La confection du livret poésie des élèves est terminée…mais.

J’ai terminé aujourd’hui la mise en page du livret poésie pour les élèves de l’atelier…Il comporte finalement 52 pages, bien plus que je ne pensais…

Voici les premières pages…Je ne parviens plus à me satisfaire esthétiquement de la reliure avec boudins-spirales format A4…Mon souhait serait un format A5 agraffé…Aussi je me tourne vers vous. Quelqu’un connaît-il un service d’imprimerie en ligne en mesure de réaliser 18 livrets de 52 pages pour un moindre coût sachant qu’au delà de 100 euros le collège ne prendra plus en charge? Merci de m’apporter vos lumières!

capture première de couverture

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Atelier Poésie (Suite)

Les deux dernières séances (pour ce semestre) seront consacrées à Jules Supervielle.

Il faudra ensuite effectuer la mise en page du livret, imprimer puis relier avant de l’envoyer concourir au prix de la jeune poésie. Et cela doit être fait pour les vacances de Février.

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(…) Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois

Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir. 
Jules Supervielle.

Les élèves:

 

Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres

Se réveillent en moi

Des souvenirs sournois.

Et je me souviens

Des beaux paysages

Que je pouvais observer

À cet endroit l’été dernier

Et de l’orchidée je revois

le minois.

 

Suzane, 6ème.

 

 

Mon cœur 

Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres

Accueille en lui bonheur

Et à la fois tristesse.

La morosité me désempare

Douce comme une caresse

Prenant le contrôle de mon âme.

L’espoir arrive accompagné du mélodrame.

 Sa musique mélancolique

Qui emplit le regard

Donne aux mots un sens.

Nostalgie du moment

Les larmes dévalant

Les joues et la vie continue

Riant des sentiments.

Kimi, 3ème.

 

 

 

Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres

Les lumières dansantes

Prenant place dans le ciel

Deux cœurs enlacés

Au secret d’une nuit glacée

prennent peur

Et s’enfuient dans le petit jour.

 

Héloïse, 3ème

 

 

Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres

Le mal évolue

Comme un arbre immortel

Et grandit de la mort des vivants

Qui deviennent eux-mêmes avec le temps

Des fantômes méprisants.

Emma, 6ème.

 

 

Dans ces bois obscurs

Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres

À jamais je vois

La beauté pure d’un paysage

Dont le vert a mangé le temps.

Je me réveille au soleil usé

D’un monde révoltant.

 

Clémence, 3ème.

Encore frissonnant 

Sous la peau des ténèbres

Elle lance des cris déchirants.

C’est la mort qui enterre

Des gens encore vivants

Dans un cimetière de pierre

Du marchand à la chocolatière!

Elle les tue jusqu’au dernier!

On l’a vue cachée dans un terrier

Endormie sur l’oreiller du printemps!

Fanette, 6ème.

 

Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres

Le cœur hésitant

Dans les bras obscurs

La silhouette avance

Sans se débattre

Comme vide

pas à pas

Puis près de la torpeur nocturne

Elle continue

Même tombée

À toujours se relever

La lisière dépassée

Le regard dans le vague

Peu à peu se ranime

la surplombant

La lumière contraste

Ici

Sous la lune.

 

Kimi, 3ème.

 

 

Je me réveille encore une fois

Dans mon monde à moi

Encore frissonnant 

sous la peau des ténèbres.

Je m’invente un rêve

Tout en noir et blanc

J’attends le soleil levant

Qui dessine durablement

Le contour de mes lèvres

Sur le papier de l’instant.

Jade, 6ème

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier poésie (Suite): Viens encore te consacrer caillou…

Pour la dernière séance avant Noël, les élèves ont continué à écrire à partir d’ un autre poème de Guillevic…

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Caillou

Viens encore une fois
Te consacrer caillou

Sur la table dans la lumière
Qui te convient,

Regardons-nous
Comme si c’était
Pour ne jamais finir.

Nous aurons mis dans l’air
De la lenteur qui restera.

 

Les élèves:

 

J’ai vu le monde marcher

Sur son chemin , milliers de pierres

Chacune était différente

Mais ce n’est pas richesse

Acquise sans effort mêlant avarice et paresse

Qui assure la valeur

Leurs couleurs infâmes, preuves d’une vie décevante

Et ces travailleurs démunis

Sans aucun repos jusqu’au trépas

De leur âme, la plus pure qui soit

Ces pierres précieuses

Saphirs, émeraudes, topazes ou diamants

Joyaux d’un monde disparu

Lorsque le temps sera venu

Ces infimes pièces du puzzle qu’est la vie

Devant les créateurs

Entreront au paradis

L’âme la plus riche et la plus sage

Accordera le passage

Viens encore une fois

Te consacrer Caillou.

 

Kimi , 3ème

 

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Ce soir nous danserons

Mais fais bien attention car

Les hiboux qui portent des bijoux

Sont fous et vivent dans des igloos

Viens  et deviens caillou

Et tu pourras nager dans la mer

Libre comme l’air

L’espoir au genou.

Alice, 6ème

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Au bord de cette chute d’eau

Tu pourras t’admirer

Et même passer à travers.

Ou alors tu resteras

Sous ce temple et tu

T’y endormiras

Sur la pierre de mes genoux

 

 

Suzane, 6ème

 

 

Une fleur tombe

Dans cet univers sombre

Comment se consacrer encore à la terre

Viens encore une fois te consacrer caillou

Et transformer ce monde en une statue de pierre

À la solde unique de la lumière

Dont la beauté éblouit la pensée des fous

Pour que le matin sur nous se lève enfin

Capucine, 3ème.

 

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Au bord du temple

À l’orée de la forêt

Il pleuvra des fleurs

Et les arbres riront

viens avec moi et cours

Allons dans la forêt nous consacrer caillou.

 

Alice, 6ème.

 

 

 

Viens encore une fois 

Te consacrer caillou.

Rejoins-moi

Sous les acajous

Nous danserons toute la nuit.

Je le promets jusqu’à minuit

Tu dormiras sous un clair de lune rousse

Ou sur un tas de plumes qui amassera mousse.

 

Fanette, 6ème.

 

 

 

Crisse la roche

Dure comme mon cœur.

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Devant l’immensité de la terre.

J’en ai vidé mes poches.

J’en ai perdu mes mots.

À cette nuit qui m’éblouit

À cette clarté floue

Cet univers tout petit

Plus petit que l’immensité de mes pensées

Je pars à la dérive.

Domitille, 3ème.

 

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou.

Rien qu’une fois

Dans cet univers flou.

La nature si douce

Et pourtant si dure

A construit un mur

Au milieu de la mousse.

 

Viens encore une fois

Te consacrer caillou

Apporter de la joie

À ce monde de fous.

 

Héloïse, 3ème.

 

 

Viens  encore  une fois

Te consacrer caillou

Et puis te fendre

Pour redécouvrir la forêt

La nature et les loups

Viens te surprendre.

Emma, 6ème.

 

 

 

Le cœur à nouveau brisé

Et l’âme endeuillée

L’amour autrefois sans pareil

Est aujourd’hui une flamme sans éveil.

Le mur qui me protégeait a cédé

Et mon cœur ensanglanté

De la pierre est devenu.

De la pierre de pluie.

Viens encore te consacrer caillou

Puisque plus personne

Ne se soucie de ce que je suis.

 

Kimi, 3ème.

 

 

 

 

 

Atelier Poésie: Suite.

Les élèves ont travaillé aujourd’hui d’après cet extrait de « Inclus » de Guillevic.

Dans une ambiance…Comment dire…très tonique.

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En somme,
Avec les mots,
C’est comme avec les herbes, 
Les chemins, les maisons, tout cela
Que tu vois dans la plaine
Et que tu voudrais prendre.
Il faut les laisser faire,
Par eux se laisser faire,
Ne pas les bousculer, les contrarier,
Mais les apprivoiser en se faisant
Soi-même apprivoiser.
Les laisser parler, mais,
Sans qu’ils se méfient,
Leur faire dire plus qu’ils ne veulent,
Qu’ils ne savent,
De façon à recueillir le plus possible
De vieille sève en eux,
De ce que l’usage du temps
A glissé en eux du concret.

Guillevic (extrait du recueil « Inclus » – Gallimard, 1973)

 

les élèves:

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Comme les feuilles avec les arbres

Comme les arbres avec les passants

que le vent endort les berçant

Comme le soleil avec les fleurs

Comme le pouls avec le coeur.

 

Clara F, 5ème.

 

 

 

Les paroles et leurs sous-entendus sonnent faux

Blessant, réconfortant de leur caractère acerbe

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

A mon oreille, sont les plus doux

Annoncent les bonnes comme les mauvaises nouvelles

Sent-on leur présence tout autour de nous ?

Certains donnent la vie, d’autres la scellent

Mais à force de les entendre

Finit-on par ne plus les comprendre ?

La vie est insipide

Et le silence des plus arides

Leurs sens propres à chacun

Leurs images si étranges

Et pourtant,

On y lit à travers

Comme dans un livre ouvert.

 

kimi, 3ème.

 

 

 

Avec les mots

C’est comme avec les herbes

Ça meurt ça vit au fil des saisons

Je ne vais pas vous faire un proverbe

Les proverbes c’est comme les mots

Ça va, ça vient pour s’envoler

Comme des pétales

Légères comme un âme

Sur le point de s’envoler

Comme les mots

Comme un pétale

Comme les herbes

Comme un proverbe

 

Domitille, 3ème

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

Ils s’étendent, s’étirent

et peuvent mourir.

C’est leur destin.

Les mots sont divins

et rêvent de saisons

où s’endormir.

 

Suzanne, 6ème.

 

 

 

Par amour, il faut faire attention

Pour une belle déclaration.

Il faut être doux comme des chiots

Avec les mots

C’est comme avec les herbes

Et ce sera superbe

Donnez-leur une fleur

Il sera de bonne humeur

Et glissera comme un pinceau.

 

Fanette, 6ème.

 

 

 

Quand j’étais petite

chez mes grands-parents

Mon grand-père me disait

Tu vois mon enfant,

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

Il faut les comprendre, il faut les connaître

il faut en prendre soin

et il t’emmèneront loin.

C’était la grammaire de nos jardins.

 

Alice, 6ème.

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Ça envahit l’espace

Prenant place doucement

Envahissant tout sur son passage

Pour ensuite laisser place au silence

Calme, froid

Les mots et les herbes

Flottant dans le vent

Tous c’est non-dits, ces mensonges

Qui un jour sortiront de l’ombre

Sont pour l’instant cachés

Tel un secret

Grandissant sans regrets

 

Héloïse, 3°

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes,

Il en existe plein: des gratuits

Et puis

Des mots agréables que les gens ne disent pas

et quand vient la nuit ils couchent des mots terribles

Dans les champs sous des grands draps.

 

Emma, 6ème.

 

 

 

Avec les mots, 

C’est comme avec les herbes.

Les gens sont faux

Éclos parmi des fleurs superbes

Sur le joli champ du quotidien.

 

Clémence, 3ème.

 

 

 

Avec les mots,

C’est comme avec les herbes

Le temps est compté

Et il ne faut pas faire d’histoires.

On continue à trembler,

Le crayon à la torche qui écrit

Ces mots qu’on écorche

sans raison retombés.

 

Alexis, 6ème.

 

 

 

Atelier poésie (suite)

Les élèves poursuivent leur travail sur Apollinaire  (voir ici)…Et les plus en avance travaillent déjà sur Guillevic…

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Clair de Lune.

Lune mellifluente aux lèvres des déments
Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
Les astres assez bien figurent les abeilles
De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
Chaque rayon de lune est un rayon de miel
Or caché je conçois la très douce aventure
J’ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
Qui posa dans mes mains des rayons décevants
Et prit son miel lunaire à la rose des vents.

Guillaume Apollinaire.

 

Les élèves:

Quelques chapitres tristes et effrayants

Sous des projecteurs qui brillent

Ont plongé l’enfant que je suis

Dans un monde imaginaire

et de fées de sang

qui posa dans mes mains des rayons décevants.

 

Clara G, 5ème.

 

 

ô calme nuit

Vibrante de douceur

ô clair de lune

Brûlant de lumière

Je me suis approchée pour voir l’infini

Et me suis vite heurtée au destin

J’en porte encore les traces

à la barrière de mes cils, tenace

ô petit rond pâle

Qui posa dans mes mains des rayons décevants

ô triste espoir

voilà déjà le soir

Et on ne m’a laissé le temps d’y croire

 

Domitille, 3ème.

 

 

Dans une maison près d’une forêt

les arbres cherchent la lune au point de ne plus la voir

C’est elle qui posa dans mes mains des rayons décevants

et des vieux livres de contes où je cherche mes parents

et la voix de ma grand -mère espiègle aux cheveux blancs.

 

Alice, 6ème.

 

 

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Le Voyageur

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

La vie est variable aussi bien que l’Euripe

Tu regardais un banc de nuages descendre
Avec le paquebot orphelin vers les fièvres futures
Et de tous ces regrets de tous ces repentirs
Te souviens-tu
Vagues poissons arques fleurs surmarines
Une nuit c’était la mer
Et les fleuves s’y répandaient

Je m’en souviens je m’en souviens encore

Un soir je descendis dans une auberge triste
Auprès de Luxembourg
Dans le fond de la salle il s’envolait un Christ
Quelqu’un avait un furet
Un autre un hérisson
L’on jouait aux cartes
Et toi tu m’avais oublié

Te souviens-tu du long orphelinat des gares
Nous traversâmes des villes qui tout le jour tournaient
Et vomissaient la nuit le soleil des journées
Ô matelots ô femmes sombres et vous mes compagnons
Souvenez-vous-en

Deux matelots qui ne s’étaient jamais quittés
Deux matelots qui ne s’étaient jamais parlé
Le plus jeune en mourant tomba sur le côté

Ô vous chers compagnons
Sonneries électriques des gares chant des moissonneuses
Traîneau d’un boucher régiment des rues sans nombre
Cavalerie des ponts nuits livides de l’alcool
Les villes que j’ai vues vivaient comme des folles

Te souviens-tu des banlieues et du troupeau plaintif des paysages
Les cyprès projetaient sous la lune leurs ombres
J’écoutais cette nuit au déclin de l’été
Un oiseau langoureux et toujours irrité
Et le bruit éternel d’un fleuve large et sombre

Mais tandis que mourants roulaient vers l’estuaire
Tous les regards tous les regards de tous les yeux
Les bords étaient déserts herbus silencieux
Et la montagne à l’autre rive était très claire

Alors sans bruit sans qu’on pût voir rien de vivant
Contre le mont passèrent des ombres vivaces
De profil ou soudain tournant leurs vagues faces
Et tenant l’ombre de leurs lances en avant

Les ombres contre le mont perpendiculaire
Grandissaient ou parfois s’abaissaient brusquement
Et ces ombres barbues pleuraient humainement
En glissant pas à pas sur la montagne claire

Qui donc reconnais-tu sur ces vieilles photographies
Te souviens-tu du jour où une abeille tomba dans le feu
C’était tu t’en souviens à la fin de l’été

Deux matelots qui ne s’étaient jamais quittés
L’aîné portait au cou une chaîne de fer
Le plus jeune mettait ses cheveux blonds en tresse

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

La vie est variable aussi bien que l’Euripe

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

 

Les élèves:

Même sans avoir la joie que d’autres facilement s’attribuent

Mon cœur est pur et se remplit de vertus

Le bonheur m’attriste et me grise

Me  voici  maintenant sous son emprise.

Peu importe me dirait-on

Mon sort en est scellé de toutes façons

Et l’issue n’en peut être que fatale

Ses flammes encore se consument mal.

Je suis seule. Devant moi une impasse

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant.

Les larmes du ciel se mélangent aux miennes.

La vivacité des couleurs a disparu

Le dehors est morne.Le monde s’est tu.

 

Kimi, 3ème.

 

 

L’eau ruisselle dans mes mains

Le froid vient me taillader

il pleut sous mon toit

 

Mon toit transparent

Qui laissa passer le vent

J’ai peur j’ai froid j’ai faim

Je vous offre le romarin

Mais

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant.

 

Domitille, 3ème.

 

 

Je n’ai pas voulu voir

Je me suis confinée dans le noir.

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant.

Déjà me manque le temps

Et j’entends les pas qui qui s’avancent vers moi

Sans jamais les voir.

 

Fanette, 6ème.

 

 

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant

Ces verrous fermés et ces lumières éteintes

Rendez-moi mon empreinte

Qui façonnent les nuits à pleurer

sur mon grand corps de plaintes.

 

Clémence, 3ème.

 

 

 

 

Atelier poésie (suite)

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Les élèves poursuivent  (voir  ici) leurs créations à partir de trois poèmes d’Apollinaire.

 

 

La Tzigane:

 

                                                      La tzigane savait d’avance                                                                     téléchargement (2)

Nos deux vies barrées par les nuits

Nous lui dîmes adieu et puis

De ce puits sortit l’Espérance

L’amour lourd comme un ours privé

Dansa debout quand nous voulûmes

                                           Et l’oiseau bleu perdit ses plumes

                                       Et les mendiants leurs Ave

                                    On sait très bien que l’on se damne

                                       Mais l’espoir d’aimer en chemin

                                       Nous fait penser main dans la main

                                      A ce qu’a prédit la tzigane.

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Les élèves:

 

Nos deux vies barrées par les nuits

sont si tristes qu’elles le nient

Sobres sont leurs pensées

telle une marée étrange dès l’arrivée.

Le brouillard

dans le noir

éteint le feu

de tes beaux yeux.

Fanette, 6ème.

 

 

Nos deux vies barrées par les nuits

Un soir d’été

paraît doré.

Sur le fleuve

s’éloigne lentement

une belle saison.

Des morsures de froid, déjà

se glissent dans nos doigts.

C’est bien lentement

que les feuilles tombent.

L’oiseau de feu a perdu sa voix.

La guerre des saisons n’est pas terminée.

Clara F, 5ème.

 

 

 

Nos deux vies barrées par les nuits noires

Sont maintenant ouvertes sur l’heure du jour

Et pleurent des torrents d’amour.

L’homme de ma vie est parti.

Il est enterré dans ma mémoire

Sous un rideau de pluie.

Suzanne, 6ème

 

 

 

Ce que je pense mais que vous ne pouvez voir

L’effet des paroles qui me remplissent d’espoir

Et cette frontière

Limite de mes sentiments

Et tous ces doutes dans le soir qui descend.

Alors que la raison me pousse à l’abandon

Mon cœur vibre et chantant de la plus puissante ardeur

Je vis de cette situation.

Toutefois de ce mur qui m’en bloque l’accès,

Je pleure

Et les larmes abondantes ne sont que les lames

Qui déchirent notre lien comme le pire des drames.

Il les plante inconsciemment

Puis me soigne pour enfin accentuer le saignement.

Est-ce ma raison qui ne peut penser à mal

Ou mon cœur qui de cet amour refuse l’issue fatale?

Nos deux vies barrées par les nuits

Son cœur qui sans cesse me fuit

Je pleure

Parce qu’on m’a fait découvrir le bonheur.

 

Kimi, 3ème.

 

 

 

Nos deux vies étaient barrées par les nuits

Tel était écrit

Plongé dans le noir

Raccroché à ce peu d’espoir.

La tzigane avait dit

Qu’il en serait ainsi.

Que cela serait bientôt fini.

Alors ils attendent

Donnant le change

Mais c’est le destin

Il n’est jamais très loin.

 

 

Héloïse, 3ème.

 

 

Nos deux vies barrées par la nuit

Se sont éloignées avec le vent

Le plus effroyable châtiment

Une maladie sans remède

Nous plonge dans l’éternité des heures

et leur mensonge erroné.

Les marches du temps dans les mains

Nous n’imaginons plus le sommeil.

On nous berce dans le trouble.

Et on ne sait plus pourquoi on est là.

 

 

Domitille, 3ème.

 

 

Je suis la lune tu es le soleil

Tu es la neige infinie et je suis la pluie.

Nos deux vies barrées par les nuits,

Je t’attends près du sapin sur la colline.

J’ai jeté l’ennui dans le ravin.

Alice, 6ème.

 

 

 

Les portes fermées sur cette pièce sombre

Des yeux phares éclairant la pénombre

Ta main sur la mienne

Déjoue toutes les ombres

Et éloigne mes peurs anciennes.

Nos deux vies barrées par les nuits

Pour dire tristement

Qu’à nos paumes le temps fuit.

Clémence, 3ème.

 

 

 

Entre le jour et la nuit

La lumière est infinie.

Encore une sombre nuit d’hiver

qui remet à plus tard le printemps

Et nous fait souffrir sans bruit.

Nos deux vies barrées par les nuits

Se rejoignent dans un pull-over

Trop grand.

Jade, 6ème.

 

 

Clair de Lune.

Lune mellifluente aux lèvres des déments
Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
Les astres assez bien figurent les abeilles
De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
Chaque rayon de lune est un rayon de miel
Or caché je conçois la très douce aventure
J’ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
Qui posa dans mes mains des rayons décevants
Et prit son miel lunaire à la rose des vents.

 

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Les élèves:

 

 

Sous la lune, la promenade ensorcelée

Suivie par le soleil, si près

Marchant sur ses pas.

Peu importe, même le trépas

Qui posa dans mes mains des rayons décevants.

Lorsque je le vis apparaître, titubant,

II n’était plus que l’ombre de lui-même.

La joie de vivre envolée sur son visage blême

Et la tristesse lui prenait sa place.

Encore une fois, mon être loin de lui s’efface.

Kimi, 3ème.

 

 

 

Le soleil est triste aujourd’hui.

On dirait qu’il n’a pas de vie

Et celui qui posa dans mes mains des rayons décevants

C’était lui.

Car l’orage régnait irascible

Et le soleil baignait

Dans une lumière invisible.

Fanette, 6ème

 

 

 

Chaque rayon de lune

Est un rayon de miel

Qui me réveille

Qui m’émerveille

Mais toi, mon image de brume

Qui posa dans mes mains

Des rayons décevants

Sache que rien, pas même le vent

N’éteint durablement le soleil.

Suzanne, 6ème.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier poésie (suite) Eluard et Apollinaire.

Les plus jeunes doivent reprendre le vers en rouge et les plus grands, celui en bleu.

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Souvenir Affectueux.

 

 

II y eut un grand rire triste

La pendule s’arrêta

Une bête fauve sauvait ses petits.

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Autant de nudités tournant en dérision
Leur pâleur

Tournant en dérision

Les yeux vertueux du phare des naufrages.

Paul Eluard.

 

 

 

Les élèves:

Les feuilles tombent et ruissellent

Rires opaques dans des cadres d’agonie,

L’oiseau rouge des champs a perdu ses couleurs

Un livre fermé quelque part a eu peur

que les animaux pleurent des violoncelles

Clara F, 5ème.

 

 

 

Dans le monde merveilleux de la vie

Une bête fauve sauvait ses petits

Sous les yeux de spectateurs ravis

de voir qu’on n’existe pas en amateur.

Jade, 6ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Miniatures

Musée imaginaire d’où sortent des cris

Ensanglantés

Entre des murs

Brouhaha

Rires d’effroi

Cœurs meurtris.

Héloïse, 3ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

C’est le monde, entendez-vous, qui peine à vivre

Naufragé de la mer noire et des rivières asséchées

Portant les contrées ravagées par la guerre.

Des soldats sur leur passage ne reste qu’un goût amer

Là où la vie naît, à un autre endroit, il meurt.

L’homme est joyeux et pourtant messager du malheur.

À croire que l’espèce humaine est angélique et démoniaque

Comme elle défend ses terres pour mieux attaquer ses habitants.

Aussi,  l’on voit à quel point il est facile de mépriser

Contrairement à ce qu’on pourrait penser

Le plus dur est à venir.

Kimi, 3ème.

 

 

 

 

Les sourires sur les visages, la cause

Des rires opaques dans des cadres d’agonie

Un monde imaginaire

C’est notre raison de vivre

Nos prénoms ancrés

Sur des vieux papiers 

La peau de notre existence

Ce pourquoi nous disons oui et non

Par crainte et par croyance

Clara G, 5ème

 

 

 

 

Il défie la peur

Se cramponne à son morne destin.

Il dégaine ses pleurs

Et ravale le temps.

Sensualité brumeuse

Il vacille entre les fentes de la mort

Il réprime son rire

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Malédiction imprécise.

Domitille , 3ème

 

 

 

 

Un double diabolique

nous observe et nous tue

Clichés maléfiques

aux rires opaques 

Dans des cadres 

d’agonie.

 

 

 

Clémence, 3ème.

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C’est

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
Cette réalité seule elle seule et rien d’autre
Mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le redit
À chaque battement
Toutes les autres images du monde sont fausses
Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
Souterrain
Ô vie qui aspire le soleil matinal
Cet univers singulièrement orné d’artifices
N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
Comme on pouvait l’étudier autrefois
À Tolède
Où fut l’école diabolique la plus illustre
Et moi j’ai sur moi un univers plus précis plus certain
Fait à ton image

Guillaume Apollinaire

 

 

 

 

Les Élèves:

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux


Voir une égyptienne cracher des bulles

et sur une barque chanter des acrobates,

Un magicien sur un âne

perdre ses couleurs magiques

et un dessin enfantin apparaître

sur une montagne rose.

Des rochers bleus se déchirent

et les acrobates reculent.

Clara F, 5ème.

 

 

 

 

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux

Malheureusement il est pris au jeu

Des cadrans et des clés

Sans espoir

Sans jamais espérer

Il se réfugie dans le noir

Et ne veut rien voir

Mais les souvenirs

me font revenir 

À la réalité que je veux.

Fanette, 6ème.

 

 

 

 

C’était un photographe

Une pauvre phrase à la recherche  de son paragraphe

dénué de maturité dénué de virtuosité

Ce n’était qu’un enfant malheureux

qui répétait sans arrêt:

Et moi c’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Suzanne, 6ème.

 

 

 

 

 

Pensées échappées

Nostalgie revenue

Ces doux moments qui n’arrivèrent plus

Joie et incommensurable tristesse mêlées

Peu importe le destin

Seul compte le passé

Clé du cœur

Flèche du bonheur

Dont la pointe est indolore.Cicatrice qui me brûle

Feu intérieur qui gronde et me foudroie.

Et, de nouveau frappée

Rien ne pourrait plus m’égayer.

Un sourire triste sur mes lèvres

Caressant du bout de mes doigts

Les souvenirs d’un monde incertain

À faire briller chaque lendemain

Je ne désire rien de matériel

Je ne désire rien…

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Kimi, 3ème

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier Poésie. (Suite)

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Aujourd’hui, certains des élèves ont travaillé sur La mort, l’amour, la vie de Paul Eluard. Le travail avait déjà été amorcé la semaine dernière et les deux premiers poèmes figurent ici.

 

La mort, l’amour, la vie

 

J’ai cru pouvoir briser la profondeur l’immensité

Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho

Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges

Comme un mort raisonnable qui a su mourir

Un mort non couronné sinon de son néant

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

Du poison absorbé par amour de la cendre

La solitude m’a semblé plus vive que le sang

Je voulais désunir la vie

Je voulais partager la mort avec la mort

Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie

Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée

Ni rien devant ni rien derrière rien entier

J’avais éliminé le glaçon des mains jointes

J’avais éliminé l’hivernale ossature

Du vœu de vivre qui s’annule

*

Tu es venue le feu s’est alors ranimé

L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé

Et la terre s’est recouverte

De ta chair claire et je me suis senti léger

Tu es venue la solitude était vaincue

J’avais un guide sur la terre je savais

Me diriger je me savais démesuré

J’avançais je gagnais de l’espace et du temps

J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière

La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile

Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit

Promettait à l’aurore des regards confiants

Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard

Ta bouche était mouillée des premières rosées

Le repos ébloui remplaçait la fatigue

Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
*

Les champs sont labourés les usines rayonnent

Et le blé fait son nid dans une houle énorme

La moisson la vendange ont des témoins sans nombre

Rien n’est simple ni singulier

La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit

La forêt donne aux arbres la sécurité

Et les murs des maisons ont une peau commune

Et les routes toujours se croisent.

Les hommes sont faits pour s’entendre

Pour se comprendre pour s’aimer

Ont des enfants qui deviendront pères des hommes

Ont des enfants sans feu ni lieu

Qui réinventeront les hommes

Et la nature et leur patrie

Celle de tous les hommes

Celle de tous les temps

 

Le Phénix 

Editions Seghers, 1951

 

Kimi, élève de troisième nous en offre une version longue!:

 

J’ai cru pouvoir m’envoler au loin

Des mauvais esprits, pourtant mes amis.

Je me suis perdue dans cet univers qu’est mon imagination

Comme la colombe enfermée s’acharnant à s’échapper

Une illusion non dissuadée du fait de son oubli

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

Du monde absorbé par le vide des lueurs

La solitude me semble la pire échappatoire, ma meilleure amie

Je voulais unir nos ressemblances

Je voulais partager mes défauts avec les tiens

Rendre espoir à l’obscurité et l’obscurité à la lumière

Tout effacer qu’il n’y ait plus ni mal ni blessures

Ni néant là ni néant ailleurs

J’avais gommé le désarroi des sourires

J’avais éliminé les larmes de ce douloureux souvenir

Du vœu de vivre qui en est ressorti

.

Tu es venu mon cœur s’est embrasé

L’ombre a cédé, la lumière s’en est retournée

Et la terre s’est libérée

De tes paroles je me suis abreuvée

Tu es venue la tristesse était vaincue

J’avais une étoile un ange gardien sur terre je savais

Me retourner je me savais avancer

À chaque pas je gagnais plus de bonheur

J’allais dans tes bras j’allais sans fin vers toi

L’amour me faisait gage de son cupidon

Morphée me faisait rêver

me faisait espérer une aurore divine

Ses rayons emportant mon cœur

La bouche mouillée de la tristesse du monde

Le calme s’était uni à la paix

Et je restais fidèle à l’amour de puis ce jour

 

La terre humide l’océan si posé

Et la campagne a son soleil inchangé

La moisson et ses récoltes offriront leurs doux épis

Offrande du naturel quotidien

La mer fait chavirer tout navire incertain

Et la forêt donne aux arbres un foyer

J’accueille la nature en mon cœur

Se peut-il qu’il y ait un bonheur?

Les hommes sont faits pour vivre en harmonie

Pour comprendre pour apprendre pour s’aimer

 

 

Je me suis endormie

près du fleuve

sur les vagues absurdes


d’un mariage d’eau et de feu.

 

Clara F, 5ème.

 

 

Les sentiments se confondent dans mon âme

le soleil a depuis longtemps asséché mes pensées.

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

qui m’emportent à jamais

loin d’un monde rude.

 

Clara G, 5ème.

 

 

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

Tu es venue le feu s’est alors réanimé

J’avais un guide sur la terre

Je savais que sur la seule pointe d’une herbe

Quelques odeurs semblaient veiller.

 

Enzo, 6ème.

 

 

Sur un sentier gris sans vie

Le soleil se couche envahi

Par les fantômes brumeux de mon esprit;

Je suis étendu sur les vagues absurdes

maintenant

De la lune qui fait son lit

Dans des draps rouge sang.

 

Alice, 6ème.

 

 

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

d’un paysage farouche

se déroulant à ma bouche

comme de la soie effilochée.

ô le fatalisme permanent

et rude

et comme est déroutant

l’engrenage de la vie entêtée

qui veut que l’on avance en reculant!

 

Domitille , 3ème.

 

À bientôt avec  ce poème de Paul Eluard: (en bleu le vers des plus jeunes, en rouge celui des plus grands.)

 

Souvenir Affectueux.

 

II y eut un grand rire triste

La pendule s’arrêta

Une bête fauve sauvait ses petits.

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Autant de nudités tournant en dérision
Leur pâleur

Tournant en dérision

Les yeux vertueux du phare des naufrages.

 

 

 

 


 

 

 

Atelier Poésie, suite.

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 Vers Minuit:

Des portes s’ouvrent des fenêtres se dévoilent
Un feu silencieux s’allume et m’éblouit
Tout se décide je rencontre
Des créatures que je n’ai pas voulues

Voici l’idiot qui recevait des lettres de l’étranger
Voici l’anneau précieux qu’il croyait en argent
Voici la femme bavarde aux cheveux blancs
Voici la fille immatérielle

Incomplète et laide baignée de nuit et de misère
Fardée de mauves et de pervenches absurdes
Sa nudité sa chasteté sensibles de partout
Voici la mer et des bateaux sur des tables de jeu
Un homme libre un autre homme libre et c’est le

même
Des animaux enragés devant la peur masquée de

boue
Des morts des prisonniers des fous tous les absents

Mais toi pourquoi n’es-tu pas là pour m’éveiller.

 

Les élèves:

 

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs

Plantée sauvage au milieu des champs

Deux pics de bois, un peu de paille

Ses vieilles casseroles secouées par le vent

Chantent toutes les batailles que les femmes

remettent dans les mains du printemps.

 

Héloïse, 3ème

 

 

Les nuits orageuses

je perds la raison

que j’accroche au toit de ma maison.

Me voici la femme bavarde aux cheveux blancs

à la fois voix et fantôme se promenant

Dans de longs couloirs à la face cireuse.

 

Clara, 5ème.

 

 

Hymne à la neige:

 

De ce tourbillon enchanté

tu ressors étonné.

De toi, j’imagine ce que je n’ai pu admirer.

 Que ces délicieux flocons que je n’ai vu danser

que derrière la porte de mes pensées se présentent

silhouette au seuil de mon printemps:

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs.

 

Kimi, 3ème.

 

 

Un hiver sans fin

Des flocons restreints

Une sombre nuit d’hiver

Le cri d’un oiseau

Un homme immortel

J’écoute les yeux fermés

Un croissant de lune

et voici la femme bavarde aux cheveux blancs

qui se lève, grave, et quitte son banc.

 

Clara Fauvel, 5ème

 

 

Ronde dans la nuit

elle guide mes pas

ordonne mes pensées

et me chuchote sans  bruit

qu’il faut tout lâcher.

Je n’ai qu’elle à qui parler.

Elle me parle doucement.

Je passe mes nuits avec elle sur un banc

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs

qui m’aime suffisamment

pour me cueillir au printemps.

 

Capucine, 3ème

 

 

Nuits sombres et ruelles en feu,

je me perds et je la cherche.

De la douleur je suis enchantée

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs,

la vie n’est qu’un jeu de désespoir

Où chacun cherche son banc.

 

Clémence, 3ème

 

 

Elle faisait du théâtre

Sur un petit pont en plâtre.

Elle n’était pas seule; elles étaient quatre.

Tous les soirs elles s’échappaient par l’âtre.

Un jour, un homme qui passait par là

Les entendit rire et leur proposa:

« Voulez-vous faire du théâtre? »

Une seule accepta.

Depuis ce jour et après tant d’amours

dès qu’elle entre sur scène en chantant,

on entend:

-Voici la femme bavarde aux cheveux blancs!

 

Suzanne, 6ème.

 

 

Le vent souffle sans fin.

Au bord du ravin des larmes coulent

et des pigeons s’écroulent sur le matin

montre en main et sur leur dernier chant:

Voici la femme bavarde aux cheveux blancs.

 

Fanette, 6ème.

 

 

 

 

 

 

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La mort, l’amour, la vie

 

J’ai cru pouvoir briser la profondeur l’immensité

Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho

Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges

Comme un mort raisonnable qui a su mourir

Un mort non couronné sinon de son néant

Je me suis étendu sur les vagues absurdes

Du poison absorbé par amour de la cendre

La solitude m’a semblé plus vive que le sang

Je voulais désunir la vie

Je voulais partager la mort avec la mort

Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie

Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée

Ni rien devant ni rien derrière rien entier

J’avais éliminé le glaçon des mains jointes

J’avais éliminé l’hivernale ossature

Du vœu de vivre qui s’annule

*

Tu es venue le feu s’est alors ranimé

L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé

Et la terre s’est recouverte

De ta chair claire et je me suis senti léger

Tu es venue la solitude était vaincue

J’avais un guide sur la terre je savais

Me diriger je me savais démesuré

J’avançais je gagnais de l’espace et du temps

J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière

La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile

Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit

Promettait à l’aurore des regards confiants

Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard

Ta bouche était mouillée des premières rosées

Le repos ébloui remplaçait la fatigue

Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
*

Les champs sont labourés les usines rayonnent

Et le blé fait son nid dans une houle énorme

La moisson la vendange ont des témoins sans nombre

Rien n’est simple ni singulier

La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit

La forêt donne aux arbres la sécurité

Et les murs des maisons ont une peau commune

Et les routes toujours se croisent.

Les hommes sont faits pour s’entendre

Pour se comprendre pour s’aimer

Ont des enfants qui deviendront pères des hommes

Ont des enfants sans feu ni lieu

Qui réinventeront les hommes

Et la nature et leur patrie

Celle de tous les hommes

Celle de tous les temps

 

Le Phénix 

Editions Seghers, 1951

 

Les élèves:

 

Naviguant sur le large de la page

Surfant sur la couverture

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

des mots dénués de sens et noyée

dans l’eau trouble des phrases complexes

je me suis laissé aller sur les flots du texte.

Perdue dans la signification des vocables,

j’ai replongé dans l’essentielle fable

qui me ramène en enfance.

 

Capucine, 3ème.

 

 

Je me suis étendue sur les vagues absurdes

laissant ma raison divaguer et 

je nageais en toute impunité

dans l’eau claire bientôt troublée

de mes pensées mêlées 

à la mare épaisse de mes inquiétudes.

 

Héloïse, 3ème.

 

Sur ce gentil mot laissé par la plus jeune sur mon tableau, je vous dis à mardi prochain:

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