Atelier poésie (suite)

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Les élèves poursuivent  (voir  ici) leurs créations à partir de trois poèmes d’Apollinaire.

 

 

La Tzigane:

 

                                                      La tzigane savait d’avance                                                                     téléchargement (2)

Nos deux vies barrées par les nuits

Nous lui dîmes adieu et puis

De ce puits sortit l’Espérance

L’amour lourd comme un ours privé

Dansa debout quand nous voulûmes

                                           Et l’oiseau bleu perdit ses plumes

                                       Et les mendiants leurs Ave

                                    On sait très bien que l’on se damne

                                       Mais l’espoir d’aimer en chemin

                                       Nous fait penser main dans la main

                                      A ce qu’a prédit la tzigane.

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Les élèves:

 

Nos deux vies barrées par les nuits

sont si tristes qu’elles le nient

Sobres sont leurs pensées

telle une marée étrange dès l’arrivée.

Le brouillard

dans le noir

éteint le feu

de tes beaux yeux.

Fanette, 6ème.

 

 

Nos deux vies barrées par les nuits

Un soir d’été

paraît doré.

Sur le fleuve

s’éloigne lentement

une belle saison.

Des morsures de froid, déjà

se glissent dans nos doigts.

C’est bien lentement

que les feuilles tombent.

L’oiseau de feu a perdu sa voix.

La guerre des saisons n’est pas terminée.

Clara F, 5ème.

 

 

 

Nos deux vies barrées par les nuits noires

Sont maintenant ouvertes sur l’heure du jour

Et pleurent des torrents d’amour.

L’homme de ma vie est parti.

Il est enterré dans ma mémoire

Sous un rideau de pluie.

Suzanne, 6ème

 

 

 

Ce que je pense mais que vous ne pouvez voir

L’effet des paroles qui me remplissent d’espoir

Et cette frontière

Limite de mes sentiments

Et tous ces doutes dans le soir qui descend.

Alors que la raison me pousse à l’abandon

Mon cœur vibre et chantant de la plus puissante ardeur

Je vis de cette situation.

Toutefois de ce mur qui m’en bloque l’accès,

Je pleure

Et les larmes abondantes ne sont que les lames

Qui déchirent notre lien comme le pire des drames.

Il les plante inconsciemment

Puis me soigne pour enfin accentuer le saignement.

Est-ce ma raison qui ne peut penser à mal

Ou mon cœur qui de cet amour refuse l’issue fatale?

Nos deux vies barrées par les nuits

Son cœur qui sans cesse me fuit

Je pleure

Parce qu’on m’a fait découvrir le bonheur.

 

Kimi, 3ème.

 

 

 

Nos deux vies étaient barrées par les nuits

Tel était écrit

Plongé dans le noir

Raccroché à ce peu d’espoir.

La tzigane avait dit

Qu’il en serait ainsi.

Que cela serait bientôt fini.

Alors ils attendent

Donnant le change

Mais c’est le destin

Il n’est jamais très loin.

 

 

Héloïse, 3ème.

 

 

Nos deux vies barrées par la nuit

Se sont éloignées avec le vent

Le plus effroyable châtiment

Une maladie sans remède

Nous plonge dans l’éternité des heures

et leur mensonge erroné.

Les marches du temps dans les mains

Nous n’imaginons plus le sommeil.

On nous berce dans le trouble.

Et on ne sait plus pourquoi on est là.

 

 

Domitille, 3ème.

 

 

Je suis la lune tu es le soleil

Tu es la neige infinie et je suis la pluie.

Nos deux vies barrées par les nuits,

Je t’attends près du sapin sur la colline.

J’ai jeté l’ennui dans le ravin.

Alice, 6ème.

 

 

 

Les portes fermées sur cette pièce sombre

Des yeux phares éclairant la pénombre

Ta main sur la mienne

Déjoue toutes les ombres

Et éloigne mes peurs anciennes.

Nos deux vies barrées par les nuits

Pour dire tristement

Qu’à nos paumes le temps fuit.

Clémence, 3ème.

 

 

 

Entre le jour et la nuit

La lumière est infinie.

Encore une sombre nuit d’hiver

qui remet à plus tard le printemps

Et nous fait souffrir sans bruit.

Nos deux vies barrées par les nuits

Se rejoignent dans un pull-over

Trop grand.

Jade, 6ème.

 

 

Clair de Lune.

Lune mellifluente aux lèvres des déments
Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
Les astres assez bien figurent les abeilles
De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
Chaque rayon de lune est un rayon de miel
Or caché je conçois la très douce aventure
J’ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
Qui posa dans mes mains des rayons décevants
Et prit son miel lunaire à la rose des vents.

 

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Les élèves:

 

 

Sous la lune, la promenade ensorcelée

Suivie par le soleil, si près

Marchant sur ses pas.

Peu importe, même le trépas

Qui posa dans mes mains des rayons décevants.

Lorsque je le vis apparaître, titubant,

II n’était plus que l’ombre de lui-même.

La joie de vivre envolée sur son visage blême

Et la tristesse lui prenait sa place.

Encore une fois, mon être loin de lui s’efface.

Kimi, 3ème.

 

 

 

Le soleil est triste aujourd’hui.

On dirait qu’il n’a pas de vie

Et celui qui posa dans mes mains des rayons décevants

C’était lui.

Car l’orage régnait irascible

Et le soleil baignait

Dans une lumière invisible.

Fanette, 6ème

 

 

 

Chaque rayon de lune

Est un rayon de miel

Qui me réveille

Qui m’émerveille

Mais toi, mon image de brume

Qui posa dans mes mains

Des rayons décevants

Sache que rien, pas même le vent

N’éteint durablement le soleil.

Suzanne, 6ème.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier poésie (suite) Eluard et Apollinaire.

Les plus jeunes doivent reprendre le vers en rouge et les plus grands, celui en bleu.

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Souvenir Affectueux.

 

 

II y eut un grand rire triste

La pendule s’arrêta

Une bête fauve sauvait ses petits.

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Autant de nudités tournant en dérision
Leur pâleur

Tournant en dérision

Les yeux vertueux du phare des naufrages.

Paul Eluard.

 

 

 

Les élèves:

Les feuilles tombent et ruissellent

Rires opaques dans des cadres d’agonie,

L’oiseau rouge des champs a perdu ses couleurs

Un livre fermé quelque part a eu peur

que les animaux pleurent des violoncelles

Clara F, 5ème.

 

 

 

Dans le monde merveilleux de la vie

Une bête fauve sauvait ses petits

Sous les yeux de spectateurs ravis

de voir qu’on n’existe pas en amateur.

Jade, 6ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Miniatures

Musée imaginaire d’où sortent des cris

Ensanglantés

Entre des murs

Brouhaha

Rires d’effroi

Cœurs meurtris.

Héloïse, 3ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

C’est le monde, entendez-vous, qui peine à vivre

Naufragé de la mer noire et des rivières asséchées

Portant les contrées ravagées par la guerre.

Des soldats sur leur passage ne reste qu’un goût amer

Là où la vie naît, à un autre endroit, il meurt.

L’homme est joyeux et pourtant messager du malheur.

À croire que l’espèce humaine est angélique et démoniaque

Comme elle défend ses terres pour mieux attaquer ses habitants.

Aussi,  l’on voit à quel point il est facile de mépriser

Contrairement à ce qu’on pourrait penser

Le plus dur est à venir.

Kimi, 3ème.

 

 

 

 

Les sourires sur les visages, la cause

Des rires opaques dans des cadres d’agonie

Un monde imaginaire

C’est notre raison de vivre

Nos prénoms ancrés

Sur des vieux papiers 

La peau de notre existence

Ce pourquoi nous disons oui et non

Par crainte et par croyance

Clara G, 5ème

 

 

 

 

Il défie la peur

Se cramponne à son morne destin.

Il dégaine ses pleurs

Et ravale le temps.

Sensualité brumeuse

Il vacille entre les fentes de la mort

Il réprime son rire

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Malédiction imprécise.

Domitille , 3ème

 

 

 

 

Un double diabolique

nous observe et nous tue

Clichés maléfiques

aux rires opaques 

Dans des cadres 

d’agonie.

 

 

 

Clémence, 3ème.

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C’est

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
Cette réalité seule elle seule et rien d’autre
Mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le redit
À chaque battement
Toutes les autres images du monde sont fausses
Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
Souterrain
Ô vie qui aspire le soleil matinal
Cet univers singulièrement orné d’artifices
N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
Comme on pouvait l’étudier autrefois
À Tolède
Où fut l’école diabolique la plus illustre
Et moi j’ai sur moi un univers plus précis plus certain
Fait à ton image

Guillaume Apollinaire

 

 

 

 

Les Élèves:

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux


Voir une égyptienne cracher des bulles

et sur une barque chanter des acrobates,

Un magicien sur un âne

perdre ses couleurs magiques

et un dessin enfantin apparaître

sur une montagne rose.

Des rochers bleus se déchirent

et les acrobates reculent.

Clara F, 5ème.

 

 

 

 

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux

Malheureusement il est pris au jeu

Des cadrans et des clés

Sans espoir

Sans jamais espérer

Il se réfugie dans le noir

Et ne veut rien voir

Mais les souvenirs

me font revenir 

À la réalité que je veux.

Fanette, 6ème.

 

 

 

 

C’était un photographe

Une pauvre phrase à la recherche  de son paragraphe

dénué de maturité dénué de virtuosité

Ce n’était qu’un enfant malheureux

qui répétait sans arrêt:

Et moi c’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Suzanne, 6ème.

 

 

 

 

 

Pensées échappées

Nostalgie revenue

Ces doux moments qui n’arrivèrent plus

Joie et incommensurable tristesse mêlées

Peu importe le destin

Seul compte le passé

Clé du cœur

Flèche du bonheur

Dont la pointe est indolore.Cicatrice qui me brûle

Feu intérieur qui gronde et me foudroie.

Et, de nouveau frappée

Rien ne pourrait plus m’égayer.

Un sourire triste sur mes lèvres

Caressant du bout de mes doigts

Les souvenirs d’un monde incertain

À faire briller chaque lendemain

Je ne désire rien de matériel

Je ne désire rien…

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Kimi, 3ème

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier Poésie. (Suite)

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Aujourd’hui, certains des élèves ont travaillé sur La mort, l’amour, la vie de Paul Eluard. Le travail avait déjà été amorcé la semaine dernière et les deux premiers poèmes figurent ici.

 

La mort, l’amour, la vie

 

J’ai cru pouvoir briser la profondeur l’immensité

Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho

Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges

Comme un mort raisonnable qui a su mourir

Un mort non couronné sinon de son néant

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

Du poison absorbé par amour de la cendre

La solitude m’a semblé plus vive que le sang

Je voulais désunir la vie

Je voulais partager la mort avec la mort

Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie

Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée

Ni rien devant ni rien derrière rien entier

J’avais éliminé le glaçon des mains jointes

J’avais éliminé l’hivernale ossature

Du vœu de vivre qui s’annule

*

Tu es venue le feu s’est alors ranimé

L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé

Et la terre s’est recouverte

De ta chair claire et je me suis senti léger

Tu es venue la solitude était vaincue

J’avais un guide sur la terre je savais

Me diriger je me savais démesuré

J’avançais je gagnais de l’espace et du temps

J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière

La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile

Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit

Promettait à l’aurore des regards confiants

Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard

Ta bouche était mouillée des premières rosées

Le repos ébloui remplaçait la fatigue

Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
*

Les champs sont labourés les usines rayonnent

Et le blé fait son nid dans une houle énorme

La moisson la vendange ont des témoins sans nombre

Rien n’est simple ni singulier

La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit

La forêt donne aux arbres la sécurité

Et les murs des maisons ont une peau commune

Et les routes toujours se croisent.

Les hommes sont faits pour s’entendre

Pour se comprendre pour s’aimer

Ont des enfants qui deviendront pères des hommes

Ont des enfants sans feu ni lieu

Qui réinventeront les hommes

Et la nature et leur patrie

Celle de tous les hommes

Celle de tous les temps

 

Le Phénix 

Editions Seghers, 1951

 

Kimi, élève de troisième nous en offre une version longue!:

 

J’ai cru pouvoir m’envoler au loin

Des mauvais esprits, pourtant mes amis.

Je me suis perdue dans cet univers qu’est mon imagination

Comme la colombe enfermée s’acharnant à s’échapper

Une illusion non dissuadée du fait de son oubli

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

Du monde absorbé par le vide des lueurs

La solitude me semble la pire échappatoire, ma meilleure amie

Je voulais unir nos ressemblances

Je voulais partager mes défauts avec les tiens

Rendre espoir à l’obscurité et l’obscurité à la lumière

Tout effacer qu’il n’y ait plus ni mal ni blessures

Ni néant là ni néant ailleurs

J’avais gommé le désarroi des sourires

J’avais éliminé les larmes de ce douloureux souvenir

Du vœu de vivre qui en est ressorti

.

Tu es venu mon cœur s’est embrasé

L’ombre a cédé, la lumière s’en est retournée

Et la terre s’est libérée

De tes paroles je me suis abreuvée

Tu es venue la tristesse était vaincue

J’avais une étoile un ange gardien sur terre je savais

Me retourner je me savais avancer

À chaque pas je gagnais plus de bonheur

J’allais dans tes bras j’allais sans fin vers toi

L’amour me faisait gage de son cupidon

Morphée me faisait rêver

me faisait espérer une aurore divine

Ses rayons emportant mon cœur

La bouche mouillée de la tristesse du monde

Le calme s’était uni à la paix

Et je restais fidèle à l’amour de puis ce jour

 

La terre humide l’océan si posé

Et la campagne a son soleil inchangé

La moisson et ses récoltes offriront leurs doux épis

Offrande du naturel quotidien

La mer fait chavirer tout navire incertain

Et la forêt donne aux arbres un foyer

J’accueille la nature en mon cœur

Se peut-il qu’il y ait un bonheur?

Les hommes sont faits pour vivre en harmonie

Pour comprendre pour apprendre pour s’aimer

 

 

Je me suis endormie

près du fleuve

sur les vagues absurdes


d’un mariage d’eau et de feu.

 

Clara F, 5ème.

 

 

Les sentiments se confondent dans mon âme

le soleil a depuis longtemps asséché mes pensées.

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

qui m’emportent à jamais

loin d’un monde rude.

 

Clara G, 5ème.

 

 

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

Tu es venue le feu s’est alors réanimé

J’avais un guide sur la terre

Je savais que sur la seule pointe d’une herbe

Quelques odeurs semblaient veiller.

 

Enzo, 6ème.

 

 

Sur un sentier gris sans vie

Le soleil se couche envahi

Par les fantômes brumeux de mon esprit;

Je suis étendu sur les vagues absurdes

maintenant

De la lune qui fait son lit

Dans des draps rouge sang.

 

Alice, 6ème.

 

 

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

d’un paysage farouche

se déroulant à ma bouche

comme de la soie effilochée.

ô le fatalisme permanent

et rude

et comme est déroutant

l’engrenage de la vie entêtée

qui veut que l’on avance en reculant!

 

Domitille , 3ème.

 

À bientôt avec  ce poème de Paul Eluard: (en bleu le vers des plus jeunes, en rouge celui des plus grands.)

 

Souvenir Affectueux.

 

II y eut un grand rire triste

La pendule s’arrêta

Une bête fauve sauvait ses petits.

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Autant de nudités tournant en dérision
Leur pâleur

Tournant en dérision

Les yeux vertueux du phare des naufrages.

 

 

 

 


 

 

 

Atelier Poésie, suite.

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 Vers Minuit:

Des portes s’ouvrent des fenêtres se dévoilent
Un feu silencieux s’allume et m’éblouit
Tout se décide je rencontre
Des créatures que je n’ai pas voulues

Voici l’idiot qui recevait des lettres de l’étranger
Voici l’anneau précieux qu’il croyait en argent
Voici la femme bavarde aux cheveux blancs
Voici la fille immatérielle

Incomplète et laide baignée de nuit et de misère
Fardée de mauves et de pervenches absurdes
Sa nudité sa chasteté sensibles de partout
Voici la mer et des bateaux sur des tables de jeu
Un homme libre un autre homme libre et c’est le

même
Des animaux enragés devant la peur masquée de

boue
Des morts des prisonniers des fous tous les absents

Mais toi pourquoi n’es-tu pas là pour m’éveiller.

 

Les élèves:

 

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs

Plantée sauvage au milieu des champs

Deux pics de bois, un peu de paille

Ses vieilles casseroles secouées par le vent

Chantent toutes les batailles que les femmes

remettent dans les mains du printemps.

 

Héloïse, 3ème

 

 

Les nuits orageuses

je perds la raison

que j’accroche au toit de ma maison.

Me voici la femme bavarde aux cheveux blancs

à la fois voix et fantôme se promenant

Dans de longs couloirs à la face cireuse.

 

Clara, 5ème.

 

 

Hymne à la neige:

 

De ce tourbillon enchanté

tu ressors étonné.

De toi, j’imagine ce que je n’ai pu admirer.

 Que ces délicieux flocons que je n’ai vu danser

que derrière la porte de mes pensées se présentent

silhouette au seuil de mon printemps:

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs.

 

Kimi, 3ème.

 

 

Un hiver sans fin

Des flocons restreints

Une sombre nuit d’hiver

Le cri d’un oiseau

Un homme immortel

J’écoute les yeux fermés

Un croissant de lune

et voici la femme bavarde aux cheveux blancs

qui se lève, grave, et quitte son banc.

 

Clara Fauvel, 5ème

 

 

Ronde dans la nuit

elle guide mes pas

ordonne mes pensées

et me chuchote sans  bruit

qu’il faut tout lâcher.

Je n’ai qu’elle à qui parler.

Elle me parle doucement.

Je passe mes nuits avec elle sur un banc

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs

qui m’aime suffisamment

pour me cueillir au printemps.

 

Capucine, 3ème

 

 

Nuits sombres et ruelles en feu,

je me perds et je la cherche.

De la douleur je suis enchantée

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs,

la vie n’est qu’un jeu de désespoir

Où chacun cherche son banc.

 

Clémence, 3ème

 

 

Elle faisait du théâtre

Sur un petit pont en plâtre.

Elle n’était pas seule; elles étaient quatre.

Tous les soirs elles s’échappaient par l’âtre.

Un jour, un homme qui passait par là

Les entendit rire et leur proposa:

« Voulez-vous faire du théâtre? »

Une seule accepta.

Depuis ce jour et après tant d’amours

dès qu’elle entre sur scène en chantant,

on entend:

-Voici la femme bavarde aux cheveux blancs!

 

Suzanne, 6ème.

 

 

Le vent souffle sans fin.

Au bord du ravin des larmes coulent

et des pigeons s’écroulent sur le matin

montre en main et sur leur dernier chant:

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs.

 

Fanette, 6ème.

 

 

 

 

 

 

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La mort, l’amour, la vie

 

J’ai cru pouvoir briser la profondeur l’immensité

Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho

Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges

Comme un mort raisonnable qui a su mourir

Un mort non couronné sinon de son néant

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

Du poison absorbé par amour de la cendre

La solitude m’a semblé plus vive que le sang

Je voulais désunir la vie

Je voulais partager la mort avec la mort

Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie

Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée

Ni rien devant ni rien derrière rien entier

J’avais éliminé le glaçon des mains jointes

J’avais éliminé l’hivernale ossature

Du vœu de vivre qui s’annule

*

Tu es venue le feu s’est alors ranimé

L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé

Et la terre s’est recouverte

De ta chair claire et je me suis senti léger

Tu es venue la solitude était vaincue

J’avais un guide sur la terre je savais

Me diriger je me savais démesuré

J’avançais je gagnais de l’espace et du temps

J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière

La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile

Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit

Promettait à l’aurore des regards confiants

Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard

Ta bouche était mouillée des premières rosées

Le repos ébloui remplaçait la fatigue

Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
*

Les champs sont labourés les usines rayonnent

Et le blé fait son nid dans une houle énorme

La moisson la vendange ont des témoins sans nombre

Rien n’est simple ni singulier

La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit

La forêt donne aux arbres la sécurité

Et les murs des maisons ont une peau commune

Et les routes toujours se croisent.

Les hommes sont faits pour s’entendre

Pour se comprendre pour s’aimer

Ont des enfants qui deviendront pères des hommes

Ont des enfants sans feu ni lieu

Qui réinventeront les hommes

Et la nature et leur patrie

Celle de tous les hommes

Celle de tous les temps

 

Le Phénix 

Editions Seghers, 1951

 

Les élèves:

 

Naviguant sur le large de la page

Surfant sur la couverture

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

des mots dénués de sens et noyée

dans l’eau trouble des phrases complexes

je me suis laissé aller sur les flots du texte.

Perdue dans la signification des vocables,

j’ai replongé dans l’essentielle fable

qui me ramène en enfance.

 

Capucine, 3ème.

 

 

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

laissant ma raison divaguer et 

je nageais en toute impunité

dans l’eau claire bientôt troublée

de mes pensées mêlées 

à la mare épaisse de mes inquiétudes.

 

Héloïse, 3ème.

 

Sur ce gentil mot laissé par la plus jeune sur mon tableau, je vous dis à mardi prochain:

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Année scolaire 2018-2019.

Je m’apprête à faire ma 26ème rentrée en tant qu’enseignante…Mais ma 47ème en tout…Vous me direz, ce n’est qu’une question de place par rapport au bureau et pourtant non, je suis rarement derrière le bureau, plus d’estrade et des îlots de travail dans ma salle de classe et puis un autre look qu’à 4 ans…Terminé les chaussettes jaunes sur les mollets grassouillets et les couettes coupées depuis très longtemps! Ce qui perdure finalement ce doit-être le même genre de sourire de rentrée scolaire….

barbaraCette année, pas de changement par rapport à l’année dernière, sauf bouleversement de dernière minute: j’aurai  donc une sixième, deux quatrièmes et une troisième

Aussi mes préparations sont bien rodées pour l’essentiel même si chaque année j’y apporte quelques changements et que je fais de nouvelles tentatives. Je publierai demain mes progressions pour les trois niveaux car mon tableau de bord wordpress m’indique depuis quelques jours que le pédagogique est à nouveau consulté, la rentrée approchant…Toutefois, je tenais à signaler ce blog fabuleux pour les enseignants de français: Le Fil de Laure.

Les projets:

En 6ème:

Cette année mon établissement accueille une quinzaine d’enfants de l’IME d’un village voisin. Une salle leur est dédiée, tout près  de ma propre salle 128. Ils s’adapteront à leur nouvel environnement et les échanges devraient s’installer progressivement entre ces enfants porteurs de handicaps et nos élèves. J’ai évidemment très envie qu’ils viennent dans ma classe de sixième et de pouvoir susciter le lien et le partage. À suivre donc, pour des échanges théâtraux sans doute.

En 4ème: Je reprends l’idée de mon ami Pierrick et je vais faire rédiger aux élèves des journaux intimes de personnages fictifs pendant la révolution.

En 3ème: j’ai rempilé avec la compagnie Naxos théâtre .

J’avais travaillé sur l’adaptation du journal d’Anne Frank l’année dernière avec eux et beaucoup apprécié leurs interventions. Ils interviendront cette année auprès de ma classe de troisième pour une adaptation du Marchand de Venise de Shakespeare.

CaptureJe tiendrai donc une chronique de cette expérience sur ce blog. Cette initiation théâtrale sera intensive puisqu’elle s’étalera sur sept semaines seulement. Mais cette année je ne suis pas seule! Ma jeune collègue d’anglais s’intégrant au projet, cela devrait permettre une plus grande souplesse pour les horaires d’intervention.

Et puis toujours et pour la 21ème année: 

Je reprends l’atelier poésie sur la plage méridienne. Mais deux heures seulement au lieu de quatre l’année dernière car c’était vraiment très lourd. Je n’ai pas encore prévu le thème car beaucoup de nouveaux élèves plus jeunes devraient s’inscrire cette année. Une pensée pour mes grands qui m’ont suivie quatre années consécutives et qui feront leur entrée au lycée… (Achille, Gwenaïs, Jade, Lucie, Marie, Ronan…)

Et comme chaque année je m’autorise à être une « découvreuse de talents » et à proposer des écrits à des concours de langue française…

C’est parti. Ci-dessous le t.Shirt de foot (ils ont beaucoup d’humour!!!) que les élèves m’ont offert il y a deux ans et qui m’attend accroché au tableau…

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Atelier poésie: dernières séances…

Voilà, les panneaux pour les portes ouvertes du collège sont achevés.  j’ai demandé aux élèves de retrouver la chronologie de ces rimes à remonter le temps…Un sans faute.

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Le bricolage terminé, nous nous sommes remis à écrire. J’ai demandé aux élèves de partir de l’idée d’un « tabouret bas »…

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Le texte de Marie:

 

Un village

une cafétéria

sur un tabouret bas,

une personne

assise devant une table

immaculée.

Une tasse de café

Une tristesse passagère

couleur ébène.

 

Le texte d  ‘ Elise

 

Je m’assieds sur un tabouret bas,

je prends ma plus belle plume

et je fais le premier pas.

J’ouvre grands mes yeux

et jette mes regrets au feu.

 

 

Le texte de Kimi:

 

Sur un tabouret bas,

tu m’as laissée là.

Alors que je ne suis rien sans toi.

Mais que sais-tu de moi?

Je t’ai attendu.

N’es-tu jamais venu?

Je me suis endormie,

glissant petit à petit dans un oubli

où personne après moi n’entrerait.

 

et le mien:

 

 

J’ai attrapé la rage

à la gorge de son galop

furieux et l’ai enfermée

dans les couloirs d’un chant ordinaire

sur un tabouret bas et frileux

l’obligeant à laver l’insulte

faite aux coquelicots.

 

Alors, la mémoire s’est redressée

surprise devant la frêle fleur de l’absolu.

 

MME Auzou.

 

 

 

Atelier Poésie : remise des prix cet après-midi…Ou comment clore en beauté cette vingtième année d’existence d’un atelier dont je ne me suis jamais lassée…

 Eh bien voilà, c’est terminé officiellement pour l’atelier poésie cette année (mais nous allons continuer à nous retrouver les mardis et jeudis midi encore un peu…)

L’atelier a remporté ce prix pour la septième année consécutive avec le livret collectif « Des rimes à remonter le temps » et les membres du jury se sont dits impressionnés par cette remontée du temps, de Gilgamesh à une réflexion finale sur l’éternité. Alors je remercie chaleureusement les élèves qui me donnent à penser que la poésie est bien vivante . De mon côté, j’espère leur avoir montré qu’elle était présence choisie au monde et art de vivre,  acte de résistance aussi.

Beaucoup des élèves qui m’accompagnent depuis quatre ans maintenant vont partir vers d’autres horizons. Alors, Achille, Ronan, Jade, Gwenaïs, Marie, Marie, Lucie, Emma…J’espère que la poésie accompagnera votre vie.

Bravo à vous tous.

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Mes cadeaux personnels!

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Le président de l’Amopa, appelant les Lauréats…

Et une petite partie de mes poètes:

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Bravo à vous. Vous m’avez donné de bien beaux moments de poésie….