés des marées…