Parus, pas lus. L ‘illusoire surchauffe des maisons d’édition.

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En cette saison de Goncourt, Médicis ou Fémina, le marché du livre est en surchauffe mais…ce n’est pas une raison pour s’en réjouir: trop de publications, des librairies embouteillées qui retournent les invendus de plus en plus vite et au final une baisse d’un tiers du nombre moyen d’exemplaires vendus par livre et par auteur, voilà les conclusions du rapport d’Olivier Donnat, sociologue, au ministère de la culture . De plus en plus de titres se vendent à moins de cent exemplaires, une tendance engendrée notamment par la multiplication des petits éditeurs, la « microédition » encourageant la production à compte d’auteur et en version numérique. Au sommet de la pyramide, seuls une poignée d’écrivains avoisinent les cent mille exemplaires vendus. Au milieu, des titres qui passent inaperçus et des auteurs dont les revenus baissent. Ce rapport annonce pourtant une bonne nouvelle: le livre imprimé résiste à la numérisation.

A partir d’un article de Gilles Heuré, Telerama.

Paroles d’élèves.

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Aujourd’hui:

-Dites, Madame, vous pouvez pas mettre sur mon bulletin « Problème de compréhension » plutôt que « bavard » ou « dissipé »?

-??!!!!!!

Quant à l’image, il faut croire qu’on réussit bien dans la vie avec des mensonges et de belles promesses .De ce fait, je me range aux côtés des dissipés ce samedi.

Professeur braqué à Créteil : méritocratie républicaine, avis de décès…

C’est mon ami et collègue Pierrick qui m’a inspiré cet article et je reproduis ici l’intégralité de l’article Libération.

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Par Rodrigo Arenas, président de la FCPE de la Seine-Saint-Denis Hélène Rouch, présidente de l’IUT de Toulouse 3 et Edouard Gaudot, essayiste — 

L’affaire du lycéen qui a braqué une arme factice sur son enseignante à Créteil révèle le mélange de déni de réalité du ministre de l’Intérieur et la pauvreté des réponses apportées de la part des autorités depuis plusieurs décennies.

A l’occasion d’un fait divers à la fois grotesque et choquant, notre gouvernement disruptif semble découvrir la violence larvée qui gangrène l’école, lieu essentiel où se file le tissu de la société française. Une violence quotidienne, entre élèves, avec les enseignants, avec les parents, avec les administrations. Une violence tellement banalisée que les réactions gouvernementales sonnent faux, surjouées et médiatiques. Comme pour rassurer les honnêtes gens que tout va bien et que ces dérapages resteront exceptionnels.

En fin de compte le plus effrayant dans cette menace juvénile et maladroite sur une enseignante, c’est peut-être le mélange entre le déni de réalité d’un ministre de l’Intérieur qui fait diversion par un amalgame abusif avec la grande délinquance et la pauvreté des réponses apportées de la part des autorités drapées dans leur impuissance, dans la continuité des actions superficielles et mal calibrées qui caractérisent les politiques urbaines et éducatives depuis plusieurs décennies.

Ne voient-ils pas que malgré son essoufflement au bout de quelques semaines, l’incendie qui a embrasé nos villes et justifié l’état d’urgence en 2005 n’a jamais été vraiment éteint ? Ne voient-ils pas que chaque jour un peu plus, l’école de la République s’enfonce dans la triste résignation à faillir à sa mission d’émancipation universelle ? Sont-ils conscients des difficultés persistantes pour des pans entiers de nos populations laissées pour compte de la promesse républicaine d’égalité et de fraternité ? Au-delà des agrégats statistiques dont les administrations raffolent, ont-ils lu les analyses de terrain, ou encore en particulier cette accablante étude récente du Cnesco sur plus de 900 collèges d’Ile-de-France qui se résume en une question lourde de sens : «L’Education nationale donne-t-elle vraiment plus aux moins défavorisés ?»

Comme on ne peut imaginer qu’ils fussent aussi naïfs et mal renseignés sur l’état de notre école et de la décomposition du lien social et des solidarités dans ce pays, il faut les considérer avec la sévérité qui s’impose lorsqu’on est confronté au cynisme des irresponsables. Le cynisme désespérant d’une société qui accueille 260 000 millionnaires de plus cette année, mais voit la pauvreté progresser dans le même temps. Si encore l’école républicaine pouvait prétendre être l’instrument efficace de ce nouveau Guizot à l’Elysée qui considère qu’il suffit de traverser la rue pour emprunter la voie vertueuse de l’enrichissement… Mais même la promesse de méritocratie bourgeoise où les fils et filles de rien pouvaient devenir médecins, avocates ou ingénieurs pourvu qu’ils étudient bien est devenue une légende urbaine.

Car la réalité c’est que la France n’a jamais créé autant de richesses. Même faible, la croissance est là : le PIB a plus que doublé depuis 1974, soit plus de 100 % de croissance. Dans la même période, la pauvreté n’a reculé que très marginalement. La réalité c’est que le travail ne paie pas. Et le chômage est devenu massif et structurel. Autant parce que la machine n’a plus besoin du plein-emploi pour tourner que parce que la redistribution a changé de sens : entre 1980 et 2007 la progression annuelle du salaire moyen est inférieure à 1 % (0,82 %) mais pour les 0,01 % les mieux payés, c’est + 340 %.

Alors, investir dans l’école ? Mais pour quoi faire ? Les pauvres c’est pas bankable, glamour, disruptif. En revanche l’échec scolaire, ça eut payé. C’est de la main d’œuvre bon marché pour les chaines de restauration rapide ou de télémarketing, pour conduire ceux qui ont quelque part où aller, pour livrer les repas de ceux dont la vie sociale et professionnelle est déjà trépidante, pour fournir les bataillons de serviteurs des nouveaux rentiers 2.0 de la start-up nation.

Et puis l’échec scolaire c’est distrayant quand on mesure au détour d’une émission de téléréalité angélique la vertigineuse inculture de pantins sexy mâles et femelles, filmés dans l’étalement impudique de leur candide bêtise pour le divertissement des masses scolaires.

Pourquoi investir dans l’éducation ? La reproduction sociale garantit la continuité des élites de la nation. Maintenir chacun à sa place, c’est la clé de l’ordre social et de la tranquillité des classes dominantes. Il faut donc une forme de persuasion douce pour convaincre chaque individu qu’il est bien à la place qu’il mérite.

Bienvenue dans la société algorithmique ! Une société dans laquelle les choix d’aujourd’hui sont conditionnés par les choix du passé. Comme la publicité ciblée qui envahit vos écrans à chaque nouvelle page internet, la société algorithmique considère que vous êtes déterminés par votre historique de navigation. C’est la société des déterminismes sociaux et culturels ancrés dans les territoires.

De la maternelle à Parcoursup, le message du gouvernement, c’est «reste à ta place, parce tu le vaux bien».

 

Offrir un ticket de cantine est interdit!…(Je n’appartiens pas à ce monde V…)

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C’est ce que j’ai appris la semaine dernière…Sous peine de voir intervenir la cour des comptes dans la gestion des établissements scolaires et rendre nos gestionnaires encore plus anxieux (anxieuses) qu’ils (qu’elles) ne le sont…Donc Attention, si un collègue vous demande de lui prêter un ticket de cantine car il n’a pas pensé à en acheter surtout bâillonnez-le et assurez-vous qu’il n’y a pas de témoins de la scène car c’est très dangereux et tout à fait hors- la- loi ! Car gros malin, il n’a pas pensé qu’une personne ne peut décemment pas déjeuner deux fois le même jour et que ce ou cette pauvre gestionnaire y risque son poste! Et quand vous recevez des intervenants en projets éducatifs surtout prévenez-les au préalable qu’on N’ INVITE PAS! Non mais alors…D’ailleurs s’ils pouvaient venir avec un stock de punaises pour accrocher les futurs travaux  d’élèves (ah non pas les punaises c’est vrai, c’est maintenant interdit…) mais de patafix, cela serait sympa et compléterait les deux boulettes qu’on vous a solennellement déposées au creux de la main!

Je n’appartiens pas à ce monde….

 

Ou vas-tu quand tu pars le matin?

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Où vas -tu quand tu pars le matin?

C’est la question que 4 de mes sixièmes n’ont jamais posée à leurs parents le matin, parents qui n’ont jamais parlé de leur travail à leurs enfants…J’ai d’abord cru que c’était un problème de vocabulaire. Alors j’ai voulu aider, accoucher, chercher les lieux , les gestes qui permettraient qu’on trouve ensemble…En vain. ils n’en avaient aucune idée…

C’est effrayant…Comment répare t-on le vide…

Les Editions de La Différence ne sont plus…A méditer.


Les Éditions de la Différence ont été mises en liquidation judiciaire le 20 juin 2017 après quarante et un ans d’existence. Le tribunal a refusé toute solution de redressement judiciaire et aucun racheteur ne s’est présenté, ni aucun mécène pour venir au secours du naufrage. On aurait aimé une autre façon de célébrer ce quasi demi-siècle. C’est qu’en un demi-siècle bien des choses ont changé dans le domaine de la culture.

C’était justement il y a quarante et un ans. Mon ami d’enfance m’avait conseillé d’envoyer à une de ses connaissances, le poète Jean-Paul Guibbert, mon premier manuscrit auquel je n’avais pas donné de titre. Ce que j’ai fait, sans avoir aucune nouvelle pendant plusieurs semaines. J’ai su que Jean-Paul Guibbert l’avait communiqué à une toute jeune maison d’édition en train de se créer, qui avait un logo ravissant, dessiné par André Masson. C’était la lettrine D, D pour Différence, qui ressemblait à un dragon.

Au bout de quelques mois, n’ayant aucune nouvelle, j’ai appelé le numéro que l’intermédiaire diligent m’avait indiqué et la voix qui m’a répondu était celle de Michel Waldberg que je ne connaissais pas. Il m’a dit aussitôt, sur un ton jovial et raffiné qui, je l’apprendrais, était le sien, celui d’une sorte de plaisanterie toujours un peu triste et désabusée, mais plaisanterie tout de même, qu’ils allaient publier mon livre, Préface. « Ils » n’y changeraient pas une ligne, « ils » l’aimaient, « ils » le publieraient.

Préface, à vrai dire, n’était pas le titre de mon livre, qui n’en avait pas, mais celui de la réelle préface que j’avais écrite aux chapitres qui suivaient et qui, à ma propre relecture, m’avaient semblé exagérément obscurs. Mais c’était justement cela qui leur plaisait, ce mélange de mise au point et d’obscurité assumée, de mystère et de rationalité. Et puis l’idée qu’un jeune écrivain intitule son premier livre Préface, « ils » avaient trouvé cela assez culotté et réjouissant.

« Ils »… qui étaient-« ils » ? J’allais vivre au Japon pour y enseigner. « Ils » m’invitèrent avant mon départ à dîner avec eux. Et c’est en dînant que je « les » découvris : Joaquim Vital, le directeur de la maison, son amie et collaboratrice Colette Lambrichs à laquelle pendant le repas il tenait tendrement la main, et Michel Waldberg, dont je faisais également la connaissance.

C’était une soirée de plein été, rue Saint-Denis, à la terrasse d’un restaurant, d’un luxe inhabituel pour moi. Entre-temps, j’étais allé à la Librairie Tschann qui était alors située près de la rue de Montparnasse, mais sur le boulevard du même nom, en face de l’église Notre-Dame-des-Champs. C’était alors la meilleure librairie de Paris. J’y trouvais les livres que j’aimais. Ceux de la Différence que je vis sur les tables étaient signés Pierre Dalle Nogare, Juan Pinheiro, Claude-Louis Combet, Leonor Fini, Françoise d’Eaubonne. Il y avait un album sur Bellmer. Un essai sur Sade par Gilbert Lely. Le surréalisme dominait. La poésie assurément. Et une réflexion ouverte, libre sur la sexualité. Une insolence affichée, mais où la volonté littéraire et ironique l’emportait délibérément sur le militantisme, dans ces années-là, souvent sectaire. Oui, sans aucun doute, les surréalistes étaient les parrains, lointains, mais présents.

Je regardais les couvertures et imaginais mon nom et un titre que j’avais encore à trouver, avec ces maquettes-là. Au cours du dîner, je compris qui était le trio. Colette Lambrichs était belge. Historienne de l’art, c’était la nièce de Georges Lambrichs, une de mes références de lecteur. J’avais lu plusieurs livres de sa collection « Le chemin », et je ferais sa connaissance une dizaine d’années plus tard, en travaillant chez Gallimard où il dirigeait encore la NRF. Colette avait quelques années de plus que moi, mais elle était de ma génération, comme Joaquim Vital. Michel Waldberg était leur aîné de quelques années encore. Joaquim Vital était poète et portugais. Il s’était opposé à Salazar. Il avait été emprisonné. Il avait vécu dans plusieurs pays, dont la Belgique. Grand ami du surréaliste Patrick Waldberg cofondateur de la maison, il avait sympathisé avec son fils Michel, devenu son plus proche collaborateur. Tous les trois écrivaient, des poèmes, des nouvelles fantasques à l’humour noir, des essais percutants, provocants. Je me retrouvais dans une aventure que je n’avais pas prévue sous cette forme.

J’avais depuis mon adolescence envoyé quelques manuscrits, mais seuls Claude Durand et Simone de Beauvoir avaient réagi à mes envois, sans suite éditoriale. C’est une autre histoire. J’avais d’abord frappé aux portes habituelles, le Seuil, Gallimard. Et voilà qu’on me parlait avec le plus grand respect, la plus grande confiance, de mes livres, de mon avenir. Avais-je écrit autre chose ? Que pensais-je faire de ma vie ? J’avais vingt-cinq ans. Je partis donc pour le Japon. Et une fois là-bas, fort d’un premier contrat signé et attendant la parution de mon livre encore dans les limbes, j’ai poursuivi. J’ai envoyé un deuxième manuscrit à Michel Waldberg qui a aussitôt répondu avec même chaleur que bien sûr, celui-là aussi, « ils » le publieraient, et d’ailleurs « ils » créaient une revue, Discordance, où ils espéraient bien ma collaboration. Je leur ai envoyé des lettres de Tôkyô, qui ont donc été ma première publication. Car, mon livre sans titre n’avait pas encore paru. Il ne paraîtrait qu’à mon retour du Japon, sous le titre qui m’a été inspiré par le nom même de l’auteur fétiche de Joaquim Vital, Pessoa, Personnes et personnages. Michel Waldberg aimant le zen, et moi-même m’intéressant à la philosophie bouddhiste, je me suis mis à traduire pour lui, avec Ryôji Nakamura, de nombreux extraits de Shôbogenzô, alors totalement inédit en français, du moine du XIIIe siècle Dôgen, pour la nouvelle collection de Michel Waldberg, « Philosophia Perennis ».

Après le Japon, j’ai vécu en Angleterre, mais j’ai eu le temps de voir paraître mon livre, pendant un bref intermède parisien, où j’ai également convaincu, sans aucun mal, Colette, Michel et Joaquim de nous charger, Ryôji Nakamura et moi, de choisir des textes classiques japonais, de les traduire, de les présenter, et ce fut Mille ans de littérature japonaise. Qui remarqua cette publication (depuis reprise par Picquier) ? Claude Lévi-Strauss, Gilles Deleuze, Edmonde Charles-Roux, Michel Foucault, Hervé Guibert, Eric Alliez, Philippe Pons. Les éditions avaient grandi depuis, de nombreux auteurs arrivaient. Mais aussi les difficultés économiques, de distribution, de rétribution des auteurs, compliquaient les rapports, sans pour autant empêcher la multiplication des projets. La poésie, la peinture, les essais insolents étaient la priorité, par tous partagée.

Commençant de mon côté à travailler pour Denoël, puis Gallimard, j’ai fait l’inévitable, en proposant, après deux autres romans et un bref récit japonais publiés par la Différence, mes livres suivants à ces éditeurs. Je trahissais la Différence au moment même où elle commençait à prendre de l’ampleur. Mon frère Jean Pavans, mon amie Nathalie Castagné furent également publiés par Colette, Joaquim et Michel. De forts liens amicaux et professionnels se nouèrent particulièrement entre Joaquim et mon frère qui se retrouvait aux côtés de Michel Butor, de Gilles Deleuze, de Sophia de Mello Breyner, de Borges, de Malcolm Lowry, de Jack Kerouac, de Françoise Sagan, d’albums sur Arpad Szenes, sur Vieira da Silva.

Viviane Hamy, alors leur attachée de presse, prenait à cœur une fonction si difficile, avant de travailler pour d’autres maisons et fonder la sienne. Mais elle ne peut qu’avoir la même nostalgie des ces premières années passionnées, aventureuses et si difficiles, si « irréalistes » et si nécessaires en même temps, ainsi que Joaquim Vital devait en témoigner dans ses livres Vingt ans, bilan sans perspective et Adieu à quelques personnages, qui rendent hommage aux auteurs qu’il a publiés et rencontrés, glorieux ou simplement talentueux, mais également aimés. La peinture moderne que tous trois, Joaquim, Colette et Michel, connaissaient parfaitement fut durablement le sujet majeur. Et l’on vit les locaux successifs, occupés au gré des fluctuations économiques, à travers Paris, envahis de lithographies et de carreaux de faïence quand Joaquim se mit en tête de demander à des artistes des modèles d’azulejos qu’il faisait fabriquer dans son Portugal natal.

Des historiens de l’édition sauront raconter précisément les audaces, les déboires, les succès de cette entreprise, les brouilles, les procès, les réconciliations et les sacrifices qu’ils ont imposés à ses directeurs, tenaces et désintéressés, même s’ils n’ont pas été des gestionnaires de la plus grande rigueur. Des piliers essentiels de cet édifice ont été plus proches que moi de ses fondateurs, comme Marcel Paquet, Claude-Michel Cluny, Michel Journiac, Julio Pomar, Gonzague Raynaud, Harry Jancovici, Salim Jay, et bien sûr toute une série de collaborateurs plus récents, qui les ont aidés à tenir en vie une maison constamment menacée, parce que exigeant son indépendance.

L’intégrale des nouvelles de Henry James, voilà une entreprise éditoriale que seul permet, aussi stupéfiant que cela paraisse, un tempérament « fou ». Cela devrait pourtant revenir aux grandes maisons soucieuses de fond. Eh bien non, il a fallu un éditeur « fou » pour faire confiance à un traducteur unique pour s’en acquitter. De même les œuvres complètes de Michel Butor. On les aurait attendues dans la Pléiade. C’est la Différence qui a révélé la multiplicité des talents de l’auteur de la Modification, critique, poète, enseignant, et a pris au sérieux le devoir de mémoire. De même c’est à la Différence que s’est adressée la traductrice tchèque Erika Abrams pour faire connaître Ladislav Klima et Jan Patocka. C’est la Différence qui a fait confiance à Jean-Loup Rivière et à Jean-Louis Schefer pour créer la collection et la revue Café.

C’est la Différence qui a établi les œuvres complètes de la plupart des écrivains maghrébins. C’est à la Différence qu’a paru l’œuvre d’August von Platen. C’est la Différence qui a restitué au grand poète belge Jacques Izoard une visibilité en France en publiant les trois volumes de son œuvre merveilleuse d’étrangeté. C’est vers la Différence que se sont tournés Jocelyne François et William Cliff quand leurs éditeurs habituels les boudaient. La Différence était le recours des poètes orphelins et de tous les écrivains qui étaient perçus comme dérangeants, peu identifiables, et dont pourtant le talent avait été et serait clamé par une presse oublieuse.

Un éditeur se définit plus par tous les livres qu’il a su ne pas refuser, que par tous ceux qu’il a publiés. Pour être plus clair, savoir reconnaître le talent d’un inconnu est plus important que d’avoir publié un livre inutile. Tous les éditeurs publient des livres inutiles. Mais seuls certains savent reconnaître les livres qu’il ne fallait pas manquer. Et la Différence faisait partie de cette deuxième catégorie, moins répandue, mais aussi moins visible immédiatement, car le propre de ces livres-là et de ces auteurs-là, difficiles, que d’autres ont refusés, est qu’ils ne sont pas perçus sur-le-champ et que leurs auteurs n’obtiendront qu’une reconnaissance tardive.

Que s’est-il passé pour qu’une crise économique, qui n’était pas la première, devienne définitivement la dernière? Sans doute, la mort de Joaquim Vital, il y a sept ans, a été un premier coup tragique, bientôt suivie par celle de Michel Waldberg. Mais la survivante, Colette Lambrichs, n’avait pas flanché pour autant, obtenant la confiance et l’aide du financier Claude Mineraud. C’est que l’édition française (et que dire de l’italienne ou de l’américaine ?) ne fonctionne plus dans l’indépendance des systèmes de distribution qui sont des machines lourdes, exigeant une rentabilité qui fait du livre un produit de marketing, quelle que soit la qualité de son auteur. Le courage des librairies indépendantes, qui soutiennent des entreprises strictement littéraires, ne suffit plus. Des médias qui se plient aveuglément à un système de vedettariat peu regardant sur le contenu des livres, à condition que ceux qui les représentent jouent le jeu superficiel d’une personnalité « porteuse », copiée sur le modèle des hommes politiques, des chanteurs, des acteurs, ont une part énorme de responsabilité dans cette démolition généralisée de la littérature.

Bien entendu, il y a, dans les « grandes » maisons, dans les rédactions de journaux (et bien plus rarement dans l’audiovisuel) quelques tempéraments de résistants, quelques critiques authentiques. Mais ils sont devenus presque clandestins et travaillent en contrebande. Ils passent au second plan, et leur efficacité est donc moindre. Ce n’est plus eux que l’on prend au sérieux. Le cas de la Différence n’est sans doute pas unique. Bien des éditeurs ont dû mettre la clé sous le paillasson. Mais après quarante et un ans de combat ? Avec un tel catalogue ? Maurice Nadeau, Christian Bourgois, Georges Lambrichs, Paul Otchakovsky, tous ont connu des difficultés et ont certainement été tentés de jeter l’éponge. Mais un effondrement total pourrait-il avoir lieu dans une autre société que celle que nous connaissons depuis quelques années, où les journalistes littéraires exigeants ont été gentiment ou violemment priés de céder la place à des esprits plus dociles, plus accommodants, moins singuliers ?

Les rédactions, pour la plupart consensuelles, s’imitent et célèbrent les auteurs qui bénéficient de mises en place importantes en librairies ou de pressions de leurs agents, quand ils sont étrangers. Des gloires factices sont alors chantées. Et des inconnus le demeurent. Quant à la renommée passée, elle ne représente plus une garantie de qualité et de durée, mais au contraire une marque d’infamie : démodés, ringards, hors circuit, hors réseau. L’idée même de mémoire éditoriale ne vaut guère plus qu’un boulet à traîner, une honte, un poids mort qui n’est plus rentable. Le pilon a remplacé les archives. C’est cette idéologie-là qui peu à peu tend à gagner les rédactions, les comités de lecture, les services de vente, les conseils d’administration et certaines librairies. Et c’est cette logique-là qui veut qu’un éditeur qui a assuré la publication de nombreuses œuvres complètes, qui a suscité des études majeures sur des artistes contemporains, qui a abrité une collection poétique bilingue, source incomparable de connaissance, qui s’est chargée de rassembler pour la première fois tant d’œuvres complètes, voie son travail nié au bout de quarante ans. Certes une maison d’édition est une entreprise qui doit obéir à une logique économique que peuvent contredire certains risques artistiques. Après tout on a vu ainsi disparaître de grands studios hollywoodiens. Mais la production cinématographique n’a jamais caché son aspiration au gain.

Qu’une initiative privée puisse être considérée comme une part inaliénable du patrimoine, au simple vu d’un catalogue, voilà qui devrait aller de soi. L’Etat ne rachète-t-il pas parfois une maison d’artiste pour en faire un lieu de mémoire ? Pourquoi ne le ferait-il pas d’une édition qui ne s’est pas contentée d’abriter, mais qui a suscité, stimulé et accompagné des écrivains ? Car quel auteur peut oublier qu’un coup de téléphone et une lettre ont changé sa vie ? Il y a, comme certaines rencontres personnelles, des éditeurs qui donnent l’idée du destin. Non pas en faisant « accoucher » d’un livre, non pas en transformant un inconnu en « écrivain », non pas en amenant un auteur à « rencontrer son public », non pas en « flairant ce qu’attend le lecteur », non pas en « trouvant le succès » — cela laissons-le aux agents de communication et de marketing, désormais capables de faire élire un président de la République—, mais simplement en sachant reconnaître une voix à son originalité et à sa détermination et en lui permettant de se faire entendre. De qui a une oreille. Et la Différence savait jouer ce rôle-là, qui, on l’apprend, dans notre nouvelle société de « gagnants », peut coûter la vie à un éditeur et à ses collaborateurs.

Un article de René de Ceccatty pour Les Lettres françaises.

Le « reblog » froid…

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Un petit coup de gueule…

J’ai hésité à enlever la possibilité de rebloguer…Je me suis dit ensuite que cela pouvait être un vrai partage d’affinités. J’ai de mon côté reblogué quelques fois et TOUJOURS en demandant l’autorisation aux rédacteurs du post. TOUJOURS aussi auprès de personnes pour lesquelles je manifeste de l’intérêt et avec qui j’ai eu des échanges électifs.

Alors le reblog pourquoi pas, mais merci d’exprimer un sentiment ou à défaut une pensée , un goût ou une émotion préalablement…au risque de se sentir pillé d’une intention qui, elle, avait une direction choisie.

Merci.

Vos papiers s’il vous plaît! ou la correction du brevet des collèges…(Je n’appartiens pas à ce monde IV.)

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Aujourd’hui se déroulaient les corrections du brevet des collèges avec ses petites nouveautés bien agaçantes. La réunion d’harmonisation le matin n’est pas nouvelle et me semble nécessaire même si au bout du compte on note des divergences d’appréciations dans la partie rédaction. (Moi j’ai tendance à être généreuse, je voudrais être bien vue de l’inspection que je ne m’y prendrais pas autrement…). Ensuite c’est parti pour une moyenne de 5h30 de correction en ce qui concerne le français. J’avais la chance de pouvoir m’isoler dans ma salle de classe cette année.Je n’aime guère le bavardage et les commentaires de chaque copie à voix haute. 5h30 c’est précisément le temps que j’ai mis à corriger mes trente trois copies, sans pause, avec un sandwich et trois abricots, trois bouteilles d’eau aussi car porte ouverte sur le couloir, il faisait 28 degrés encore dans ma salle.Alors quand c’est fini on devrait se réjouir! mais non, vient ensuite l’épreuve terrible de la saisie des 3 fois 33 notes (questions-dictées-rédactions)…

Le site sur lequel il faut se rendre ressemble un peu à ça:

https://trucmuche.faichaud.education.fr/ cyclomoteuretcorrections.

Ensuite vous devez rentrer un identifiant de connexion, raisonnable, six chiffres.

puis un mot de passe de connexion, c’est vrai, on ne sait jamais le type à côté de vous et dans le même état que vous a sans doute une envie furieuse d’aller pirater vos notes….Alors le mot de passe connexion ressemble un peu à ça: BtsVt60<y>f≤∃∅Æ2z, pour être bien sûr…Puis quand fort de ressources insoupçonnées vous parvenez enfin à vous connecter vous avez le vertige devant le numéro des lots et les numéros d’anonymats qui contiennent autant de chiffres et de lettres que celui de votre Livebox. Quand vous parvenez enfin à clore tout ça, vous êtes ravi de redescendre enfin votre paquet de copies au bon endroit. Et là les copies sont recomptées, on vérifie votre énième signature depuis le matin, on photocopie votre bordereau de notes (vous avez déjà fourni maintes fois votre adresse mail en cas de contestation)…C’est fini? Ah non veuillez indiquer l’heure de votre départ s’il vous plaît!…Là je ne sais pas pourquoi, un coup de chaud sans doute, j’ai dit à un collègue de mathématiques qu’il ne pouvait pas déposer ses copies sans fournir la preuve qu’il avait bien effectué le dépistage du cancer colo-rectal, quant à moi j’ai demandé s’il fallait fournir aussi mon dernier contrôle sanguin et les résultats de ma dernière mammographie!…Non mais alors!!!

Ah, j’oubliais, le serveur qui permet de saisir les notes est désormais bloqué jusqu’à 14h! pour être bien sûr que les correcteurs ne bâclent pas…

Et sinon vous enseignez quoi? Les valeurs humaines, ma brave dame, les valeurs humaines…..

Thé ou café? ou l’horreur du binaire « soit -soit « …

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Je suis de plus en plus soumise à ce genre de questionnaires qui m’attristent profondément et me renvoie à une vision du monde qui n’est pas la mienne. Hier encore les élèves me demandaient ( En cette période je travaille avec eux sur « Dire l’amour », tout un programme et beaucoup de discussions) si j’étais plutôt Vianney ou julien Doré! Horreur ET damnation: aucun des deux mes pauvres chéris! qu’on m’en préserve!…

Foot ou rugby? Aucun des deux non plus mais je taille un short au footeux  pour respirer mieux après.

Thé ou café?: j’en sais rien

Gauche ou droite?: très gauche mais attention une idée de la gauche à réinv…Mais pourquoi vous me coupez? Ah il fallait répondre en un seul mot…

Baudelaire ou Flaubert?: les deux mon cap…Ah je dois choisir. C’est l’un OU l’autre!

Mer ou montagne?: plutôt mer mais hors-sais…Répondez en un seul mot s’il vous plaît!

Moi je suis mer étale et orage sur le mont Ventoux, prairie normande et garrigue sauvage, menthe et basilic, silence et rires en cascades, eau fraîche et vin millésimé, pudeur et exubérance, ardeur et fatigue, galop fou et ruades, tolérance et vexations, lumineuse et obscure, forêts profondes et paysages maritimes, folle et sage, aube et crépuscule!

 

La définition du « BEAU » par Bouvard et Pécuchet…et mes 800 abonnés.

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D’abord, qu’est-ce que le Beau ?
Pour Schelling, c’est l’infini s’exprimant par le fini ; pour Reid, une qualité occulte ; pour Jouffroy, un trait indécomposable ; pour De Maistre, ce qui plaît à la vertu ; pour le P. André, ce qui convient à la raison.
Et il existe plusieurs sortes de Beau : un beau dans les sciences, la géométrie est belle ; un beau dans les mœurs, on ne peut nier que la mort de Socrate ne soit belle. Un beau dans le règne animal : la beauté du chien consiste dans son odorat. Un cochon ne saurait être beau, vu ses habitudes immondes ; un serpent non plus, car il éveille en nous des idées de bassesse.
Les fleurs, les papillons, les oiseaux peuvent être beaux. Enfin la condition première du Beau, c’est l’unité dans la variété, voilà le principe.
– Cependant, dit Bouvard, deux yeux louches sont plus variés que deux yeux droits et produisent moins bon effet, ordinairement.
Ils abordèrent la question du sublime.
Certains objets sont d’eux-mêmes sublimes, le fracas d’un torrent, des ténèbres profondes, un arbre battu par la tempête. Un caractère est beau quand il triomphe, et sublime quand il lutte.
– Je comprends, dit Bouvard, le Beau est le Beau, et le Sublime le très Beau. Comment les distinguer ?
– Au moyen du tact, répondit Pécuchet.
– Et le tact, d’où vient-il ?
– Du goût !
– Qu’est-ce que le goût ?
On le définit : un discernement spécial, un jugement rapide, l’avantage de distinguer certains rapports.
– Enfin le goût c’est le goût, et tout cela ne dit pas la manière d’en avoir.
Il faut observer les bienséances, mais les bienséances varient ; et si parfaite que soit une œuvre, elle ne sera pas toujours irréprochable. Il y a pourtant un Beau indestructible, et dont nous ignorons les lois, car sa genèse est mystérieuse. […]
Des doutes l’agitaient, car si les esprits médiocres (comme observe Longin) sont incapables de fautes, les fautes appartiennent aux maîtres, et on devra les admirer ? C’est trop fort ! Cependant les maîtres sont les maîtres ! Il aurait voulu faire s’accorder les doctrines avec les œuvres, les critiques et les poètes, saisir l’essence du Beau ; et ces questions le travaillèrent tellement que sa bile en fut remuée. Il y gagna une jaunisse.

Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881.

 

C’était ma façon à moi de remercier les 800 abonnés ce soir sans tambours ni trompettes puisque un dixième me lit vraiment…À ceux-là je dis merci, je sais qui ils sont et je souhaite que nos échanges soient fructueux et donnent à vivre à voir, à créer et à aimer.