Atelier poésie: Coupure de courant et cadavres exquis.

Exemple du Cadavre Exquis Graphic par Marc M. Gustà, Bernat M. Gustà & Irene Alcón, 2011.

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 Comme nous étions privés de courant pendant la pause méridienne, je n’ai pu projeter comme prévu les fameux poèmes à trous. Aussi , j’ai proposé le jeu des cadavres exquis aux jeunes de l’atelier. (il faut bien s’adapter…)…Sans en suivre les règles toutefois puisque c’est moi qui donnait une série de mots à la volée à chacun d’eux…(Madame, Madame, vous me donnez encore des mots??!! . ça tombe bien, moi j’aime bien donner des mots…)

En voici quelques un:

À la foire, j’ai vu un bébé pleurer dans son landau. Quelqu’un lui avait jeté du persil orange en pleine poire. (Paola)

 

Dissèque les rêveries du fond des mers

Surfe sur la jonquille aux plis des merveilles. (Jade)

 

La machine à coudre se révéla parfaite pour doter de lunettes une chenille.(Zoé)

 

Les palmipèdes audacieux entraient dans les jupons citronnés de la grotte mystérieuse. (Achille)

 

Mouchez mitaines! Tant que le gosier devenu chignon ne sera! (Jade)

 

La table ondulée à coup de chevrotine sert de paravent aux cadavres. (Domitille)

 

Dans les trous de l‘espace dentelé s’avançaient des dromadaires et nous, dans nos cabanes, nous tremblions de peur.(Achille)

 

La permission en interdit , les bonbons de mon enfance tel un rouage de merveilles. (Gwenaïs)

 

La nuit passée, le père Noël , version haute-couture, s’est écrasé sur la mousse de mon toit et a fini en cascades sur le mur. (Ronan)

 

Chaque saison Minerve planque les cacahuètes de l’apéro en ses mouchoirs. (Capucine)

 

J’ai vu un daltonien manigancer, parapluie multicolore à la main et moulures dentaires en poche. (Héloïse)

 

La bougie du camion ralluma le rapace évanoui. (Paola)

 

Des bigoudis se jettent sur un marin qui retombe frisé sur une pelote rouge. (Paola)

 

Cette calamité fantasmagorique préparait une substance à base de laine effilochée (Héloïse).

 

Le parfum d’endive sur un lit déposé

agrémente d’un bleu endormi le vieux parchemin. (Jade)

 

Le train s’arrête à un aiguillage; j’ouvre mon livre de fantastique et une myrtille encapuchonnée s’écrase en un coulis sur ma page. (Achille)

 

Le cuir de la bicyclette a fait naufrage au large de l’église. (Clara.)

 

Atelier poésie: » Poèmes sans les noms » 3 et 4.

Toujours à partir des propositions de Christian Jacomino, du site Moulins à paroles , voici les poèmes  3 et 4 accompagnés des propositions des élèves…

Capture

Ronfle clocher

Où l’on entend tout le bruit de la cité

Coup par Coup

Où l’on entend marcher les petits pères

Où l’on entend mugir le curé amer.

 

Achille, 3ème.

 

 

 

Ronfle planète

Où l’on entend tout le souffle de la terre

Pied par Pied

Où l’on entend marcher les petits êtres

Où l’on entend mugir le vent amer.

 

Gwenaïs, 3ème.

 

 

 

Ronfle canard

Où l’on entend tout le bruit de la mare

Palme par palme

Où l’on entend marcher les petits canetons

Où l’on entend mugir les poissons amers.

 

Capucine, 4ème.

 

 

 

Ronfle Bébert

Où l’on entend tout le bruit de la terre

Respiration par respiration

Où l’on entend marcher les petits somnifères

Où l’on entend mugir le cauchemar amer.

 

Benjamin, 4ème.

 

 

 

Ronfle cimetière

Où l’on entend tout le chant de la terre

Caveau par caveau

Où l’on entend marcher les petits vers

Où l’on entend mugir le cadavre amer.

 

Mme Auzou.

Et le véritable poème:

Ronfle coquillage
Où l’on entend tout le bruit de la mer
Vague par vague
Où l’on entend marcher les petits crabes
Où l’on entend mugir le vent amer.

Ronfle coquillage
Ah ! je revois tous les bateaux de bois,
Les voiles blanches
Claires comme un matin de beau dimanche
Ailes de la joie.

Ronfle coquillage,
En toi je retrouve les beaux jours vivants,
Où les mouettes claquaient au vent
Dans un grand ciel bleu gonflé de nuages,
De nuages blancs signe du beau temps.

Ronfle coquillage.

[Dans l’anthologie Pin Pon d’or : Comptines, formulettes, berceuses, rondes, chansons, ritournelles, poésies recueillies par Armand Got, illustrées par André Hellé. Éditions Bourrelier et Cie, 1951.]

 

 

 

Capture 2

Murmures des voix de mon esprit,

Derniers refuges de la folie!

À sept ans comme il faisait bon,

Après d’ennuyeuses psychothérapies,

Se retrouver dans sa schizophrénie.

 

Ronan, 3ème

 

 

 

Éclaircie des jours de mon errance,

Derniers souhaits de la journée!

À sept ans comme il faisait bon,

Après d’ennuyeuses saisons

Se retrouver dans sa félicité.

 

Jade, 3ème.

 

 

 

Bruits des ruisseaux de mon enfance,

Derniers soupirs de la vie!

À sept ans comme il faisait bon

Après d’ennuyeuses commémorations,

Se retrouver dans sa pensée.

 

Gwenaïs, 3ème.

 

 

 

Crimes des pensées de mon enfance,

Derniers marchés de la guerre!

À sept ans comme il faisait bon

Après d’ennuyeuses errances,

Se retrouver dans sa colère.

 

Elise, 5ème.

 

 

 

Brevet des troisièmes de mon collège,

Derniers examens de la prison!

À sept heures comme il faisait bon,

Après d’ennuyeuses leçons,

Se retrouver dans sa maison.

 

Benjamin, 4ème.

 

 

 

Matin des jours de mon éveil,

Derniers fruits de la cueillette!

À sept heure comme il faisait bon,

Après d’ennuyeuses siestes

Se retrouver dans sa corbeille.

 

Kimi, 4ème.

 

 

 

Tertres des jardins de mon enfance,

Dernier refuge de la raison!

À sept ans comme il faisait bon

Après d’ennuyeuses études,

Se retrouver dans sa solitude.

 

Achille, 3ème.

 

 

 

Joies des herbes de mon enfance,

Derniers soupirs de la saison!

À sept ans comme il faisait bon

après d’ennuyeuses cérémonies

Se retrouver dans sa prairie.

 

Mme Auzou (en version Laura Ingalls)

Et le véritable poème:

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
À sept ans comme il faisait bon,
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

Ô temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

[Les amis d’enfance. Quatorze poèmes inédits. Préface de Jean Follain. Avec un portrait du poète par lui-même. D’après la maquette de Christian Delorme. Bourges, Maison de la Culture, 1965.
Repris dans Poésie la vie entière. Œuvres poétiques complètes, préface de Michel Manoll, Seghers, 1978, p. 358.]

 

 

Atelier poésie: Fin.

Voici donc les derniers poèmes de l’aventure: « Rimes à remonter le temps. »..De Gilgamesh …aux téléphones portables…Je consacrerai pas mal de temps pendant les vacances de noël à concevoir le recueil des élèves…

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Pourquoi avoir planté

Un drapeau sur la lune?

Elle n’appartient à personne

Le soir lorsqu’elle brille

À travers la brume

Une lune

Un drapeau

Un nouveau monde

S’ouvrant sur un tableau

Une propriété cambriolée

Par un américain bouche-bée.

 

 

Clara, 6ème

 

 

 

Ce sont des milliards de dollars empilés

Qu’on a envoyé en l’air

Et une petite pierre

A tout fait exploser

Ces bouts de tôle plaqués or

Avec des joints en billets

Et du carburant de pièces dorées

Font avancer la fusée

Les Russes, deux pieds sur terre

Terres gelées et glacées

Ont accepté le désastre de leur condor

Et leurs rêves de conquistadors

S’est évanoui en fumée.

 

 

Achille, 3ème

 

 

 

Le monde a surgi de cette porte

Que l’on nomme le temps

Il se hâte, se presse dans l’instant

Des mains souillées l’exhorte

Ce n’est que le commencement

À peine entend-t-on une légère mélodie

s’échapper du tumulte

Elle caresse l’espoir au passage et souffle

Une morne plainte

Elle se languit de ce déchaînement délié

De cet abîme d’où naît le momentané

Elle songe, l’insouciante

En ce déluge éveillé.

Jade, 3ème

 

 

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Ce son grêle et aigu

Qui traîne dans les rues

Téléphones du futur

Qui transmettent leurs ondes

Scandant le rythme

Du nouveau monde

Tissant les fils de l’abus.

 

Capucine, 4ème

 

 

 

Perle

Téléphone sans pile

Fil ininterrompu

De la conversation

Mobile

De péril

En péril

Réseau amovible.

 

 

Bertille, 6ème

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Atelier poésie: suite et presque fin des poèmes sur l’époque contemporaine…

C’est presque terminé pour ce livret poésie qui devrait comporter une soixantaine de pages et plus de 100 poèmes d’élèves…Restera à le mettre en forme le plus esthétiquement possible…(Au moins je sais à quoi l’entre-deux fêtes sera consacré!) puis photocopier, relier et envoyer au concours…L’atelier ne cessera pas pour autant.De nouvelles explorations sont prévues….

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Tant d’espoir expié

Et de temps mal réparti

Pour les soldats incompris

Affaiblis, rien devant leurs adversaires

À genoux dans la boue contre leur gré

Laissant femmes et enfants contrariés

Souffrant dans le froid incessant

C’est toujours que les corps essaient

De se frayer un chemin, en vain.

Lucie, 3ème

 

 

 

C’était l’une des guerres les plus meurtrières

Qu’est-ce que la force psychologique

Dans un monde sans logique

Au milieu de toutes ces balles qui sifflent

Et de ces cadavres qui tombent

Comme on renifle?

Ronan, 3ème.

 

Les premières vacances

Cette année ont pris de l’avance

Belle famille au visage recomposé

Vivent les congés payés

La légèreté aux pieds

Pour la première fois

Se sentir roi

Écrire des légendes en pagaille

Avant de reprendre le travail!

Zoé, 6ème

 

 

Mille neuf cent trente six

Le temps est propice

Il est temps de se fabriquer des images

Une plage et des coquillages

Un désert défiant la terre

Prendre une allure fière

Et planer au-dessus de la mer

Tel un homme solitaire

C’est un rêve éveillé

Pour la première fois en congé.

Elisa, 4ème

 

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Noyé en la noire torpeur

Le rêve cisaille les deux yeux martyrs

Des souvenirs épris du malheur

Jouet de la naïve plaisance

Et de l’esprit hilare du vice

La panique cède au mythe

Enchaîne le feu entaille le coeur

L’espoir s’effondre de crainte

Fuyant sous le rictus animalier

la clarté piège le traumatisme

Pour le songe s’émerveillant à croire

C’est la boursouflure humaine

Une raison ensanglantée

Ruisselante de jalousie

 

 

Jade, 3ème

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Le Vivarium de Palindromes…

Plus qu’un livre, le Vivarium de palindromes de Jacques Perry-Salkow est un musée de papier, dédié à ces phrases qui se lisent indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche.
Au fil des salles, vous embrasserez du même regard LA GENÈSE, LE SÉNÉGAL, foulerez l’asphalte d’une ancienne RUE VERLAINE, GÉNIAL RÊVEUR, tomberez en arrêt devant le SAGE DRAPÉ SLAVE DU TUTU DE VALSE PAR DEGAS, avant de descendre dans le cratère de l’ETNA DE DANTE.
Suivez le guide, et découvrez la plus étonnante collections de « serpents à deux têtes »…

Mes deux préférés sont, à propos de Duras, « et sa vision à Hanoï, si vaste » et de Proust: « À  Rome, mère se remémora »…

Le Vivarium des Palindromes,Ed Fayard, 140p. Parution le 27/09/2017.

Voir l’insolite près de chez soi…

Dans le cadre du thème: La ville, lieu de tous les possibles, en 4ème, j’ai  aussi demandé aux élèves de parcourir leur village avec un appareil photo et de dénicher l’insolite. (Mais madame, ya rien d’insolite dans nos villages!! Si, si, mes ptits loups, c’est juste une affaire de regard..(ne voyagez pas comme une valise! )et une affaire de mots ensuite...). Tout est prétexte à écriture, même très courte, et je suis souvent surprise par le fait qu’ils ne rechignent pas, ils s’habituent.Pourtant, je me rends compte que les fais vraiment BEAUCOUP écrire! (et que je les lis beaucoup, j’évite le terme « corriger »…)

voici trois extraits:

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texte 1

texte 2

La ville, lieu de tous les possibles…

Shanghai:

Alors que les élèves de quatrième terminent la suite de l’ incipit du roman policier « De Soie et De Sang » de Qiu Xiaolong se déroulant à Shanghai,( suite immédiate avec carte de Shanghai intégrée.) ,une élève a écrit un poème sur ce début de roman. Le voici:

En la trouvant

De soie et de sang

Il venait de penser

À la nostalgie qui l’avait gagné

Au  fil des années

Tout autour de lui avait changé

Presque instantanément

Comme par enchantement

Mais revenons là où tout avait commencé

Le maître ouvrier Huang

Courait seul dans la rue

Comme à son habitude

Il pensait…

À son ancien travail

À l’ancienne Shanghai

À ces années nostalgiques

Où la vie allait souriant

Près de la perle d’orient

Puis sortant de ses pensées

Il crut avoir trouvé

Sur le sol terreux

Une racine de lotus

Enveloppée de linges miteux

Ce n’était que la jambe d’une jeune femme

D’une vingtaine d’années

Au visage déjà cireux.

Kimi, 4ème

 

Les délices du dico…

Vous voulez vous perdre dans le dédale du lexique toute une nuit, avec linguistes, écrivains, oulipiens? C’est à minuit sur France Culture!

C’est une longue déclaration d’amour à un bouquin pas comme les autres..Orchestrée par Philippe Garbit, cette « Nuit des dictionnaires » de huit heures mêle entretiens et archives. ainsi de Belles lettres de 1956 où l’on relève déjà que nous avons besoin de mots féminins pour « ministre, maire ,docteur, professeur!…l’histoire du Larousse mais aussi une série d’émois gustatifs en suivant l’alphabet!